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vos voix que nous avons compris combien il était devenu mince ; nous avons alors redoublé de courage ..., et vous voilà près de nous. A présent, dites-nous, mon père, si vous êtes satisfait de notre idée , et si vous nous pardonnez de vous en avoir fait un mystère ? — L'un et l'autre, mes chers fils, dis-je en les embrassant : je suis charmé de voir que mes enfans deviennent des hommes capables de former une entreprise utile et de l'exécuter avec force et courage, sans se laisserrebuter par les difficultés et la peine; je vous sais gré même de la discrétion avec laquelle vous avez agi, en ne voulant pas , m'associer à vos fatigans travaux, et de l'union avec laquelle vous avez travaillé ensemble comme deux bons frères qui sont jaloux de s'aider mutuellement. Je te loue, mon cher Fritz , d'avoir donné à ton frère ton aide et tes bons conseils, et toi, Ernest, d'avoir eu la pensée de faire à ta mère un abri et un lieu de repos ; nous lui conserverons le nom de la grotte Ernestine; et,

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grâce à vous, mes chers enfans, cette bonne amie aimera le séjour de Zeltheim mieux que celui de Falkenhorst, et ne risquera plus dese casser lajambe en descendant mon escalier tournant. Il me tarde bien qu'elle le descende encore pour neplus le remonter, et cela arrivera bientôt. Je vais actuellement vous aider à élargir cette ouverture; comme nous voulons lui laisser toute la simplicité d'une grotte naturelle , cela sera bientôt fait. )) Nous nous mîmes tous trois à l'ouvrage ; Jack déblayait les matériaux et les rangeait en forme de banc aux deux côtés de la grotte, avec ceux tombés extérieurement ; il en fit aussi deux en dehors contre le rocher, et, le soir, tout fut près d'être terminé. Fritz remonta l'échelle pour la décrocher et la remporter à Zeltheim par un chemin plus facile, il revint nous rejoindre par le sentier, et nous primes tous ensemble la route de notre château d'arbre, qui ne devait plus être à l'avenir qu'un lieu de plaisance et un but de promenade. Nous résolûmes d'y établir, comme à Waldeck, une colonie de nos troupeaux, qui s'augmentaient chaque jour ; notre vaillant taureau promettait que nous ne manquerions pas de génisses et de vaches, ce qui était bien précieux pour notre nourriture ; mais nous aurions désiré avoir une femelle de buffle : avec leur lait on fait d'excellens fromages. Ce fut en formant mille projets pour notre

avenir que nous arrivâmes chez nous , où nous trouvâmes nos chéris en bon état.

CHAPITRE XLVI.

La fête de la convalescence.

PEU de jours nous suffirent pour achever complétement la grotte Ernestine; elle renfermait quelques stalactites, mais beaucoup moins que la nôtre; nous trouvâmes cependant dans un enfoncement un beau bloc de sel qui ressemblait à du marbre blanc de Carare. Ernest en composa une espèce d'autel, soutenu par quatre colonnes, sur lequel il posa un très joli vase en bois de citron, qu'il avait tourné lui-même, et qu'il remplit de branches de cette jolie erica ou bruyère arbre, qui lui avait fait découvrir la grotte. C'était encore une de ces occasions où le sentiment l'emportait sur sa paresse ou son indolence naturelle : alors il devenait momentanément le plus actif des quatre, il déployait tous ses moyens, et il en avait beaucoup. Cette indolence était seulement physique ; quand il n'était pas excité ou par une circonstance imprévue, ou par quelque goût, qui prenait bientôt le caractère d'une passion, il aimait ses aises, à jouir tranquillement de la vie en cherchant à s'instruire , et il y parvenait, tant par sa mémoire, qui était excellente, que par son intelligence naturelle et son application; il réfléchissait, essayait et réussissait. Il était venu à bout de faire à sa mère un très joli chapeau dont je parlerai tout-à-l'heure, et de plus, il avait composé pour sa réception à Zeltheim trois couplets très passables , que je donnerai aussi à mes lecteurs , qui n'auront peut-être pas mon indulgence paternelle, mais je suis au moins assuré d'avance de celle des bonnes mères;elles partageront la douce émotion que fit éprouver à celle d'Ernest ce premier essai des talens d'un jeune poëte, dicté par son cœur plus que par son esprit. Enfin, le jour du déménagement fut fixé ; mes fils allèrent tous quatre la veille à Zeltheim pour y préparer la réception de leur

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