Images de page
PDF
ePub

changé son divan, en dépouillant ses ministres dont une partie furent étranglés. Fet Ali, Châ de Perse, dirigé par les conseils du Céphalonien Réphalas, hésitait à ratifier le traité de paix négocié par M. Willoch, qui devait rendre le calme aux provinces ottomanes voisines de l'Euphrate. Lord Strangford n'avait pu opérer une anomalie politique qui aurait réconcilié la Russie avec la Porte ottomane.

Au milieu de ces agitations du sérail, on apprit à Constantinople que Moustaï pacha n'était pas plus tôt rentré à Scodra, qu'informé d'une manière positive par ses capi-tchoadars du danger qui menaçait sa tête, proscrite par le sultan, il avait dévoilé, dans une circulaire adressée aux Schypetars, les causes auxquelles on devait attribuer la perte de

« faires. Dirige - toi en tout d'après la loi sacrée , et cherche à « rétablir l'ordre dans les affaires. Que le Dieu de compassion « te soutienne en tout. Comme il est évidentque, si la révolte de « la Morée n'est pas terminée jusqu'à ce jour, il faut l'attribuer « au peu de zèle de ceux qui en étaient chargés, tu auras soin « de prendre par la suite les mesures nécessaires, tant par terre « que par mer, pour arracher promptement aux rebelles grecs « les forteresses et les villes qui sont entre leurs mains, et mettre « fin à ces affaires. Tu auras soin en même temps de rassembler « des vivres et l'argent nécessaire pour les habitants de ma ca« pitale, afin qu'ils ne souffrent en aucune manière. Tu prendras « aussi des mesures pour que ces habitants, ainsi que ceux de « mon empire, jouissent d'un repos parfait.

« Puisse le favori du Seigneur, Mahomet, se servir de toi pour « son honneur et sa gloire, et comme un instrument pour ce qui « t'est confié ! »

tant de braves qu'ils pleuraient. Toutes les familles de la Guégaria étaient en deuil, et elles avaient juré, dans leur douleur, de ne plus s'armer pour la défense d'un monarque qui avait résolu de les asservir, s'ils avaient été assez malheureux pour anéantir les Grecs. Ismaël Potta, parvenu à soulever l'Epire, demandait à la Sublime Porte la révocation d'Omer Brionès, et le poste de visir de la basse Albanie pour Mahmoud bey, fils de Véli, étranglé àRhoutayé dans l'Asie-Mineure. Enfin l'IIlyrie macédonienne et l'Epire n'attendaient qu'un signal pour se séparer du Bas-empire Ottoman de Constantinople.

Tant de gloire, de succès et d'espérances auraient pu éblouir les Hellènes. Ils se disaient (1): «Nos « pères régis par des lois, éclairés du flambeau de « la civilisation, guidés par des chefs expérimentés, « maîtres de villes florissantes et d'arsenaux, élevés « à l'école du génie, des arts et de la gloire, con« fondirent l'orgueil des Perses. La discipline et la « science dans l'art militaire triomphèrent du nom« bre et de la valeur mal dirigée des barbares. Les « enfants déshérités et avilis du*pays qu'ils illustrè

(i) Je me contente de traduire littéralement ce morceau, . extrait d'un rapport très-étendu sur les événements qui ont eu lieu dans la Grèce pendant les trois derniers mois de l'année i8as3, tel qu'il m'a été adressé par M. Georges Tourtouri de Calaritès, que je puis maintenant nommer. C'est le même qui m'a fourni une grande partie des détails sur les affaires de l'Epire ; et la Grèce compte en sa personne un citoyen aussi dévoué que vertueux.

