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Là mon cił voit nager dans l'océan des airs
Tous ces corps dont l'amas compose l'univers:
Autour du dieu des ans, tranquille dans sa sphère,
Les astres vagabonds poursuivent leur carrière:
Notre globe, qu'entraîne une commune loi,
S'incline sur son axe, et roule autour de soi:
La mer aux tems marqués et s'élève et s'abaisse:
La lune croît, décroît, fuit et revient sans cesse.
Autour de leurs soleils que de mondes flottans !
Un seul ressort produit tous les grands mouveniens :
De la simplicité quel sublime modèle!
Sans elle rien n'est beau; tout s'embellit par elle.
Laurent, oui, tu connus cette admirable loi;
Tes ouvrages sont grands et simples comme toi.
Achève, et, déployant ta force toute entière,
De l'art qui t'illustra recule la barrière:
Tout semble t'inviter à de nouveaux efforts;
La gloire de ton nom t'a conduit sur les hords
Où de tous les plaisirs le Français idolâtre,
Aus talens qu'il honore ouvre un vaste théâtre ,
D'un bout du monde à l'autre assemble tous les arts,
Et des peuples rivaux étonne les regards.
C'est là qu'en t'admirant il va te reconnaître.
Paris s'est applaudi lorsqu'il t'a vu paraître;
Et ses murs, si féconds en pompeux monumens,
Attendent de tes mains de nouveaux ornemens.
Là, tandis, que vengeant l'honneur de la patrie,
Le Louvre reprendra sa majesté fiétrie;

Tandis que d'un monarque adoré des Français
Le bronze avec orgueil reproduira les traits,
La Seine, s'élevant de ses grottes' profondes,
A ta loi souveraine asservira ses ondes,
Et, se multipliant dans de nombreux canaux,
Formera dans Paris mille fleuves nouveaux.

Artiste ingénieux et citoyen fidèle,
Dès long-tems ta patrie a reconnu ton zèle.
En vain ce peuple fier, jaloux de nos succès,
Le rival, et surtout l'ennemi des Français;
En vain ce roi fameux par les arts et la guerre,
Qui tour à tour instruit et savage la terre,
Espéraient à prix d'or acheter ton secours;
Tu dois à ton pays ton génie et tes jours.
Malheur au citoyen ingrat à sa patrie
Qui vend à l'étranger son avare industrie!

Et vous qui des talens voulez cueillir les fruits,
Rois, payez leurs travaux, et connaissez leur prix.
Eugène, ce héros dédaigné de la France,
Fit trembler cet état qu'eût servi sa vaillance.
Pourquoi vous disputer des provinces, de l'or?
Les grands hommes, les arts, voilà le vrai trésor.
Osez-les conquérir par d’utiles largesses;
Ils ne demandent point d'orgueilleuses richesses;
Ils laissent à Plutus le faste et les grandeurs.
Que faut-il à l'abeille ? Un asile et des fleurs.
Ah! s'il est quelque bien qui flatte leur envie ,
C'est l'honneur : aux talens lui seul donne la vie.

Louis, qui, rassemblant tous les arts sous sa loi,
Du malheur de régner se consolait en roi,
Louis de ses regards récompensait leurs veilles:
Un coup d'œil de Louis enfantait les Corneilles.

Citoyen généreux, ainsi ton souverain,
T'égalant aux héros, ennoblit ton destin.
Trop souvent le hasard dispense ce beau titre.
Hélas ! si la vertu des rangs était l'arbitre,
Peut-être un malheureux, mourant sur son fumier,
Du dernier des humains deviendrait le premier.
Tes talens du hasard ont réparé loutrage;
Ton nom n'est dû qu'à toi, la gloire est ton ouvrage.
D'autres feront parler d'antiques parchemins:
Ces monumens fameux qu'ont élevés tes mains,
Ces chefs-d'auvres brillans, ces fruits de ton génie,
Tant d'utiles travaux qu'admira ta patrie,
Voilà de ta grandeur les titres glorieux!
Là ta noblesse éclate et frappe tous les yeux.
Que font de plus les grands dont la fière indolence
Dévore lâchement une oisive opulence?
Que laissent en mourant à leur postérité
Ces mortels corrompus par la prospérité ?
Des exemples honteux, de coupables richesses,
Un nom jadis sacré souillé par leurs bassesses.
Tes enfans , plus heureux , hériteront de toi
L'exemple des talens , le zèle pour leur roi,
L'amour du bien public qui t'anime et t'enflamme,
La noblesse du nom et la grandeur de l'ame.

Par l'abbé Delille.

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SUR

LA PHILOSOPHIE DE NEWTON. (*)

A MADAME

LA MARQUISE DU CHATELET.

Tu m'appelles à toi, vaste et puissant génie, Minerve de la France, immortelle Emilie: Je m'éveille à ta voix, je marche à ta clarté, Sur les pas des vertus et de la vérité. Je quitte Melpomène et les jeux du théâtre, Ces combats, ces lauriers dont je fus idolâtre: De ces triomphes vains mon cœur n'est plus touché. Que le jaloux Rufus, à la terre attaché, Traîne au bord du tombeau la fureur insensée D'enfermer dans un vers une fausse pensée ; Qu'il arme contre moi ses languissantes mains Des traits qu'il destinait au reste des humains;

(*) Cette épitro se trouve en tête des Elémens de Newton, donnés au public par Voltaire en 3738 et 1743.

Que quatre fois par mois un ignorant Zuïle
Elève en frémissant une voix imbécille,
Je n'entends point leurs cris que la haine a forinés,
Je ne vois point leurs pas dans la fange imprimés:
Le charme tout puissant de la philosophie
Elève un esprit sage au-dessus de l'envie;
Tranquille au haut des cieux que Newton s'est soumis,
Il ignore en effet s'il a des ennemis.
Je ne les connais plus. Déjà de la carrière
L'auguste Vérité vient m'ouvrir la barrière ;
Déjà ces tourbillons, l'un

par

l'autre presses, Se mouvant sans espace et sans règle entassés, Ces fantômes savans à mes yeux disparaissent: Un jour plus pur me luit, les mouvemens renaissent; L'espace, qui de Dieu contient l'immensité, Voit rouler dans son sein l'univers limité, Cet univers si vaste à notre faible vue, Et qui n'est qu'un atome, un point dans l'étendue. Dieu parle, et le chaos se dissipe à sa voix: Vers un centre commun tout gravit à la fois. Ce ressort si puissant, l'ame de la nature, Etait enseveli dans une nuit obscure. Le compas

de Newton, mesuraut l'univers, Lève enfin le grand voile, et les cieux sont ouverts :: Il découvre à mes yeux , par une main savante, De l'astre des saisons la robe étincelante: L'émeraude, l'azur , le pourpre , le rubis, Sont l'immortel tissu dont brillant ses habits.

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