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salut. Pour lui, criblé de blessures, défaillant, il voulut être porté sur la brèche pour mourir en face de l'ennemi. Les voiles de la mort couvraient son visage quand il y fut déposé. Il distribua ses armes à ses camarades, comme un chef donne des lauriers et des couronnes après la victoire à ceux qui se sont distingués. Il remit sa ceinture baignée de sang à son fidèle écuyer pour la porter à Marathonisi, dans le Magne, où elle devait rester suspendue dans sa demeure, afin de rappeler aux siens qu'il mourut en combattant les Turcs, et qu'il leur lègue le soin de sa vengeance. Il maudit trois fois Th. Maïtland qui vendit Parga et s'opposa ensuite à ses généreuses entreprises ; puis, rendant graces à Dieu de lui avoir accordé une mort glorieuse , il pria ses soldats de ne pas souffrir que la tête de Cjriaque tombât au pouvoir des Turcs, et il expira en prononçant le nom d'Élias son neveu. -

Telle fut la fin decet illustre capitaine. Ses restes, ayant été embarqués sur l'Achéron, furent transportés à Missolonghi par trente guerriers de l'Eleuthéro-Laconie, débris héroïques du bataillon qu'il avait organisé, tandis que les autres se dispersèrent dans les montagnes de la Cassiopie, d'où ils parvinrent à rentrer dans le Péloponèse. ...

Phanari fut ainsi occupé, à la fin de juillet, par les Turcs Chamides, et Omer Brjouès ayant détaché son neveu Achmet du côté de Prévésa, la trahi-r son, qui se décélait de toutes parts „ commença à s'organiser sous les auspices des agents de la GrandeBretagne et du consul Méyer, qui méditaient la ruine des Hellènes.

Ainsi l'Épire, naguère au moment de s'affranchir, passait de nouveau sous le joug de ses oppresseurs. Déja l'Acrocéraune était entrée en arrangement avec les Turcs par l'entremise des Anglais; Mavrocordatos reguéait l'Achéloùs, qu'il n'aurait jamais dû passer; et les Souliotes, livrés à eux-mêmes, ne voyaient plus que des ennemis victorieux autour de leurs montagnes, quand sept tatars ou courriers, expédiés de Rhourchid pacha au vaivode de Prévésa , annoncèrent l'entrée de l'armée de Mehemet Dramali en Morée, la reprise de l'Acrocorinthe par les Turcs, la dispersion du sénat des Hellènes, le renversement de ses nouvelles institutions, et l'arrivée de l'escadre du capitan pacha à Patras.

La Grèce retombait dans les fers. Cette nouvelle communiquée officiellement au consul d'Angleterre Méyer, à Prévésa, par le vaivode Békir Dgiocador, fut envoyée au général qui commandait à Corfou à la place de sir Th. Maïtland, d'où elle retentit dans la Selléide, et bientôt après par toute la chrétienté.

Une joie barbare éclata parmi les Turcophiles, qui voulaient que l'holocauste des chrétiens fût entier. Des ordres inhumains émanés du Pandémonion de Corcyre, défendirent de recevoir aucun Grec dans les Iles Ioniennes: tous étaient condamnés à périr. Ainsi on avait vu, l'année précédente, repousser des mêmes rives une foule de pèlerins, sujets de l'empereur Alexandre, revenant de la Palestine , qui, aussi mal accueillis à Trieste qu'à Corfou, durent à la charité du comte Golowkin, qui se trouvait à Vienne, d'être tolérés sur les terres inhospitalières d'Autriche et de pouvoir rentrer dans leur patrie. Cette fois on écarta des bords de la Tauride ionienne jusqu'aux fugitifs de Chios, qui n'avaient pour recommandation que les larmes et la voix du malheur.

CHAPITRE IV. .

Odyssée diffamé. — Tentatives de Rhourchid pacha pour le corrompre. — Le sénat des Hellènes se prépare à occuper Nauplie. — Méhémet Dramali passe les Thèrmopylcs. — Troubles et massacres à Athènes. — Odyssée est rappelé au commandement de l'armée. — Plan des Grecs contre les Osmanlis. — Marche insensée des barbares. — Leurs succès. — Mort de Ryamil bey. —Reddition honteuse de l'Acrocorinthe. —Achille, qui l'avait abandonnée, se tue. — Résolution des insurgés. —Mesures de défense qu'ils adoptent. — Entrée des mahométans dans l'Argolide. — Dispositions respectives des parties belligérantes. — Belle conduite de D. Hypsilantis. —- Nauplie débloquée. — Combat d'Argos. —Bombardement de la citadelle Larissa. —Ordre de brûler Nauplie, -resté sans exécution. — Arrivée de Colocotroni à l'armée. — Les Grecs s'emparent de l'isthme — et des défilés de la Corinthie. — Ordre de harceler les Turcs. —Combat du 20 août. — Retraite et déroute des infidèles; — leurs désastres; — sont battus de toutes parts. — Translation du gouvernement hellénique à Astros.

Le serasker Rhourchid pacha, informé de ce qui se passait aux Thermopyles, avait profité des dissensions survenues entre Odyssée et D. Hypsilantis, pour le succès de l'entreprise qu'il méditait. Persuadé que le soldat n'a point de morale, et qu'il s'attribue le droit de propriété sur tout ce qu'atteint son glaive dévastateur, en même temps qu'il promettait le pillage de la Grèce à son armée, il s'appliquait à diviser les chrétiens, en semant parmi eux le cloute et la suspicion. Ainsi, tandis que ses émissaires secrets accusaient à Corinthe le fils d'Andriscosdu meurtre dePalascas et d'Alexis Noutzas, il faisait par d'autres voies répandre le bruit que leur soi-disant assassin, tel qu'un autre Coriolan, demandait à passer sous ses drapeaux pour venger l'injure faite à son nom. Odyssée, ajoutaient quelques-uns de ses agents, avait vendu son épée à Rhourchid pacha au prix de deux mille bourses, de façon qu'il ne se passait pas un jour sans qu'un bruit, plus ou moins mensonger, ne tendît à décréditer, *à avilir et à perdre celui que les Turcs avaient le plus grand intérêt à priver de la confiance des Hellènes. -" c' '" < "- -', - >

-On faisait , 4 ce sujet, des versions non moins erronées dans les îles ioniennes, où le système de tyranniser ses contemporains pour fonder dans l'averrir des jours prospères était érigé en principe, parce que l'esprit dominant de?" hommes d'état de notre siècle se fonde sur cette erreur que les plans qu'ils enfantent ne doivent jamais finir. Agissant comme'ces laboureurs qui traceraient dessillons pour des saisons que le soleil n'éclaire pas encore, on prétendait que' les gens qui aspiraient à line régénération, soin qu'ils auraient dû léguer à leur postérité, pour ne pas déranger certaines combinaisons de l'amour-propre, allaient enfin payer la peiné de leur présomption, et on ne craignait pas, tant on était sûr des moyens qu'on avait employés, de fixer le terme fatal de l'insurrection à la campagne de l'année 1822. Alors renaissaient les beaux

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