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prendre, lorsque le petit François, voyant que j'étais si content, s'approcha de moi et me dit : « Mais est-il bien vrai, papa, que ce soit , comme vous le dites, ce fil de fer qui nous ait tous préservés ? LE PÈRE. Oui , sans doute, mon petit ami, et je te l'expliquerai ; mais je voudrais comprendre quel bon génie l'a accroché làhaut. FRANçoIs. L'aimerais-tu bien si tu le connaissais ? LE PERE. Oui sans doute, et je le remercierais mille fois. FRANçoIs. (Se jetant dans mes bras. ) Eh bien ! papa , embrasse-le ; mais ne le remercie pas, car il ne savait pas si bien faire. LE PÈRE. Comment ! ce serait toi ? est-ce possible ?Mais comment as-tueu cette idée, comment as-tu pu l'exécuter? Explique-moi ce que tu as voulu faire. FRANçoIs. Seulement accrocher quelques figues , papa. Pendant que vous étiez à Zeltheim vous et Fritz, Ernest et Jack soignaient maman ; j'aurais bien voulu aussi lui faire un peu de-bien, mais je ne savais comment. Je pensais qu'elle aimerait peut-être manger des petites figues de notre gros arbre , qui sont si douces et si bonnes ;il n'en était point tombé , ou le singe les avait toutes mangées. Mais , de notre fenêtre , j'en voyais beaucoup aux branches : je ne pouvais pas les atteindre ;je n'avais pas de bâton assez long pour les faire tomber à terre. Je descendis pour chercher quelque chose, et je ne trouvai rien que ce paquet de fil de fer. J'essayai d'en casser un morceau , et ne pus en venir à bout; je pensai alors à porter en haut le paquet entier, à en replier un bout de manière à faire une espèce de boucle , au moyen de laquelleje pourrais accrocher des figues , et peut-être même avancer une branche assez près de moi pour Ies cueillir. Tout alla d'abord fort bien : mon paquet de fil de fer était posé sur la tablette; moi tout à côté, tenant dans ia main lebout que j'avais tordu en boucle, et le dirigeant contre les figues , j'en abattis une ou deux,

et , fier de mon succès , je crus pouvoir

atteindre une branche que je voyais pendre au-dessus du toit , et qui en était chargée. Alongeant mon bout de fer , je m'avance un peu plus, je le tends vers la branche, et je le sens qui s'accroche ; bien joyeux, je tire mon fil , espérant voir descendre la branche; vous savez, papa, qu'elles plient et ne cassent pas : elle reste immobile à sa place , ainsi que mon fil de fer, qui tenait à l'un des liteaux du toit. Je tire de toutes mes forces , il ne bouge pas, et , dans mes efforts pour l'avoir, je pousse du pied le paquet, qui tombe en bas sans que le fil de fer se détache.Jugez comme il tient bien làhaut, car le saut n'est pas petit de notre maison jusqu'à terre. LE PERE. Et tu pouvais le faire aussi, petit téméraire, sur cette planche étroite. Pourquoi , Jack , ne l'empêchais-tu pas d'y monter ? JAck. Bah ! savais-je moi ce que faisait ce petit polisson,et n'avais-je pas à m'occuper de bien d'autres choses ? Maman qui rêvait, qui criait, qui voulait se lever, et puis mon

voyage de rhinocéros... C'est pendant que j'étais loin qu'il a fait cette belle œuvre : Ernest était là ; mais il ne voit jamais rien.

LE PERE. Très-belle œuvre en effet, puisqu'elle nous a sauvés. En te remerciant , mon cher petit François ; quoique ce ne fût pas ton intention, tu n'en es pas moins notre libérateur, et je te sais doublement gré d'avoir pensé à cueillir des figues pour ta mère. Dieu t'a inspiré, et s'est servi de la maind'un enfant pour nous sauver. Ton conducteur restera où tu l'as si heureusement placé , nous pourrions en avoir encore besoin. L'orage qui s'était calmé devient plus violent, et le ciel paraît bien menaçant : remontons auprès de votre mère , et prenez de la lumière.»J'avais imaginé une espèce de lanterne portative, faite de colle de poisson, quinous éclairait très-bien dans nos écuries; de plus, une grosse calebasse trouée, avec une bougie en dedans, était placée au haut du mat qui formait l'escalier tournant, et l'éclairait en entier; nous pouvions le descendre sans danger, de nuit comme de jour. J'étais inquiet cependant de la manière dont nous le ferions descendre à ma femme , si nous y étions obligés pendant qu'elle était malade ;je le dis à Fritz. « N'ayez pas peur , mon père , me répondit-il, nous en viendrons bien à bout; Ernest et moi nous sommes forts à présent , et nous porterons maman comme une plume. LE PÈRE. Passe pour toi , mon enfant , je crois que tu le pourrais avec moi, ou même seul, s'il le fallait ;mais ton frère Ernest ne te sera pas, pour le moment, d'un grand secours ; le pauvre garçon est blessé. ToUs. Blessé ! où ? comment ?par qui ? LE PERE. Par le tonnerre, qui a fortement brûlé sa main droite, FRANçoIs. Voilà ce que je ne lui avais pas permis , à ce tonnerre. Pourquoi mon fil de fer n'a-t-il pas garanti Ernest aussi bien que nous ? LE PERE. Parce qu'il tenait de cette main un outil en fer plus fort et plus pointu que le tien, qui a premièrement attiré la foudre. JAck. Je n'y comprends rien ;vous nous

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