«rent, des pâtres, des chefs de bande flétris du « nom de brigands, parce qu'ils osaient soustraire « leurs têtes au joug de l'oppression, des paysans, « des vieillards et des femmes, se lèvent en invo« quant le Dieu des forts! Un nouveau Gédéon « quitte l'aire sur laquelle il foulait le grain, et tout « s'anime à sa voix souveraine. Quelques milliers « de chrétiens, la fronde à la main, terrassent les « Assyriens. Ils s'emparent de leurs armes pour « combattre, non plus les hordes de Xerxès, mais « tout ce que l'Europe, l'Asie et l'Afrique comptent « de niahométans les plus intrépides, qui s'avancent « par terre et par mer pour anéantir les auteurs et « les soutiens d'une indépendance proclamée sous « les auspices du Dieu rédempteur. Les Ismaélites « ont succombé; l'immortelle Hellade a terminé une « campagne plus importante que celles qui l'ont « précédée; nous avons égalé et peut-être surpassé « nos aïeux. »

Ainsi parlait un Grec enfant du Pinde; mais autant son enthousiasme était légitime, car jamais on ne combattit pour une cause plus juste et plus importante, autant il déplorait les malheurs de ces contrées qui pendant trois années révolues avaient été le théâtre de la guerre. « Depuis les rochers de « la Selléide jusqu'au Thermopyles, la vue, conti« nuait-il, ne se repose que sur des ruines, des « décombres et des tombeaux. Aucune ville, aucun « village, pas une seule cabane n'apparaissent sur « cette terre désolée, d'où les troupeaux mêmes ont a disparu. Les habitants nus, n'ayant pour abri « que les antres et le couvert des forêts, privés d'in« struments aratoires pour remuer la terre, sont « sans espérance : qui les assistera dans leur déif tresse ? »

Il avait à peine tracé ces lignes, lorsque des chrétiens accourus de l'Occident à la voix du malheur, vinrent sécher les larmes des Étoliens et des Acarnaniens. Ils leur apportaient les secours de ce clergé bienfaisant d'Angleterre, de Suisse et d'Allemagne, qui ambitionna, dès le commencement de la sainte révolte des Grecs contre le vicaire de Mahomet, le titre de philhellènes, devenu synonyme d'amis de l'infortune et de consolateurs des martyrs du Très-Haut. Ils leur envoyaient, non de ces paroles banales qui décourageraient jusqu'à la piété, en faisant maudire la vertu; mais des vêtements, des pioches, des socs de charrues, destinés à fournir aux vainqueurs des Turcs les moyens de manger un pain acquis à la sueur de leurs fronts. De grandes dames, car le cœur magnanime des femmes de la vieille Europe et du monde chrétien sera à jamais du parti des Grecs, y avaient joint d'abondantes aumônes : que ne m'est-il permis de publier leurs noms!

Des hommes aussi recommandables par leurs sentiments religieux que par leurs lumières, se présentèrent à leur tour pour instruire les Grecs au grand art de l'administration publique, qui n'est un secret que pour ceux qui veulent faire prévaloir des vues particulières, contre l'intérêt général. Plusieurs s'étaient préparés à d'aussi honorables fonctions par l'étude dela langue grecque, et ne demandaient à les remplir, qu'en s'entretenant à leurs frais dans les emplois qu'ils sollicitaient. Mais un incident qui attira l'attention particulière du gouvernement, fut l'arrivée du moderne Tyrtée; lord Byron, le front ceint des lauriers du Parnasse, abordait à Missolonghi, avec des presses, des artistes, des ingénieurs et des artisans. Il n'avait pas attendu les succès des Grecs, pour flétrir leurs tyrans en vers pindariques. Il apportait des secours, et l'espérance de voir réaliser un emprunt, que les envoyés du sénat d'Argos étaient chargés de négocier à Londres. Il avait avancé une partie des fonds qui avaient donné les moyens à l'amiral Miaoulis Vôcos de tenir la mer et de foudroyer l'escadre du capitan-pacha dans le golfe Pagasétique.

Son exemple donnant l'impulsion aux esprits, un horizon immense apparut aux Grecs, qui découvrirent, au milieu d'un océan de gloire, des dangers et de nouveaux triomphes. La position fortifiée de Missolonghi, qui est la clef du golfe des Alcyons, jointe à la possession récente de l'Acro-Corinthe, livraient désormais la citadelle de Patras, Lépante et les châteaux des petites Dardanelles à la discrétion des insurgés, devenus possesseurs des rives qui entourent ces mers intérieures du territoire classique. On pouvait laisser les garnisons turques s'y fondre en détail. Le temps ne devait pas manquer de les contraindre à rendre les armes. Golocotroni et André Métaxas, maîtres des aqueducs et des hauteurs de Patras, après avoir battu les Turcs

« PrécédentContinuer »