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123033. montra de tendres attentions pour les soldats; elle les mit tant qu'elle put à l'abri de l'intempérie de la saison ; elle faisoit faire de grands feux, donnoit des récompenses à ceux qui apportoient du bois au camp, et adoucissoit, autant que la discipline le permettoit, la sévérité du service militaire. Il y eut peu de combats, parce que voyant l'inaction du roi d'Angleterre, on lui laissa le soin de détruire lui-même son armée par la mollesse et les délices de laville.

Paix de

La régente profita de cette espèce de Compiegne. trève, pour convoquer les grands vassaux à Compiègne. Les anciens mécontens s'y rendirent le jeune monarque les reçut avec affabilité. On fit des arrangemens de justice et de conciliation, et les coupables obtinrent grâce. Le duc de Bretagne fut cité à cette assemblée; il n'y comparut pas, et continua dans sa rébellion. Mais privé de l'appui du roi d'Angleterre, qui remmena dans son royaume les débris de son armée sans avoir rien fait, il fut obligé de paroître au pied du trône, la corde au col, disent les historiens. Le jeune monarque lui fit uue réprimande sévère, et ne lui accorda son pardon que par considération pour son sang, et qu'en retenant à titre de confiscation

plusieurs de ses meilleures places. Le duc Pierre se piquoit d'habileté, et comme il en montra peu dans cette circonstance, ses sujets eux-mêmes, par opposition au nom de Clerc qu'il affectoit, lui donnèrent celui de Mauclerc, mauvais Clerc.

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Quand Louis eut atteint vingt et Majorité et un ans, époque de la majorité sur la- mariages. quelle il n'y avoit encore aucune loi, mais une simple coutume, Blanche remit, entre les mains de son fils, les rênes du

gouvernement, sans les abandonner eutièrement. Elle avoit songé auparavant à le marier, et lui avoit donné à choisir entre quatre filles de Raimond Bérenger, comte de Provence. Il prit Marguerite, l'aînée. Ses deux frères, Robert et Alphonse recurent aussi chacun une épouse; Robert, Matilde, fille du duc de Brabant, avec le titre de comte d'Artois ; Alphonse cette Jeanne de Toulouse qui lui avoit été destinée par un traité, Il eut le titre de comte de Poitiers et de Toulouse. Charles le dernier, des frères du roi, n'étoit pas encore en âge d'établissement.

Cette jeune cour, sous l'oeil sévère 1236-41. de Blanche, ne s'émancipoit pas en plaisirs éclatans. Louis prit dès-lors le train de vie qu'il a toujours mené de

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VILLE DE LYON
Biblioth. du Palais des Arts

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1236-41. puis, partagé entre les exercices de piété et le soin de son royaume. L'office divin, dont il aimoit la splendeur, étoit pour lui comme une récréation. Il se plaisoit beaucoup dans la compagnie des religieux, s'entretenoit avec eux de sujets de piété, et les admettoit à sa table. On rapporte qu'y ayant un jour appelé Thomas d'Aquin, dominicain, docteur célèbre, qui a été honoré du titre de Saint, ce religieux sortant comme d'une extase, frappa fortement la table, et s'écria: Voilà un excellent argument contre les Manichéens! Son prieur le poussa du coude, et rougit de cette imprudence; mais le roi, loin d'en être choqué, témoigna son estime pour un homme, qui, sans se laisser distraire par l'honneur que lui faisoit un grand monarque, continuoit, même à sa table, à s'occuper de ses études. Louis accueilloit aussi les autres savans. Il recherchoit les livres, trèsrares alors; se faisoit lire ce qu'on avoit d'histoire, et engagea quelques hommes studieux à s'y appliquer et à l'écrire. La Sorbonne, d'où sont sorties des décisions souvent adoptées par l'église, lui doit son établissement. L'Université, qu'on a appelée la fille aînée de nos rois, fut combléc par lui de faveurs,

quoique cette fille ombrageuse et délicate sur ses priviléges, lui ait donné ainsi qu'à ses successeurs, également ses bienfaiteurs, des mécontentemens qui ont mêlé de l'amertume aux douceurs de la paternité.

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dans l'Uni

On a vu que Philippe-Auguste lui Bronilleries avoit accordé de grands priviléges, entre versité. lesquels on doit compter celui d'exercer elle-même la police sur ses membres à l'exclusion des juges civils. La multitude d'écoliers que sa réputation attiroit à Paris, étoit sans doute utile aux bourgeois par la consommation, mais quelquefois aussi à charge par la pétulance de cette jeunesse. Il s'éleva des rixes entre les écoliers et les bourgeois. L'Université erut n'être pas assez protégée dans la capitale et mit en délibération si elle y resteroit ou si elle chercheroit un autre asile. Pierre Mauclerc lui offrit la ville de Nantes; mais l'affaire s'arrangea, et l'Université resta à Paris.

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Pendant ce mécontentement elle avoit fermé ses écoles. Les Jacobins et les Cordeliers n'avoient été reçus dans son sein, qu'à condition de renfermer l'enseignement dans leurs cloîtres; mais ils profitèrent de ces troubles pour ouvrir des écoles publiques. L'Université, rentrée dans ses droits, interdit aux re

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iituées.

ligieux cette licence qu'elle prétendit contraire à ses statuts. Ce fut la source de longues contestations, dont les papes se mêlèrent; elles jetèrent souvent des divisions dans ce corps respectable. Le roi prit peu de part à la dispute. Il la laissa entre les intéressés, où elle s'assoupit, comme il arrive ordinairement dans ces sortes de querelles, quand l'autorité ne s'en mêle pas..

Usuriers, Trois fléaux tourmentoient le royaume, juifs et pros- et sur-tout Paris et les grandes villes les usuriers, les juifs et les prostituées. On voit par la contexture des lois de Louis contre les premiers, que le législateur connoissoit leurs perfides ruses, pour profiter des besoins pressans de l'emprunteur: il leur opposa des amendes, la perte de leurs créances, et même des peines infamantes efforts inutiles; la cupidité, plus forte que les lois, a toujours su les éluder. Il en est de même des juifs. Chassés de la France, ils y sont toujours revenus, et jamais en si grand nombre que quand nos discordes promettoient, à la partie vile d'entre eux, des vols et des rapines, qu'ils dérobent aux recherches en les dénaturant. Louis les bannit. Ils avoient déjà récupéré de grands biens, depuis la proscription prononcée cinquante-trois ans

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