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obusiers, et réuni au stratarque Plapoutas, il met en déroute les barbares, dont on compta trois cent soixante-trois morts sur le champ de bataille. Dans cette affaire brillante, il ne resta autour d'Hypsilantis, dont le cheval avait été tué, que M. de Maison, officier français, Denis Eumorphopoulos d'Ithaque, Jean Basilidès de Constantinople, Christos Léonidas de Zante et Georges Ralos de Patmos: les ottomans parlent encore avec épouvante de la terreur que leur causèrent ces braves.

Au lever du soleil, Dramali, connaissant l'étendue de sa perte, écrivit à Corinthe, où il avait laissé environ dix mille hommes, de lui envoyer un renfort de trois mille soldats. Informé ensuite que les Turcs de Nauplie, au lieu d'agir contre le taxiarque Nicétas, étaient intimidés par les Grecs qui occupaient la forteresse de Bourdzi, il se décida à se porter de ce côté. Il transféra en conséquence son quartier - général dans l'enceinte cyclopéenne de Tirynthe, qui est éloignée d'une lieue et demie d'Argos, où il fit braquer onze pièces de canon, en laissant à son kiaya et à huit pachas qu'il mit sous ses ordres, le soin de surveiller les mouvements de Mavromichalis, de D. Hypsilantis, et de Colocotroni, qui était en vue d'Argos.

L'armée de Dramali éprouvait d'ailleurs le besoin d'eau , malgré la quantité de puits existants dans Argos. En prenant cette nouvelle position il évitait cet inconvénient, car il se rapprochait de la fontaine Canathienne ( i ), source suffisante aux

(i) Canathienne. Voyez mon Voyage, t. IV, p. i68.

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« vous est ordonné de vous rendre à l'instant dans « le fort de Bourdzi situé vis-à-vis de Nauplie; d'em« ployer tous les moyens possibles de votre art pour « brûler la ville comprise entre les remparts, afin « d'épouvanter les Ottomans ennemis des nouveaux « Hellènes, et de les amener promptement à rendre « la citadelle qu'ils occupent.

« Du golfe d'Argos: 8 septembre ( 27 août) i822.

1< Signés Athanase Ranacaris , vice« président; Jean Orlanhos , et « Basile Boi(douris. »

La petite forteresse, au moment où Philippe Jourdain s'y présenta, muni de l'ordre du vice-président et des membres du gouvernement des Hellènes, était défendue par MM. Franck Hastings, Américain, chef de bataillon d'artillerie, Antoine Anemat, Grec, capitaine commandant d'armes, Johan Hanek, lieutenant de bombardiers, et Démétrius Kalergis, sous-lieutenant. On s'occupa à remplir de terre plusieurs caissons afin de soutenir le parapet, et on éleva un cavalier sur lequel on parvint à établir une pièce de trente-six, qui plongeait la ville basse. On ouvrit après cela plusieurs embrasures, et on fit les dispositions nécessaires pour avoir la plus grande quantité possible de bouches à feu dirigées contre la place. On établit en même temps des grils afin de chauffer des boulets, et on fit savoir aux assiégés qu'on allait les brûler s'ils ne cessaient pas de tirer.

Intimidés par ces menaces, les Turcs Naupliens, craignant pour leur ville et leurs otages, quoiqu'ils eussent un nombre égal de ceux des Grecs en leur pouvoir, prièrent Dramali de retirer sescanonniers; et, plusieurs jours s'étant passés en négociations inutiles, le feu commença des deux côtés le 15 août au matin. On se canonna avec vigueur, sans que les insurgés, informés de la bonne foi des Naupliens, fissent usage des boulets rouges, qu'ils se réservaient d'employer dans le cas seulement où leur armée, forcée dans ses positions, serait obligée de se retirer vers Tripolitza. Malgré cette réserve, la ville ne pouvait manquer de souffrir, quoique les assiégeants ne tirassent qu'aux batteries et de plein fouet. On combattit ainsi pendant cinq jours. L'attaque, qui commençait à l'aurore, durait jusqu'à dix heures du matin, terme de la plus grande chaleur, pendant laquelle on était* obligé de part et d'autre de se reposer jusqu'à quatre heures aprèsmidi; alors on retournait aux batteries qui ne cessaient plus de tirer.

Pendant que les Grecs arrêtaient ainsi dans sa marche le serasker Dramali, on apprit que Nice tas le Turcophage qui se trouvait aux Thermopyles, franchissant les défilés du Parnasse, avait débarqué à Sicyone, d'où, traversant la Stymphalide à la tête de deux mille hommes, il venait de déboucher par Némée dans les passages de Cléones et du Trété dont il s'était emparé. Il annonçait l'approche d'une armée turque qui se trouvait à Névropofis dans .la haute Phocide, mais on n'y fit aucune attention ; l'enthousiasme était au comble dans lePéloponèse. Chacun demandait de quel côté était l'ennemi; et deux mille Arcadiens, accourus sur les pas de Colocotroni, venaient d'occuper également la passe du mont Polyphengos (i). Il arrivait en même temps quinze cents hommes à Pierre Mavromichalis, et les postes se trouvèrent disposés de façon que les Turcs furent cernés par onze mille Grecs embusqués autour du vallon d'Argos, et privés de leurs communications avec Corinthe.

Après les avoir ainsi enveloppés dans un réseau de fer, les chefs, s'étant concertés, élurent Colocotroni pour généralissime. Ce fut alors que ce vieillard énergique, qui n'était connu que comme un partisan fameux, improvisant son plan à la vue de l'ennemi, mérita d'obtenir une des victoires les plus signalées parmi celles qui illustreront un jour le monument historique de la régénération de la Grèce, dont il ne nous est encore permis que de pouvoir ébaucher le péristyle (a).

Instruit que les Turcs, dans l'ivresse de leur succès, avaient négligé de garder l'isthme de Corinthe , le gouvernement hellénique résolut de leur

(i) Polyphengos. Voyez t. IV, p. 5, i79, i82, i83 et i9a de mou Voyage dans la Grèce.

(2) Nous espérons que ce ne sera pas le sieur Cantacuzène, réfugié à Dresde, qui se chargera de cette entreprise, quoiqu'il ait farci les journaux allemands de bon nombre d'articles qu'il cite comme des autorités. Il prétend que c'est aux Grecs à écrire leur histoire. Dans ce cas il n'a pas voix au chapitre; car il est né Valaque, et resté aussi étranger aux Hellènes qu'à leur langue toujours belle et harmonieuse.

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