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«Eh quoi! des individus, parce qu'ils occupent « quelques postes éminents parmi les hommes, et «prêts comme eux à devenir la pâture des vers, « sans penser qu'ils auront à rendre compte à « Dieu de leur passage sur la terre, ont osé nous « représenter aux monarques chrétiens comme des « Carbonari? Hélas! Dieu en est témoin! il n'y « a peut être pas trente personnes en Grèce qui « sachent, dans le sens qu'on l'entend, ce que c'est « que cette secte, dont le peuple même ignore le « nom.

« Il n'existe point parmi nous de ces esprits in« quiets qui peuvent tout souffrir excepté le repos, « et qui ont besoin de troubler l'ordre public des « états! mais je dois vous dénoncer les complots « des ennemis du genre humain, qui veulent nous « enlever, comme ils l'ont déjaravie auxParguinotes, « jusqu'à la consolation de mêler nos cendres avec «celles de nos aïeux. A la faveur de leurs calom«nies, ils sont venus à bout d'empêcher les rois '< pasteurs des peuples de la chrétienté de nous « tendre une main secourable. Ils vont oser plus « encore : frémissez! ils vont intriguer auprès du « Grand-Seigneur poUr tâcher de vous porter le « dernier coup.

« Si on pe«t vaincre l'orgueil du Sultan, on « vous proposera une amnistie; on vous donee nera de l'argent, des terres, en vous promettant « des garanties pour votre existence et votre foree tune. Si vous acceptez, vous êtes perdus! A

«peine vos tyrans auront ressaisi le pouvoir, que «vous ne pourrez plus sortir de la Grèce; et, ce « qu'ils vous auront accordé, ils le reprendront avec « usure. Enlevés à vos familles, vous serez bientôt « après transportés comme esclaves dans l'Asie-Mi«neure, en ne laissant sur le sol paternel que vos « enfants pour les faire élever dans la servitude la «plus abjecte, afin de les parquer et d'en user a comme on le fait des nègres dans les colonies. Ces «créatures infortunées, qui formeront une espèce « dégradée, deviendront la propriété des barbares, «et seront rangées au nombre des animaux exclu« sivement attachés à la glèbe.

« Tel est le plan projeté par des maîtres impi« toyabies, et tel est le sort qui vous attend si vous «fléchissez. Ne frémissez-vous pas d'horreur à une «pareille idée? Et, pour vous la rendre plus sen«sible, ramenerai-je vos regards sur l'affligeant ta« bleau des maux que vous avez endurés? Vous monde trerai-je l'humanité dégradée par la servitude; la « vie rendue à charge par la barbarie de vos maî« très; le luxe et la décadence de ces lâches maho« métans; l'arbitraire de leurs pachas; leurs dépré« dations?

« O Grèce, comment a pu ton antique et majes« tueux vaisseau résister à un si long orage? .... Elle « a été ébranlée, elle a chancelé, elle tombait, notre «chère patrie, si le Seigneur, le seul miséricor« dieux, ne l'eût pas soutenue.

« Bénissez son bras puissant; et, en vous rap« pelant ce que vous étiez hier, jugez des bienfaits * de Dieu par ce que vous êtes aujourd'hui. Vous «étiez esclaves, il vous a rendus libres. Voudriez« vous donc transiger avec vos anciens maîtres et « redevenir leurs esclaves?

« De tous les biens dont l'Éternel combla l'homme «créé à son image, le premier, c'est la liberté, sa « jouissance est son besoin le plus impérieux. Vous «l'avez prouvé en résistant, non à des hommes, « mais aux tigres altérés de sang qui ont dévasté « l'île de Chios. Que dis-je? ce n'est ni le sang que « lesTurcs'ontrépandu, ni les plaies que leurs mains « impies ont faites à notre patrie que je veux attester «contre leur barbarie, c'est eux-mêmes!

«Les voyez-vous? ils se déchirent; soldats, gé«néraux, ministres, monarque, ils s'égorgent; ils « nagent dans une mer de sang; on ne distingue «leurs physionomies qu'à la lueur des incendies. «Autour d'eux, parmi eux, dans leurs cités, au «sein des campagnes, tout n'est que brigandage, «meurtre, immoralité, anarchie, et ils n'invoquent « le ciel, ils ne lui adressent leurs prières que pour «demander la mort des chrétiens. Mais, diront les «instigateurs qui vous approcheront, les Turcs ne « se sont livrés à tant excès que parce qu'ils ont « trouvé de la résistance. S'ils n'avaient pas craint

« pour eux-mêmes, si le succès Comme si la

« Providence pouvait trahir la cause de la religion « et de l'humanité!

« Ainsi les augustes souverains, trompés par de « faux rapports, car il est probable que nos lettres «ne sont pas venues à leur connaissance, nous « abandonnent à nos propres moyens. Qu'ils nous « accordent au moins une stricte neutralité. Nous « avons vaincu jusqu'à présent avec l'aide de Dieu, « sous l'étendard de la Croix; et pleins de confiance « dans la sainteté de notre cause, nous triomphe«rons des barbares. »

Le contenu de ce rapport, qui signalait de nouveaux dangers, et l'expulsion de Turcs au-delà du golfe Ambracique, ne nécessitant plus la présence de Mavrocordatos, il se décida à rentrer dans le Péloponèse.

Le cours des évènements qui s'étaient passés pendant l'absence du président, avait mis les fonctionnaires publics dans le cas de prolonger l'exercice de leurs attributions au-delà du temps prescrit par l'acte constitutionnel d'Épidaure, qui était loin d'avoir lui-même reçu son application dans les différentes branches de l'administration. Il devenait donc indispensable, comme on l'a vu dans le chapitre précédent, par la proclamation du viceprésident Athanase Ranacaris, de convoquer les. assemblées électorales, afin de donner un caractère légal à toutes les autorités constituées.

CHAPITRE III.

Existence de l'empire ottoman devenue problématique. — Destruction de l'arsenal de Tophana. — Fetwa qui exempte le sultan de se rendre aux incendies. —- Prophéties du cheïck Achmet. — Firman rendu à ce sujet. — Les armements grecs désolent le commerce turc. — Importance et force de l'île de Psara, — ainsi que de Samos. — Désolation de Chio?. ~r Cruautés d'Aboulouboud, pacha de Salonique. — Conspiration qu'il invente; — parti qu'il en tire. — Sa conduite approuvée. — Percepteurs grecs envoyés dans l'Archipel. — Prises faites par les insurgés.—Événements de l'île de Crète.

— État des insurgés de l'île d'Eubée. — Secours que leur amine Modéna Mavrogénie. — Croisières des Grecs ; — leur position maritime. — Remarque politique importante. — Nouvelle révolution de sérail. — Mariages et dissensions des Péloponésiens. — Congrès d'Astros. — Moyens et plans militaires des Turcs. — Proclamation du congrès, T— Installation du gouvernement à Tripolitza. — Armée navale turque. — Anarchie des schypetars Épirotes. — Jousouf pacha envoyé pour les commander. — Déclaration du congrès de Vérone.

— Départ de la flotte ottomane de Constantinople.

l_iE soleil, qui répand la vie dans l'univers, suit comme un serviteur docile la route que l'Éternel lui a tracée: l'univers a ses limites; la mer a ses bornes, qu'elle ne peut franchir, et l'esprit insensé d'un despote de l'Orient a pu seul concevoir l'orgueilleuse pensée de dire : Je suis tout! Tout doit céder à mon autorité, répétait sans cesse le successeur des caliphes, Mahmout II, en voyant périr ses

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