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LIVRE NEUVIÈME.

CHAPITRE PREMIER.

Préparatifs des Péloponésiens pour secourir Missolonghi. — Désintéressement de Nicétas. — Projets de l'amirauté d'Hydra. — Audace des insulaires de Ténos. — Débarquement des Barbaresques à Mycone. -- Ils sont battus par Modéna Mavrogénie. — Servilité des habitants de Syros. — Translation du gouvernement à Hermione. — Arrivée de l'escadre hydriote à Psara.—Résolution de détruire la flotte ottomane.

— Départ des brûlots commandés par Constantin Canaris et Cyriaque. — Incendie d'un vaisseau de ligne. — Naufrage et dispersion de l'armée turque. — Notice sur Constantin Canaris. — Son retour à Psara. — Allégresse des Grecs. — Troubles à Constantinople. — Mécontentement des janissaires. — Révolution dans le sérail. — Exil de Rhalet effendi. — Sa mort. — Empoisonnement de Rhourchid pacha.

— Refus d'admettre les envoyés des Hellènes au congrès de Vérone, — et d'entendre les léclainatiplis de l'ordre de Malte. — Tentatives pour ravitailler Nauplie. — Prise de cette forteresse. — Défaite du dernier corps d'armée de Dramali. — Convocation des états de la Hellade.

Les courriers porteurs des dépêches de Mavrocordatos, qui annonçaient l'invasion de l'Acamanie et de l'Étolie, arrivaient sur ces entrefaites à Astros. Loin de se laisser abattre par le récit des désastres que le vice-président fit connaître, chacun rivalisa de zèle pour y remédier. Pierre Mavromichalis, Canelos de la famille des Déli-Ianeï de Caritène, André Zaïmis deCalavryta, Londos de Vostitza, offrirent leurs services, qu'on accepta, et tous se préparèrent à partir, en convenant de se rendre à Andravida (i), près du golfe de Cyllène, où des vaisseaux viendraient les embarquer pour les transporter à Missolonghi.

Cette expédition fut décidée sans aucune difficulté; mais il n'en fut pas de même du départ des vaisseaux. Les matelots demandaient un salaire pour nourrir leurs familles pendant leur absence; on avait besoin d'approvisionnements de bord pour tenir la mer, dès qu'on se serait séparé de la terre nourricière des hommes; et plus prodigue de son sang que de son argent, quoiqu'on fût généralement ricbe des dépouilles des Turcs, on se regardait. Tout le monde se disait pauvre, et chacun balançait à faire des sacrifices, quand Nicétas s'avança au milieu de l'assemblée; déposant un sabre de grand prix qu'il avait enlevé au général turc dans les derniers combats, il dit: Voilà tout ce que je possède ; j'en fais hommage à la patrie! D. Hypsilantis, se levant à son tour, fit don de son argenterie. Ces exemples faisant monter la rougeur au visage des plus avares, chefs, navarques, capitaines, tous s'empressèrent d'offrir leurs tributs volontaires , et l'armement fut décrété.

L'amirauté d'Hydra soumit ensuite ses plans au

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conseil des Hellènes. Informée que le capitan pacha se préparait à quitter le port de la Sude pour rentrer aux Dardanelles, elle avait résolu de le suivre , de le harceler et de lui faire éprouver quelque échec considérable dans sa traversée, afin de terminer d'une manière éclatante la campagne de 1822. C'était là son but principal; car on n'avait rien à craindre de la part des Turcs contre les Cyclades. L'esprit public y était monté au plus haut point d'exaltation, et les moindres îles étaient sur un pied de défense formidable. Ainsi, au simple avis donné par une barque venant de Syros, que la flotte ottomane croisait dans ces parages, on avait vu à Ténos , le 20 octobre , les habitants courir spontanément aux armes , et sept mille hommes border la plage du port Saint - Nicolas. Depuis cette fausse alarme on l'avait fortifié au moyen de deux redoutes, et les Grecs y faisaient le service avec la régularité d'une garnison européenne, quoiqu'ils eussent encore à craindre le fléau de la peste, qui les avait affligés pendant tout l'été. .

