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d'un père, tout senbloit devoir exciter 117--7?

vivement en lui le sentiment de la re-
connoissance. Il ne laissa percer que
celui de la fierté et de l'indépendance
dont il ne tarda pas à donner des
preuves plus manifestes. Marguerite ne
fut
pas

couronnée avec lui. Louis s'en plaignit. Henri eut la condescendance de s'engager à faire recommencer la cérémonie ; et à quelque temps de là, en effet, les deux époux furent couronnés à Winchester par l'archevêque de Rouen. Ils passèrent ensuite à la cour de France, où ils étoient árdemment désirés. Louis inspira, dit-on, à son gendre la prétention ou de jouir de l'Angleterre, dont il étoit couronné roi, ou de demander la Normandie, laissant le choix à son père. D'un autre, côté, Richard réclamoit la Guienne, qu'Eléonore lui avoit cédée , et la mère appuyoit la demande de ses deux fils soit qu'elle espérât plus d'autorité en augmentant celle de ses enfans, soit par dépit des galanteries de leur père, qui lui rendoit avec usure les inquiétudes dont elle avoit payé la tendresse de son premier époux. Bientôt une

révolte générale éclata. Cotereaux,

La guerre fut très-opiniâtre entre le père, d'une part, la mère et les

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routiers.

deux fils de l'autre ; à ceux-ci s'étoient

1173–76. joints les rois de France et d'Ecosse. Les seigneurs se partagèrent entre eux, ce qui balança aussi les succès et les revers , et prolongea les hostilités. L'Angleterre en étoit le principal théâtre. C'étoit là que le vieux Henri éprouvoit la plus forte résistance. Pour se débarrasser , tout d'un coup, de ces petites armées qu'on lui opposoit sans cesse, il ramasse en Normandie tout ce qu'il peut trouver de brigands, de bandits, de gens sans aveu, et accoutumés au pillage dans les guerres alors perpétuelles. On leur donna le nom de cotereaux, ou parce qu'ils étoient armés de grands coutels, ou parce qu'ils s'assembloient par coteries : de routiers , du latin rumpendo, parce qu'ils rompoient ét brisoient. Avec cette troupe, qui faisoit la guerre sans ménagement, le roi d'Angleterre, en étonnant et effrayant, fut bientôt vainqueur. Au bout de dixbuit mois , fatigué de cette guerre immorale, et honteux d'en être le chef Louis fit des propositions de paix qui furent facilement acceptées. Le traité fut conclu à Amboise. Alor's fut remise entre les mains du vieux Henri, et pour être élevée en Angleterre, Alix âgée de-sept à huit ans, et des

Tom. III.

F

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tinée à être l'épouse de Richard qu 1177

en avoit alors seize à dix-sept. Nouveau trailé, Il n'y avoit

que

trois ans que la princesse avoit quitté la France, et elle n'avoit encore que onze ans, lorsque Henri réclama sa dot, et notamment la ville de Bourges qui en faisoit partie. Louis, ne s'y refusoit pas; mais il entendoit que le mariage fût célébré avant cet abandon ; et parce que Henri qui ne jugeoit point encore à propos de passer à la célébration, tenoit néaninoins à l'occupation de la ville, on se prépara de part et d'autre à la guerre. Louis, fit intervenir le pape , qui menaça Henri de mettre son royaume en interdit,. s'il se refusoit davantige à donner satisfaction au roi de France ; de là de nouvelles et longues négociations, et enfin une entrévue à Nonancour. On parut y avoir oublié l'objet principal de la querelle, pour ne s'occuper que d'une nouvelle croisade où les deux, nois, à l'invitation du lét gat du pape , prirent l'engagement d'entrer. Quant à leurs différens particuliers , ils, se bornèrent à nommer des arbitres, et firent néanmoins un traité dont les expressions sont remarquables. «. Telle est , disent les deux a rois, et telle sera désormais notre

1.77•

« amitié, que chacun défendera la vie « de l'autre, ses membres, sa dignités ( ses biens. Je secourerai de toutes ( mes forces, moi Henri , Louis roi « de France, et moi roi de France, « de tout mon pouvoir, le roi d'An« gleterre, mon homme et mon vassal ». Cet accord qui tranquillisoit le roi d'Angleterre, favorisoit le desir. qu'il avoit d'aller passer quelque temps dans son royaume; et afin de n'y être troublé par aucune inquiétude , il tira de Louis , avant son départ , une sanvegarde pour son duché de Normandic, et ses autres états de France. Louis fut heureux , de son côté, de ce que les troubles de la famille du roi d'Angleterre ne permirent pas à celui-ci d'employer contre lui toutes ses forces. Le vassal etoit alors plus puissant que le suzerain. Il venoit de conquérir l'Irlande : aux états qu'il possédoit en France , tant de son chef que de celui de sa femme, il avoit ajouté la Bretagne, en faisant épouser à Geoffroy , son troisième fils, l'héritière du dernier duc. Enfin, il s'étoit assuré une diversion d'Allemands, en cas de besoin, contre la France, par le mariage d'une de ses filles, Mathilile, avec un duc de Saxe et de Bavière, le fa

و

meux Henri-le-Lion , dont la spolia1177

tion fait époque dans l'histoire d'Alle-
magne, et qui fut père de l'empereur
Othon IV, dont la défaite à Bouvines
est une des époques brillantes du règne

de Philippe-Auguste.
Accident De nouveaux embarras militaires au-
du prince roient été d'autant plus fâcheux pour
Philippe et
pélerinage. Louis , qu'il commençoit à ressentir
1178–79 des infirmités. L'affoiblissement de sa

santé lui inspira la résolution d'asso-
cier Philippe , son fils, aux soins du
gouvernement, et de le faire sacrer.
Pendant qu'il s'occupoit de ce des-
sein , un accident pensa lui faire perdre
ce fils chéri. Ce prince s'étoit égaré
en chassant dans la forêt de Compiè-
gne. La nuit arrivant, il erroit à l'a-
vențure, et crioit de temps en temps
pour appeler du secours. Au milieu
des plus sombres ténèbres , se présente
à lui un grand homme noir , une hache
sur l'épaule , soufflant du charbon em-
brâsé dans un vase qu'il tenoit. A cet
aspect le jeune prince sent une subite
horreur ; il ne se chéconcerte cependant
pas , et ordonne au spectre de le con-
duire : ce n'étoit qu'un charbonnier.
Arrivé au Château, Philippe est saisi
d'une fièvre qui le met dans un grand
danger. On ne s'entretenoit alors que des

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