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considérables ; mais la totalité ne revint

1203-4.1 à la France qu'après deux cent cinquante ans de guerres opiniâtres.

Ce n'étoit pas assez pour les Fran- Quatrieme çais , des guerres qu'ils trouvoient chez croisade. eux, ils en allerent chercher en Asie. 1204. Au milieu même des plaisirs, on par:loit toujours de croisades. Foulques de Neuilli, qui avoit si bien réussi à en former une troisième sous Philippe et Richard , se mit en tête d'en provoquer une quatrième; mais il ne put y engager des rois. Il apprend que Thibault-le-Grand , comte de Champagne, le plus riche et le plus magnifique prince de ce temps, a indiqué auprès de Corbie un tournois, où doivent se rendre les grands seigneurs et les genlilshommes les plus distingués des terres et des états voisins ; il y court, et emploie si utilement son éloquence et son zèle , qu'au milieu des festins, des joutes, des fêtes galantes que ces divertissemens occasionnoient, tous prennent la croix et s'engagent au saint voyage.

Ils députent à Venise six d'entre eux, chargés de faire avec la république un marché pour transporter la troupe en Palestine. Ces marchands, plus rusés que celte noblesse uniquement occupée de combats et de gloire , mettent

1204.

troupes crois

le transport si haut qu'une partie des croisés se dégoûte. Ceux-ci retournent dans leur pays ; les plus zélés cherchent d'autres routes, mais les Vénitiens les regagnent, en consentant ,

à défaut d'argent, à être payés en services , et ces services consistoient, de la part des croisés , à reprendre au profit de la république la ville de Zara en Dalmatie, que le roi de Hongrie leur avoit enlevée. A cette condition les républicains promettent de joindre aux croisés un corps de sées aussi , et engagées par voeu à l'expédition.

On signe le traité avec une satisfacLion réciproque. Les guerriers arrivent en foule à Venise. Ils partent. Zara est prise. Pendant qu'on se préparoit à gagner la Palestine, arrive un prince grec ,

nommé Alexis, fils d'Isaac l'Ange , empereur de Constantinople, détrôné, privé de la vue, et retenu en prison par Alexis, son propre frère , qu'il avoit lui-même autrefois tiré de captivité. Le jeune Alexis étoit fortement recommandé aux croisés

par

l'empereur Philippe , qui avoit épousé Irène , sa soeur. L'allemand promettoit et juroit d'aider puissamment les croisés pour le recouyrement de la Terre

Prise de Constantinople.

1204.

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Sainte, s'ils assistoient son beau-frère, et les pressoit de commencer par son rétablissement. De son côté le jeune prince faisoit des offres magnifiques. Il verseroit dans la caisse de la croisade deux mille marcs d'argent, fourniroit des vivres en abondance pendant un an, temps suffisant pour remettre son père sur le trône ; ensuite il enverroit en Palestine, avec les croisés, dix mille hommes à ses frais; enfin, ce qui devoit faire un extrême plaisir au pape , dont les légats étoient présens et jouissoient d'une grande autorité, il soumettroit l'église grecque à la latine. Les Vénitiens inclinoient aussi pour les Grecs , parce qu'ils se flattoient que, dans une guerre qui se feroit à leur porte , ils pourroient s'emparer de quelques villes à leur biens:ance, et augmenter leurs états de Terre - Ferme. Constantinople ! Constantinople ! s'écrient tous les croisés. On appareille ; ils voguent, et voilà cinq ou six mille Français, treize ou quatorze mille hommes à la solde des Vénitiens, devant une ville entourée de fortes tours, de bonnes murailles , garnie de munitions, renfermant plus de quatre cent mille hommes propres à porter les armes, commandés par un empereur

1204

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core.

assez afferni sur le trône , quoiqu'usurpateur. On dit qu'à la vue de ces formidables remparts, les croisés, tout intrépides qu'ils étoient, furent un peu étonnés de leur entreprise : mais le gant étoit jeté ; il falloit ou vaincre ou retourner honteusement. Ils attaquent avec furie, escaladent, sont repoussés, reviennent à la charge, se précipitent dans la ville. L'usurpateur effrayé ramasse ses trésors et s'enfuit.Les vainqueurs replacent Isaac l’Aveugle sur le trône, et aident le fils à réduire les rebelles qui résistoient en

Ils croyoient qu'ils n'avoient qu'à ouvrir la main et qu'ils alloient y voir tomber le fruit de leur victoire; en effet, Alexis pour les satisfaire , mit des impôts, et s'empara de l'argenterie des églises. Cette conduite mécontenta ses sujets. Le clergé lui gardoit une secrete rancune , pour la promesse qu'il avoit faite de le soumettre à l'église de Rome. Comme d'ailleurs l'argent ne venoit ni promplement, ni abondamment, les croisés murmuroient : ils s'imaginèrent voir dans les délais le projet de les dégoûter , afin que , fatigués de remises perpétuelles , ils prissent à la fin le parti de retourner dans leur

aux gros

pays , ou de regagner la Palestine. Ces

1204. soupçons mirent beaucoup de froideur entre les seigneurs croisés et Alexis : de sorte qu'il ne trouva en eux au-. cune ressourcè an moment d'une con• juration qui se tramoit contre lui. Le chef de la faction s'appeloit aussi Alexis, surnommé Murtzuphle, sourcils. Il n'eut pas de peine à se défaire du jeune prince, hai du' peuple et du clergé, et délaissé par ses protecteurs. Le fils de l'Aveugle fut tué' en prison, et Isaac son père mourut de chagrin.

Murtzuphle fit des tentatives auprès Pillage de des croisés, pour se les concilier et se maintenir par eux sur le trône : mais ils dédaignèrent de s'associer à l'assassin dé leur ancien ami. Ils campoient hors de la ville, et de-là voyoient les travaux que

le nouvel

empereur fai soit pour sa défense. Les préparatifs étoient alarmans. En effet, le premier assaut reusit mal aux croisés ; mais dans un second ils emportèrent la ville. On fait un tableau affreux des violences commises par une soldatesque effrénée. Pillage général et inhumain, sans égards pour les femmes , ni respect pour les églises. La part des seuls Français fut portée par estimation à quatre cerit

Tom. III.

Constantino

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