Mycone venait également de se signaler. Le 22 octobre, au moment où l'armée navale turque défilait dans ses eaux, les Grecs avaient arboré le pavillon de la Croix, et tiré stir un brick algérien qui rasait la côte à portée du pistolet, en accompagnant leur fusillade, contre les plagiaires (1), du

(i) C'était le nom qu'on donnait dans l'antiquité aux écùraeurs de mer qui volaient des enfants et des esclaves. On ne chant patriotique de Rigas, et d'un torrent d'injures adressées au prophète Mahomet. Le capitan pacha, dans sa rare prudence, avait trouvé au-dessous de sa dignité de répondre à de semblables provocations; mais le Barbaresque irrité en jugea autrement. Après avoir tiré plusieurs volées perdues , au bruit desquelles quelques armements rallièrent le pavillon vert de l'Africain , il voulut se venger en opérant un débarquement sur l'île

de Mycone Il met aussitôt ses embarcations à

la mer, il s'approche de la plage, et y jette deux cents volontaires, qui marchent en vociférant : Allah! Mahomet! mort aux dgiaours!

A cet aspect, la noble fille d'Étienne Mavrogénis, Modéna, qui jura autrefois, devant les prétendants à sa main, de ne jamais épouser qu'un homme libre, réunissant la compagnie d'élite qu'elle forma dès le commencement de l'insurrection, s'avance à la rencontre des Barbaresques. Fondant sur eux avec la rapidité de l'aigle, elle les attaque, les presse, les bat, et les force à se rembarquer en laissant une partie de leurs armes, dix-sept morts et soixante blessés au pouvoir des Myconiens. Elle foule aux pieds la tête du chef des barbares, qu'elle frappe dédaigneusement du talon, en s'écriant : Honneur aux braves! Victoire à la Croix! Victoire au sang des héros! répondent les Myconiens. Gloire à Modéna Mavrogénie, fille du martyr Étienne! Que ses palmes soient immortelles!

l'applique plus maintenant qu'aux frelons et aux monopoleurs en littérature, qui se nourrissent du travail des abeilles.

Pendant que ces choses se passaient à Mycone, le capitan pacha, après avoir reconnu de loin Paros et Araorgos, recevait les hommages des primats de Syros, auxquels il décernait les honneurs du kafetan, toge de l'esclavage, en leur demandant, à la vue de Chios qui fumait encore du sang des chrétiens, pourquoi les habitants des îles de la mer Égée ne venaient pas déposer leurs armes à ses pieds? Il voulait, disait-il, oublier leurs torts; il était toute clémence depuis la tentative inutile qu'il avait faite pour ravitailler Nauplie. Les Syriotes lui répondirent par des flatteries; et les Algériens, battus par Mavrogénie, l'ayant rejoint, il cingla vers Ténédos : statio maie fida carinis.

C'était le 5 novembre. Le sénat des Hellènes s'était, depuis huit jours, transporté d'Astros à Hermione, comme ces oiseaux de passage qui suivent les vents tempérés, en se réfugiant à l'extrémité des promontoires méridionaux du Péloponèse, quand les neiges couvrent les hautes régions du Parnasse : ainsi les législateurs ambulants de la Grèce arrivaient avec les orthygies ou cailles en face d'Hydra, au moment où trois divisions navales, déployant le pavillon de la Croix, appareillaient pour se porter du côté de l'Étolie, aux plages de la Crète et vers les rivages de l'Asie-Mineure, tandis qu'une station navale partait afin de renforcer le blocus de Nauplie.

Le son des cloches, le bruit du canon et les acclamations du peuple ayant accompagné l'armée aussi long-temps qu'on crut se faire entendre, les

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