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du comte de

poitrine, afin de se distinguer de ceux

1207-8. de la Terre-Sainte qui la portoient sur l'épaule. Leur service étoit de quarante jours. On dit

que

leur première armée se monta à cinq cent mille combattans. Raimond, effrayé de cette masse qui

Pénitence alloit tomber sur lui et l'écraser, s'hu- Toulouse. milia devant le légat qui voulut bien

1209. lui pardonner, à condition qu'il se soumettroit aux rigueurs de la pénitence publiqne. En conséquence le comte de Toulonse parut en chemise à la porte de l'église, y fit abjuration des erreurs contenues dans une formule qu'il répéta. Le prélat ensuite lui mit son étole au col : le tirant d'une main, et le frappant de l'autre avec une baguette, il l'amena jusqu'au pied de Pautel, où il promit obéissance à l'église romaine : son excommunication fut levée ; il prit la croix et se mit à combattre ceux qu'il protégeoit auparavant. Il se trouva ainsi à l'abri des efforts

Guerre des croisés. Ils tombèrent sur des villes entre

mond, comte et châteaux en assez grand nombre, de Toulouse, depuis Toulouse jusque dans la Na- et Simon, värre , où les Albigeois s'étoient établis, Montfort. les en chassèrent et s'y fortifièrent euxmêmes. Ces acquisitions formoient une

1209-10 étendue de pays considérable où se

Rai

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120g 10. trouvoient des villes importantes

comme Béziers , Carcassonne et plus de cent châteaux. Le conseil des croisés qui avoit à sa tête , outre les légats , un abbé de Cîtaux , violent et absolu, re

gardant ces conquêtes comme légitimes ! possessions de l'église , résolurent d'y

nommer un gouverneur. Ils proposèrent le commandernent à différens seigneurs qui le refusèrent. L'abbé de Cîteaux, usant du pouvoir que lui donnoit sa réputation de zèle et de capacité, ordonne à Simon, comte de Montfortl'Amauri, de le prendre. Simon l'accepte. Il s'étoit beaucoup distingué en Palestine, passoit pour homme de bien, et se montroit très-zélé pour la cause de l'église. Mais se trouvant maître de beaucoup de places fortes , et à la tête d'une belle armée, son zèle se changea insensiblement en desir de régner, de sorte qu'il ne prenoit pas seulement les places qu’occupoient les Albigeois, mais toutes celles qui étoient à sa bienséance; et non-seulement du domaine du comte de Toulouse avec lequel ils'étoit brouillé, mais encore de ceux des comtes de Foix, de Comminges et de Béarn , qui n'étoient pas accusés d'hérésie.

Le comte de Toulouse , incapable, cette guerre. même avec le secours de ses alliés,

Caractere de

1211,

d'arrêter ce torrent , alla à Rome , et fit au pape une harangue si touchante, que le St. Père ému écrivit au legat de suspendre les hostilités contre Raimond ; que le crime d'hérésie , dont il étoit accusé, ainsi que sa connivence au meurtre du légat, Pierre de Cháteau-Neuf , ne lui paroissoient pas bien prouvés ; qu'il falloit procéder avec beaucoup de circonspection dans cette affaire , consulter les prélats et barons de France , faire enfin promptement paix ou trève, et ne plus tourmenter ce malheureux

pays.

En effet la guerre s'y faisoit avec une barbarie affreuse. Les récits qui nous restent des excès commis, de part et d'autre, font horreur. La fureur des hérétiques s'exercoll

sur les prêtres et les moines, qu'ils regardoient comme leurs principaux ennemis. Non seulement ils détruisoient églises et monastères,

mais ils massacroient impitoyablement tous ceux qui tomboient entre leurs mains, et les faisoient souvent expirer dans les tourmens. C'étoit une rage des deux côtés, une rage aveugle, une égale soif de sang. Guillaume IV prince d'Orange , tombé entre les mains des Albigeois , fut écorché vif par eux, et coupé en morceaux. Quelquefois il

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se trouvoit dans les villes , attaquées par les croisés, des catholiques mêlés aux hérétiques. Prêts à livrer l'assaut à Béziers, les assaillans vinrent demander à l'abbé de Citeaux comment ils

pourroient distinguer les catholiques, afin de les sauver : Tuez tout , répondit l'abbé ; Dieu connoit ceux qui sont à

lui. Sa fin. Raimond revenu de Rome s'étoit en

core joint aux croisés ; mais n'obtenant aucune justice, illes quitta, se tourna une seconde fois contre eux et recommença Ja

guerre, pour recouvrer ce qu'ils lui avoient enlevé. Dans cette intention il demande du secours à l'empereurOthon, son parent. Le roi de France étoit en froid avec l'Allemand pour des intérêts politiques. Il fut piqué de ce qu'un de ses vassaux recouroit à un prince son ennemi. Non-seulement il abandonna le comte de Toulouse , mais encore il se montra disposé pour Montfort, qu'il avoit jusque-là peu favorisé. Raimond 'ne tirà pas grand avantage de l'imprudence qui lui avoit fait solliciter l'empereur ; mais il tronya une bonne ressource dans Pierre , roi d'Arragon.

Ce prince'avoit un grand intérêt de finir cette guerre qui infestoit les pays limitrophes à ses états , jusques et cons

1212.

pris la Navarre. Outre les ravages dont ses peuples souffroient , cette croisade empêchoit les effets d'une autre

que

le pape lui avoit permise contre les Sarrasins. Déterminé par ces différens motifs, Pierre accourut au secours du comte de Toulouse, qu'il croyoit vexé injustement. Il s'y porta de si grand cour que, ne se ménageant pas ,

il fut tué dans une bataille ; le comte de Montfort fut tué aussi dans un assaut. Sa mort donna d'abord du relâche à la guerre ;

qui finit ensuite d'ellemême.

Cette croisade contre les Albigeois étoit comme une fièvre qui avoit ses intermittences. L'engagement des croisés n'étant que pour quarante jours, quand ce terme étoit expiré, ils se retiroient. D'autres à la vérité survenoient, mais dans l'intervalle du recrutement, les Albigeois s'étoient renforcés, avoient quelquefois repris des postes importans. Tant que Montfort vécut, les arrivans trouvoient une armée à laquelle ils s'incorporoient, regagnoient les conquêtes perdues , et en faisoient même de nouvelles. La mort de Montfort fit .cesser ces alternatives. Les seignenrs , ses auxiliaires , se retirererit dans leurs clàteaux et s'y cantonnèrent.

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