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hameau, si on continue à marcher au midi, on passe devant Tirynthe; et une demi-lieue au-delà, on entre à Nauplie, ville bâtie au penchant d'un contre-fort du mont Arachné, qui sépare la Trézénie de l'Hermionide, jusqu'en face d'Hydra.

La seconde issue du bassin de l'Argolide, qui s'ouvre aû S. O., est celle qu'on prend pour se rendre à Tripolitza ; mais autant la passe d'Épidaure est accessible, autant celle-ci est d'un abord difficile, si on ne parvient pas à s'emparer d'Argos. Cette place ouverte et sans défense, où les colonies d'Inachus fondèrent la citadelle Larissa, qu'on voit encore au faîte d'un rocher hérissé d'aspérités, a un avantage de position qui semble avoir été méconnu par tous les conquérants modernes de la Chersonèse de Pélops, quoique l'ouvrage des Pélasges les avertît que c'était la clef de l'Arcadie. Aussi difficile à tourner au midi, par rapport aux marais qui la séparent de la mer, qu'à assaillir de front, à cause des montagnes auxquelles elle est appuyée, Argos aurait été, malgré sa position, une barrière de peu de résistance contre d'autres hommes que des Turcs, qui devaient l'emporter avant de pénétrer dans l'intérieur du pays. Quelques compagnies de voltigeurs en auraient chassé les Grecs; mais ceux-ci, qui connaissaient leur ennemi, y trouvèrent des ressources inespérées.

On résolut de défendre les ruines d'Argos; car, si on jette les yeux sur la carte (i), on verra que

(i) Voyez la carte jointe au tome IV de cette histoire.

Tripolitza et le centre de l'Arcadie ne peuvent être envahis qu'en occupant cette ville, ou bien par une expédition maritime, qui débarquerait sur la plage de Lerne, d'où, n'ayant que huit lieues de chemin à faire et le seul défilé de Trochos à franchir, on peut pénétrer sur le plateau de la Tégéatide. C'était ainsi que le fameux Hassan Gésaër, capitanpacha, soumit la Morée en 1779. Mais en comparant l'état actuel des choses, on s'apercevait que son entreprise n'avait aucune ressemblance avec celle de Dramali. En effet Hassan, maître de ISauplie, partait d'Argos; et n'agissant que contre une masse d'insurrection concentrée à Tripolitza, la question se décidait devant cette ville : tandis que maintenant, la Morée entière se trouvant en armes, il fallait livrer autant de combats qu'il y avait de plateaux et de vallées, qui offraient des systèmes de défense plus ou moins compliqués contre un ennemi sans expérience.

Soit calcul ou hasard, les Grecs comprirent la faute des Turcs qui venaient de s'engager sans infanterie dans une vallée, où ils pouvaient faire de fort belles évolutions de cavalerie, mais au-delà de laquelle cette espèce de troupe leur devenait inutile et même nuisible. On reprit courage, et par une inspiration qui ne pouvait venir que du Dieu protecteur de la cause des Chrétiens, D.Hypsilantis, Pierre Mavromichalis, Nicolas Stamatopoulos, Nicétas frère du Turcophage, le Spartiate Panagiotis Kxévata, s'étant trouvés d'accord eu tout point malgré l'opinion de plusieurs hommes fort braves,

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auxquels il avait paru indispensable de se retirer dans les montagnes, on adopta les mesures suivantes.

On échelonna une partie des Maniates dans les vignobles qui bordent la rive gauche de l'Inachus(i), et de cette façon ont eut des avant-postes placés entre des espèces de palissades suffisantes, à cause de la hauteur des ceps, pour contenir les batteurs d'estrade et se mettre à l'abri de leurs coups. Dèslors on vit commencer une guerre assez bizarre entre les maraudeurs turcs qui, obligés de mettre pied à terre pour grapiller des raisins, s'enfonçaient entre les vignes, où les Grecs embusqués en tuaient autant qu'il s'en présentait, et faisaient aussitôt passer dans les montagnes leurs chevaux, dont ils s'emparaient. On plaça ensuite de distance en distance, le long du rivage de la mer, entre les lagunes et au milieu des rizières, des groupes de tirailleurs, afin d'empêcher l'ennemi de fourrager dans les marais, et pour l'attirer, en le provoquant parfois, dans des fondrières où il était facile d'en

