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Dans ton ame indigente appeler le plaisir,
De la nature avare implorer un desir,
Et, seul sur cette terre à tes regards flétrie,
Sans la trouver jamais chercher partout la vie:
Ou bien si, plus actif, superbe, ambitieux,
Pour grossir tes trésors, pour éblouir nos yeux,
A des projets hardis tu commets ta fortune,
Soudain de créanciers une foule importune
Venant à t'assaillir, sans crédit, ruiné,
D'amis voluptueux bientôt abandonné,
Mais voulant avec art, sous un ris infidelle,
D'un malheur trop certain démentir la nouvelle,
A ton dernier festin je te vois l'air joyeux ,
Pami les vins brillans, les mots ingénieux,
Les chants, les jeux, les fleurs, le luxe des orgies,
L'éclat des diamans, des cristaux, des bougies,
Promenant tes regards sur vingt jeunes beautés,
Quand le morne dégoût s'assied à tes côtés,
Quand la mort tient ta coupe, y boire avec ivresse
Du désespoir qui rit l'effroyable allégresse.
Mais lorsqu'en nous charmant l'aurore, de retour,
Dans tes yeux consternés a fait rentrer le jour,
Je te suis dans ta chambre; et là, seul en silence,
Maudissant le soleil, détestant l'existence,
Je te vois, pour tromper la fortune en courroux,
Croyant que tout s'éteint, que tout meurt avec nous,
Armer tranquillement d'une amorce homicide
Le fatal instrument d'uu affreux suicide,

se cóüler' ses pleurs.

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L'approcher de ton front,qui, dans quelques momen's...
Le coup part... Malheureux! tu n'avais point d'enfans;
Non, tu n'en avais point : on ne voit pas les pères"
Se donner le trépas pour finir leurs misères.'

Un père infortuné du moins dans ses douleurs
Lève ses yeux au ciel, laisse
Gémit-il sous le poids de la triste vieillesse,
Sa compagne pour lui s'émeut êt s'intéresse;
Sa tendresse inquiète a prévu ses besoins.?
Il compte sur son cour': en recevant ses soins
II met encor sa main dans cette main chérie,
Il jette avec plaisir un regard sur sa vie?
Tous ses jours n'ont été qu'un tissu de bienfaits;
Il voit daus ses enfans les heureux qu'il'a faits:
Si son fils est ingrat, si son fils l'abandobne,
Dans sa fillé peut-être il trouve une Antigone :
Sur ce bras qui lui reste il aime à s'appuyer;
Ces larmes qu'il répand il les sent essuyer.
Ou bien si le remords, toujours inexorable,
Tremblant à ses genoux, ramène le coupable,
Je l'aperçois déjà, se laissant entraîner,
A l'exemple du ciel tout prêt à pardonner.
Rien peut-il épuiser la tendresse d'un père ?
Nous devons à l'hymen ce sacré caractere:
Par lui de nos enfans formant les jeunes cours,
Nous sentons mieux le prix, l'utilité des mœurs;
Nous savons que leur wil nous suit ou nous contemple:
On songe à ses devoirs quand on en doit l'exemple.
Tome IV.

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Ainsi chez les Sabins leurs fils respectueux
Apprenaient la vertu sur leurs fronts vertueux:
On voyait dans leurs champs, au sortir de la guerre,
Les vainqueurs de Carthage obéir à leur mère.
Le bonheur se mêlait à cette austérité :
L'hymen gardait les mæurs, les mours la liberté;
La famille et le chef, sous le chaume ou la brique,
Environnaient gaîment une table rustique.
Le soir y ramenait, après de longs travaux,
Les pères, les enfans, les

pasteurs,

les troupeaux. L'Amour n'était pas loin; mais, quoiqu'un peu sévère, Il avait son souris, son regard, son mystère, Surtout sa longue attențe et ses heureux momens. Vénus, ah! tu rendais pour ces chastes amans

I Tes feux plus enchanteurs, ta volupté plus pure, Et c'était la vertu qui tressait ta ceinture.

Par Ducis.

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Mes bons amis, mes compagnons, mes guides,
Illustres morts, parmi vous je reviens
Goûter en paix dans vos doux entretiens
Des plaisirs purs,

délicats et solides.
Je viens jouir , je viens charmer le tems:
Ce tems si court a des langueurs mortelles
Quand l'ame oisive en compte les instans;
C'est le travail qui lui donne des ailes.

L'homme veut être et ne peut résister
Au sentiment de sa propre durée:
L'heure où l'on vit se passe à s'éviter;
La peine active est souvent préférée

à

Au froid. loisir de se voir exister.
J'ai vu ce cercle où règne l'inconstance,
Ce monde vain, tumultueux, flottant,
Où le plaisir est l'objet d'importance,
Où tour à tour on se cherche, on s'attend,
Pour s'oublier, le soir en se quittant.
Qui ne croirait, à voir cette affluence
Dans ces jardins, ce brillant soupé,
Qu'on est heureux ? on n'est que dissipé.
De deux soleils abréger la distance,
Est tout le soin dont on est occupé;
Et dans la foule, à soi-même échappé,
L'on se dérobe à sa triste existence.

Livres chéris , ah ! qu'il m'est bien plus doux
De m'oublier, de me perdre avec vous !
Vous élevez , vous enchantez mon ame,
Rapide Homère , audacieux Milton,
Torrens mêlés de fumée et de flamme.
A ce mélange en vain préfère-t-on
La pureté d'un goût pusillanime;
Du char brûlant du dieu qui vous anime,
Si vous tombez , c'est comme Phạéton,
Et votre chûte annonce un vol sublime.

De l'art naissant l'essor ambitieux,
Libre du moins dans sa route incertaine ,
Osait franchir la barrière des cieux;
L'usage encor , tyran capricieux,
Ne tenait point le génie à la chaîne.

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