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questionner sur son accident. Je compris qu'un outil long et pointu qu'il examinait près de la grande fenêtre, se penchant même en avant pour le mieux voir, avait attiré le tonnerre, qui tomba en partie sur la main dont il le tenait , et l'avait mise dans cet état. il avait aussi sur les bras des traces visibles de l'action du feu électriqne, et ses cheveux brûlés d'un côté. Mais comment et pourquoi le feu s'est-il arrêté, et par quel miracle avions-nous été préservés d'un embrasement subit et général, étant logés dans un arbre ? Notre bâtisse , étant en bois très-sec et en toile, aurait dû prendre feu à l'instant de tous les côtés, et mon fils m'assurait avoir vu le feu électrique suivre l'instrument qu'il tenait, et de là , tomber perpendiculairement en terre, d'où il avait entendu une nouvelle explosion. J'étais impatient d'examiner ce phénomène , et d'aller voir s'il en restait d'autres traces que sur la main de mon fils, qu'il fallait commencer par soi

gner. Je me rappelai avoir souvent employé avec succès, dans les brûlures, le plus simple et leplus facile des remèdes, sisimple même qu'on n'ypense pas ou qu'on n'y croit pas ; mais je saisis cette occasion de l'indiquer et d'en garantir l'efficacité. Ce remède, à la portée de tout le monde , et que les enfans peuvent s'administrer eux-mêmes , estde remper le membre brûlé dans de l'eau bien fraîche, en ayant l'attention de la changer au moins toutes les huit ou dix minutes. L'eau a la propriété d'attirer la chaleur , et de se charger des particules de feu qui causent de si vives douleurs dans ce genre d'accident : elle les apaise promptement, et lorsqu'on l'administre au premier moment, elle prévient souvent les cloches ou vessies, et en paralyse l'effet : le moindre dessiccatif achève la guérison complète. J'allai donc bien vîte prendre un baquet d'eau , dont nous avions toujours provision dans notre réduit ; la pluie d'ailleurs continuait à tom

ber avec une telle violence , qu'il n'y avait

qu'à secouer une branche pour en avoir plus qu'il n'en était besoin. J'établis Ernest entre deux cuves de calebasse pleines d'une

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eau bien fraîche , une autre vide devant lui pour la changer ; et l'exhortant à lapatience et à la persévérance , je le laissai baigner sa main , et je m'approchai de l'ouverture pour tâcher de découvrir ce qui nous avait préservés et avait changé la direction du tonnerre , qui naturellement aurait dû tuer mon fils et embraser notre demeure. Je ne vis d'abord que quelques légères traces sur la tablette ; mais en regardant mieux , je trouvai que la plupart des outils de chirurgie qu'Ernest avait posés dessus étaient ou fondus ou très-endommagés. En les examinant les uns après les autres, j'en découvris un plus long que les autres qui dépassait en dehors la tablette, et qui portait des marques de feu. J'eus quelque peine à le prendre; il était sans doute arrêté par la fusion. En cherchant à le dégager , je m'aperçus qu'il touchait par la pointe en dehors à un gros fil de fer qui avait l'air d'être suspendu au toit de notre tente.Tout alors me fut expliqué, excepté cependant l'existence de ce fil de fer placé là tout exprès pour servir de conducteur au tonnerre. Quel bon génie l'avait accroché là si fort à propos pour nous sauver ? C'était pour moi une énigme inexplicable, et qui, dans les temps fabuleux, aurait fait croire à la magie. La soirée était trop avancée pour que je pusse distinguer comment il était accroché et ce qui le fixait au bas. J'eus grande envie d'aller m'en assurer ; ma femme dormait paisiblement ; Ernest, assis à terre entre des calebasses d'eau , continuait ses immersions, et m'assurait qu'il en était soulagé.Je crus donc pouvoir quitter un moment mes deux malades; je dis à mon fils de m'appeler de sa voix de Stentor, s'il en était besoin, et je me hâtai de descendre. Je trouvai en passant mes trois jeunes cuisiniers fort occupés à faire le bouillon de leur mère, et m'assurant qu'il serait parfait. Fritz se vanta d'avoir promptement tué la volaille, Jack de l'avoir plumée sans trop l'écorcher, et François d'avoir allumé le feu et de l'entretenir. Il n'y avait plus rien à faire pour le moment , et je les pris avec moi , pour avoir quelqu'un avec qui raisonner sur le phénomène du tonnerre. Nous fîmes le tour du gros arbre ; arrivés au pied de ma fenêtre, je cherchai à terre, et j'eus bientôt trouvé un gros paquet de fil de fer quej'avais apporté de Zeltheim, il y avait quelques jours, pour faire une espèce de grillage devant notre bassecour : je l'avais passé en dedans pour y travailler un jour de loisir, et je l'avais oublié. Par quel hasard se trouvait-ilà cette place , et accroché par un des bouts au chevron de notre toit ? Depuis long-temps j'avais remplacé notre couverture de toile par une espèce de ramure couverte de morceaux d'écorce d'arbre cloués sur des liteaux ; la toile fermait les côtés et le devant, et le tout aurait dû s'enflammer à l'instant où la foudre était tombée, si un bon ange ne nous avait pas pourvus d'un paratonnerre le long duquel elle avait glissé. Nous vîmes sur la terre la place où elle s'était enfoncée, et je bénissais de tout mon cœur le ciel, de ce bonheur, auquel je ne pouvais rien com

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