(i) D. Hypsilantis se comporta dans cette circonstance en homme de tête et d'honneur. Rencontrant Mavromichalis et trois cents Lacons embusqués sur une butte, il les excite et les engage à se rapprocher d'Argos. Il court à Lerne, d'où il ramène une foule de soldats fugitifs. Il presse le sénat d'écrire à Colocotroni de hâter sa marche; on venait d'apprendre qu'il était arrivé au village d'Agladocampos. Nous regrettons que l'histoire, qui n'admet pas une foule de détails, nous empêche d'énumérer tous les mouvements que D. Hypsilantis se donna à cette époque, qui fut marquée par le salut du Péloponèse.

venir à bout. Enfin quelques officiers français, parmi lesquels ou cite le capitaine Jourdain et le colonel Lavillasse, dans les intervalles libres que la fièvre laissait à ce dernier, qui perdait peu d'occasions de faire le coup de fusil contre les Turcs, ayant fait construire des épaulements en pierre sèche, appuyés aux murs des maisons incendiées d'Argos, on réussit à s'établir, de manière à soutenir un coup de main contre les barbares.

Tout ce qu'on pouvait faire étant ainsi prévu, il en résulta qu'au moyen des embuscades réparties le long de la mer, on réussit à lier depuis Argos la ligne d'opérations avec la petite forteresse de Nauplie,que les Turcs avaient livrée aux Grecs, en vertu de la capitulation éventuelle conclue précédemment. Alors Nicolas Stamatopoulos et Nicétas, qui tenaient le blocus de Nauplie, s'établirent sur les montagnes en arrière de cette place, et plusieurs bâtiments furent désignés pour porter des secours aux différents postes établis près de la côte. Ainsi une péniche, armée de deux canons, reçut ordre de s'embosser sous la petite forteresse de Bourdzi, dont on remit le commandement au capitaine Philippe Jourdain, qui s'occupa aussitôt de faire embarquer les otages que les Grecs y avaient fait conduire comme garants de l'accord arrêté avec les Turcs, qu'on prévint de cette disposition. Une autre péniche eut ordre de stationner aux moulins de Lerne afin de veiller à la sûreté du quartier-général; enfin une troisième fut mise à la garde des bâtiments de transport, et on tint des chaloupes canonnières, ainsi qu'une foule de bateaux, à la disposition des commandants, pour se porter partout où ils seraient jugés nécessaires aux besoins du service. Le vice-président Kanacaris, et le comte André Métaxas de Céphalonie, devenus l'ame et le conseil de cette division navale , à la tête de laquelle se trouvait Bobolina , ainsi que quelques navarques d'Hydra, reçurent pour instructions, de se porter partout ilfaudrait secourir et renforcer les postes des Hellènes; mais en hommes prudents les sénateurs qui n'entendaient rien à l'art nautique, laissèrent aux marins le soin de manœuvrer comme ils le jugeraient convenable. On savait qu'il fallait vaincre, que la loi rigoureuse de l'histoire est de juger les hommes d'après les événements; on ne vit plus que la patrie, le monde chrétien et la postérité.

Pendant que les Grecs faisaient ces dispositions, Dramali, qui était depuis huit jours campé au pied des coteaux de Mycènes, au lieu de se mettre en rapport avec Nauplie, dont ses avant-postes n'étaient éloignés que d'une lieue et demie, attendait, comme on l'a su depuis, l'accomplissement des promesses de Jousouf pacha. Les yeux tournés vers la mer, il cherchait à découvrir la flotte ottomane, quand, pressé par la disette qui se faisait sentir dans son armée, il se décida à marcher en avant. Les queues, signal du départ, furent arborées devant sa tente le 3i juillet; et le ier août, un cri immense, entremêlé du hennissement des chevaux et du bruit des clairons, annonça l'appro

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