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$ C'est

:

« C'est qu'en le desirant je t'en faisais l'hommage,

que

tu l'as prévu, c'est qu'il est ton ouvrage, * Tes accens dans mon ame ont souvent relenti; « Tout ce qu'ont dit mes vers par toi je l'ai senti. « Si j'ai su d'une amante exprimer les alarmes, « C'est qu'un soir dans tes yeux j'avais surpris des larmes. « J'ai peint de son bonheur un amant enivré: « Tel j'étais quand ton cæur à ma foi s'est livré. « Mon succès est le tien, je te dois ma couronne; r Pour en doubler le prix que ta main me la donne. »

Ainsi, je m'en souviens, aux jours de mon printems, Jours envolés trop tôt sur les ailes du Tems, J'eus une amie: hélas! mon inexpérience De ses faibles essais lui faisait confidence. Eh! que chantais-je alors ? Nos craintes , nos desirs, Nos tourmens prolongés, nos rapides plaisirs: Son nom résonnait seul sur ma lyre fidelle; Je ne rêvais qu'amour, c'était ne rêver qu'elle, Content lorsqu'un baiser de sa bouche obtenu Etait le prix d'un vers par son coeur retenu. Je la retrouve encor dans les cercles futiles Où nous mène au hasard l'oisiveté des villes; Je l'aborde, lui parle , et nos cours sont glacés, Cruel ressouvenir de mes plaisirs passés ! Les dieux près de l'Amour out placé l'espérance: Pourquoi donc ont-ils craint d'y placer la constance? Pourquoi de son bonheur interrompant le cours, Lorsqu'on aime une fois ne pas aimer toujours ?

O toi dont l'amitié du moins me dédommage Des momens qu'en sa course emporte le bel âge, Cher Legouvé, certain de me persuader, A rentrer dans les rangs tu sus me décider. La gloire en vain de toi m'entretenait sans cesse ; Satisfait du repos où dormait ma paresse, Ayant suivi de loin et Térence et Chaulieu, Aux muses j'avais dit un éternel adieu. Eh! quel succès, hélas ! vaut le prix qu'il nous coute? N'importe , tu le veux , je reprendrai la route Dont long-tems sans regret je m'étais écarté. Mais rappelle-toi bien que sur toi j'ai compté: Jamais pour mes défauts de molle complaisance; Je veux qu'on me reprenne,et non pas qu'on m'encense. Heureux, par tes conseils en marchant affermi , Même dans mon censeur d'embrasser mon ami !

Par VIGÉE.

CONTRE LE CÉLIBAT,

tes charmes,

Toi par qui nous vivons, nous chérissons le jour,
Sentiment enchanteur que l'on appelle amour,
Quand tout plaît, s'embellit, s'anime

par
Faut-il qu'un nom si doux inspire les alarmes !
Ce cæur si calme encor, mais prêt à s'enflammer,
De quels tourmens bientôt il va se consumer !
A peine entrevoit-il ce bonheur qu'il soupçonne,
Qu'il doute, espère, craint, transit, brûle, frissonne.
Mais à ces prompts transports, à ces veux effrénés,
Tous les cæurs amoureux ne sont pas condamnés.
Regardons ces bergers ravis sous ces ombrages
D'habiter du Poussin les touchans paysages :
Qui de nous ne voudrait soupirer avec eux ?
La vertu fait surtout le bonheur de leurs feux.
Oui, le ciel, qui dans nous la grave en traits de flamme,
A fait de la vertu la volupté de l'ame;

Et cette volupté qui se mêle à l'amour
Y porte un nouveau charme, et l'y puise à son tour.
Heureux qui dans soi-même a'laissé l'innocence
Entre l'ame et les sens former cette alliance!
Il n'a plus qu'à jouir, dans un accord si doux,
Des doux biens les plus chers que le ciel fit pour nous.
Philémon et Baucis tous deux les éprouvèrent;
Tous deux jusqu'au tombeau tendrement ils s'aimerent:
Aussi par Jupiter leur toit fut protégé;
Leur toit après leur mort en temple fut changé.
On voit encor leurs clos, la source jaillissante,
Le jardin où courait leur perdrix innocente,
Leurs vases les plus chers, d'argile, et non d’airain,
Qu'à l'hospitalité faisait servir leur main;
Leurs pénates entiers , paternel heritage,
Leurtable, dont les pieds du tems marquaient l'outrage,
Que couvraient par honneur les fleurs de la saison,
Quand le maître des dieux soupa chez Philémon.
Quoi! me dit un censeur,

viens-tú par ce langage
En faveur de l'amour prêcher le mariage,
Et vanter , en tarmant d'une triste vertu,
L'austérité des mæurs? - Oui, sans doute. Et crois-tu,
Pour diffamer le vice et ses noires maximes,
Si je tenais ici la liste de ses crimes,
Que'mon vers courageux, osant la dérouler,
Toi-même à cet aspect ne te fit pas trembler ?
Ecoute : quand les vents de leur coupable haleine,
l'avorisant Pâris et la parjure Hélène,

Loin de Sparte emportaient leurs perfides vaisseaux,
Ecoute ce qu'alors Nérée, au sein des eaux
Criait au ravisseur enchanté de sa proie:

« Tu la tiens, insensé; tu pars, mais devant Troie
Vingt peuples et vingt rois pour la redemander
Avec mille vaisseaux sont tout prêts d'aborder.
Tu n'échapperas point à ton juste supplice.
Déjà sont descendus Agamemnon, Ulysse ,
Achille, Ménelas, et Teucer et Nestor.
La Grèce est là. Crois-tu , quand l'intrépide Hector
Cent fois du sang des Grecs fera fumer la terre,
Crois-tu qu'avec les sons de ta lyre adultère,
Et Vénus dont ta voix t'assura les secours,
D'Ilion assiégé tu défendras les tours?
Que de maux et de pleurs, Pâris , sont ton ouvrage!
Mais Diomede accourt; il accourt, et sa rage
Cherche, écume, menace, et va te découvrir.
Tu le vois : tel un cerf que la peur vient saisir
A l'aspect d'un lion a déjà pris la fuite.
L'heure viendra pourtant, les Parques l'ont prédite,
L'heure où, vaincus sans peine, et vainement armés ,
Tes bras, tes beaux cheveux encor tout parfumés,
Des cruels champs de Mars essuieront la poussière!
Regarde autour de toi Tysiphone et Mégère ;.
Vois tous ces corps épars, tes sinistres amours
Sur l'Europe et l'Asie appelant les vautours;
Priam, Hécube, Hector, Cassandre, Polyxène
Pour ta cause égorgés, ou mourant dans leur chaîne ;

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