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tuée sur un mamelon, autour de laquelle il fit une perte si considérable, que les cadavres de ses soldats formaient une masse presque égale en grosseur à cet édifice.

Cependant, après quelques efforts, les Schypetars commençaient à fléchir, et le corps des Philhellenes venait de les charger de manière à décider le succès de la journée en faveur des chrétiens, quand le perfide Gôgos, qui tenait Ismaël Pliassa eu échec, abandonna son poste, et s'enfuit avec les siens sur le mont Scoulicaria.

L'aile droite, qui etait dans ce moment victorieuse, se trouvant ainsi découverte, se déconcerta et crut la trahison consommée en voyant flotter une vingtaine de drapeaux turcs sur ses flancs. Ils étaient portés par un détachement de Grecs, que leurs chefs avaient expédiés pour mettre ces trophées en sûreté au quartier général; mais ces soldats, ayant erré pendant une heure au milieu des bois, venaient de reparaître sur les hauteurs, au moment où on les croyait ailleurs. On les prit pour l'avant-garde d'une division turque qui menaçait de couper la retraite, et la crainte de se trouver entre deux feux porta l'épouvante parmi les vainqueurs.

Ceux qui venaient d'arracher ces étendards aux Turcs, perdent dans un moment le fruit de leur victoire; et les malométans s'apercevant de la faute des Grecs, tombent comine un torrent sur cette même aile droite. Malgré la plus courageuse résistance, elle fléchit, elle cède, elle se débande,

et traverse en désordre le village de Péta, pour prendre position sur la hauteur où se trouvait la réserve commandée par le général Norman.

Tel fut le premier résultat de la trahison, et d'une erreur impossible à prévoir, qui fit manquer une entreprise devenue téméraire depuis qu'elle n'avait pu être exécutée sur le plan et dans le temps indiqué par les Souliotes.

Les Turcs, vainqueurs de ce côté, portant aussitôt la majeure partie de leurs troupes sur le front de bandière des Grecs, attaquent avec fureur le second bataillon des troupes régulières, qui, n'étant plus appuyé, se trouve assailli de toutes parts, et obligé de faire son mouvement de retraite vers la réserve. Au même instant le colonel Tarella , qui le commandait, est blessé mortellement. Cependant il commande encore une charge pour se dégager. On fait feu, on se forme, on dispute le terrain, mais il faut prendre la fuite. Le jeune Wrendlie de Zurich, qui commandait l'artillerie, est haché sur ses pièces avec ses canonniers ; et Tarella, ne pouvant plus suivre, prie ses camarades de se sauver, en leur recommandant de faire connaître sa mort à sa famille. Infortuné! quelques minutes après il n'était plus, les barbares le massacrèrent sous les yeux de ceux qui ne pouvaient le secourir. Tandis

que la valeur trompée cédait au nombre, le terrain entrecoupé de monticules sur lequel on se battait ayant dérobé aux Philhellènes le mouvement rétrograde qui venait de s'opérer, pendant qu'ils combattaient avec une valeur surnaturelle,

ils se virent tout-à-coup cernés et abandonnés à leurs propres forces. Les Turcs étaient maîtres de Péta et des collines environnantes.

Pas un cri, une plainte, ni un murmure ne se font entendre. Les vétérans de la gloire, au nombre desquels on comptait des braves de tous les pays, mais pas un seul Anglais, voient d'un ceil serein le jour d'éternelle mémoire qui doit éclairer de nouvelles Thermopyles !... Déja l'intrépide Dania est aux prises avec un Turc qui a saisi les rênes de son cheval , et en voulant se débarrasser, il est percé par un autre cavalier ennemi qui le frappe par

derrière. Il tombe mort sur la terre, et sa tête aussitôt coupée passe de main en main jusqu'aux pieds de Routchid pacha, qui excitait ses soldats au carnage! A cette vue, les Philbellènes, ne prenant conseil que du désespoir, ne cherchent plus qu'à vendre chèrement une vie épargnée par mille combats.

Dania venait de succomber, lorsque le jeune Chauvasseigne, qui sortait des gardes du corps de Monsieur, frère du Roi, après avoir tué trois ennemis, apercevant un de ses camarades prêt à être égorgé, renverse le mahométan qui le poursuivait en haletant de fureur. Sa baïonnette s'engage dans le corps du Turc; et tandis qu'il veut la retirer, il il est lui-même attaqué par un baïractar ou portedrapeau. Forcé d'abandonner son fusil, il saisit son adversaire, lutte corps à corps, le renverse, et, lui mettant le pied sur la poitrine, arrache de ses mains

l'étendard qu'il défendait, lorsqu'il est atteint d'un coup

de sabre au front par un spahis. Aveuglé par le 'sang qui coule de sa blessure et ne pouvant se guider, au lieu de se retirer du côté de ses camarades, il va tomber avec son étendard au milieu des Osmanlis, qui le taillent en pièces.

Il est aussitôt vengé par Mignac, capitaine de hussards français. La foudre ne frappe pas avec plus de rapidité que le bras de ce guerrier, adroit aux armes et accoutumé aux dangers. Sept Turcs tombent sous ses coups (1), l'épouvante suit ses pas, il aurait à lui seul immortalisé la journée du 16 juillet! Mais son sabre se brise dans sa main et il est déchiré en lambeaux par les barbares irrités de sa valeur funeste, qui venait de causer la perte de leurs plus braves soldats. En vain le généreux Beyerman, le major Chevallier, le garde du corps Viel, Frelon de Chartres et Guichard de Normandie veulent venger son trépas, ils périssent bientôt à ses côtés.

La mêlée devient générale; et pour énumérer les traits de courage qui éclatèrent sur les coteaux de Péta, il faudrait citer tous les braves Philhellènes, parmi lesquels figuraient au premier rang Amiot , Tirelli, Briffari de Pignerol, Seguin de Chambéry, et Faccio, dont le sang se mêla à celui d'une foule de Turcs qu'ils immolèrent avant de

(1) Un témoin, le capitaine Daniel, alors aide-de-camp de Mavrocordatos, assure que Mignac tua onze ennemis avant de succomber.

succomber. Cependant on distingua à travers cette mêlée, tel qu'un flambeau qui se ranime avant de cesser de briller, un lieutenant prussien, Teichemann, porte-drapeau des nobles aventuriers qui combattaient sous le signe immortel de la régénération du monde. Blessé mortellement, Teichemann, qui avait substitué une baïonnette à la pique de son étendard, tua, avec cette arme, un cavavalier accouru pour le dépouiller, et, sa tête retombant sur sa poitrine, il expira en prononçant le nom de Berlin sa patrie. A ses côtés fut blessé le capitaine adjudant-major Hanay, qui parvint à se dérober au fer des mahométans.

Le drapeau de Teichemann fut aussitôt relevé par onze officiers polonais, soldats de ce Poniatowski que les eaux de l'Elster ravirent trop tôt à son pays, maintenant asservi. Renversant devant eux les rangs des barbares, Merzieweski, Mlodowski, Koutcheliski, Dobronowski, qui les conduisaient, rentrent dans Péta, afin de célébrer par un illustre trépas la fin d'un combat destiné à tenir une place brillante dans l'histoire.

Nous regrettons de ne pas connaître les noms de tous ces illustres chevaliers, car ils étaient de haute origine par la gloire de leurs armes et de leurs aïeux. Ils s'établissent successivement dans plusieurs maisons d'où les Turcs ne parviennent à les déloger qu'en éprouvant des pertes considérables et en y mettant le feu. Débusqués du milieu des ruines, leur audace semblait s'accroître en rai

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