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auparavant par Philippe - Auguste.

1236-41. Les précautions, prises par les deux rois, contre leur rapacité et leur retour, furent aussi sévères et aussi inutiles les unes que les autres. On dit qu'à leur exil est due l'invention des lettres de change, auxquelles le commerce a obligation de son agrandissement, et doit son activité.

Quant aux prostituées, le roi crut avoir trouvé le moyen d'en diminuer le nombre et la publicité, dans une mode qui régnoit alors. Les femmes portoient des ceintures dorées. Un édit en dé- . fendit l'usage aux femmes mal famées , pour les distinguer des femmes honnêtes. Des peines corporelles, le fouet, l'exposition publique étoient prononcées contre celles qui seroient surprises en contravention à l'ordonnance. Il arriva que rassurées par la difficulté de la preuve, presqu'aucune n'obéit à la loi. Sans doute quelques-unes s'autorisèrent de leur ceinture pour se soustraire à l'injure du mépris ; mais elles n'y gagnèrent rien. On les reconnut, et on continua de les mépriser ; d'où est venu le proverbe

que

bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée.

Le point d'honneur et la vanité d'une femme occasionnèrent alors une guerre

Guerre féodale.

1242.

dans laquelle Louis courut de grands dangers. Après avoir marié Alphonse, son frère, à Jeanne, héritière et comtesse de Toulouse , il se fit un plaisir d'aller Je mettre lui-même dans l'exercice de ses droits, et de lui faire rendre hommage par ses vassaux. Entr'eux se trouvoit Hugues X de Lusignan , comte de la Marche , neveu de Guy , roi de Jérusalem. Il avoit épousé Isabeau , fille et héritière d' Aymar, comte d'Angoulême, veuve de Jean-sans-Terre, mère de Henri III, roi d'Angleterre, et de Marie , femme d'Othon IV , empereur d'Allemagne. Elle entra dans une espèce de rage quand elle sut les intentions du voyage du roi avec son frère. « Moi , s'écrioit-elle , moi veuve « d'un roi , mère d'un roi et d'une « impératrice ; me voilà donc réduite « à prendre rang après une simple com« lesse , à faire hommage à un comte ! « Ne commettez pas ,

disoit-elle à son << mari, ne commettez pas une pareille « lâcheté:

: armez-vous ; nion fils et mon « gendre viendront à votre secours ; « je souleverai tous les seigneurs du « Poitou, mes alliés et mes vassaux ; « et s'ils ne suffisent pas , je vous reste : « moi serile je puis vous défendre et « vous affranchir v.

Louis,ignorant ces desseins,se présente avec une simple escorte d'honneur. Toutà-coup lui, son frère et leur cour se trouventinvestis dans Poitiers, et ne s'en tirent que par un accord désavantageux, que le roi fut obligé d'aller signer auprès de Lusignan et de sa femme ; mais dont il tarda peu à se trouver dégagé , par une nouvelle insolence du comte de la Marche. Sommé par Alphonse de venir renouveller son hom ħage à une époque déterminée, il s'y rend en effet, mais pour lui déclarer, qu'il ne le tient point pour son seigneur, mais pour un tistirpateur et in injuste détenteur des domaines du roi d'Angleterre, et qu'à ce titre il nc lui doit rien, non plus qu’an roi son frère. Aussitôt que Louis est instruit de cet acte formel de rébellion , il convoque un parlement pour aviser à la conjoncture, Hugues est déclaré déchu de ses fiefs, et le roi , avec des forces considérables, se dispose à aller mettre cet arrêt à exécution. Isabeau, comme elle l'avoit promis, forma une ligue des seignenrs du Poitou et de la Saintonge , qu'elle appuya des forces du roid’Angleterre. Mais avant de les mettre en action, elle essaya , comme elle l'avoit promis encore,

124%,

de se suffire seule pour s'affranchir de la soumission demandée

et elle tenta contre Louis l'assassinat 1242.

et le poison, mais sans succès.
Bataille de.: Le roi d'Angleterre , appelé en effet
Taillebourg.

par sa mère , vint lui-même , avec des
troupes déjà nombreuses , auxquelles
se joignirent celles des seigneurs poi-
tevins et saintongeois. Les deux armées
se rencontrèrent en Saintonge , sur les
bords de la Charente, près d'un châ-
teau nommé Taillebourg. Les Anglais
étoient maîtres du château et du pont
que

le château commandoit. Louis au-
roit

pu se, contenter de leur fermer le passage pour les empêcher de pénétrer en France, et ils n'auroient peut-être pas osé le tenter devant lui; ainsi il pouvoit les tenir long-temps en échec : mais il lui étoit important de finir promptement cette guerre, et d'une manière éclatante, parce qu'il étoit menacé par d'autres vassaux, restes de la ligue formée sous la régence , que le moindre délai, une apparence de timidité, pouvoient engager à se soulever de nou

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Yeau.

Il se trouvoit dans la même position que Philippe-Auguste près de Gisors : un pont à franchir , une armée entière qui l'attendoit sur le bord opposé, de plus un château garni de machines qui lançoient des trails et des pierres súr

1242.

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le pont , et jusque sur la rive française,
où les soldats de Louis avoient peine à
se rassembler. Le jeune monarque prend
avec lui une petite troupe intrépide, se
précipite sur le pont, renverse les ba-
ricades : la plus grande partie de ses
braves est blessée ou luée à ses côtés,
il avance néanmoins , et arrive avec huit
chevaliers au débouché du pont. Les
soldats se pressent pour le suivre.
Comme le pont étoit fort étroit , leur
nombre même devient un obstacle à leur
ardeur ; très - peu parviennent jusqu'à
lui. Alors il se trouve environné. Ses
huit chevaliers lui font un rempart de
leur corps; mais ils sont abatus ou tués;
le roi reste à découvert. Les piques ,
les dards, les épées se brisent sur son
armure. Il se défend en désespéré,
frappe , écarte, culbute : néanmoins
encore un moment, il étoit tué ou fait
prisonnier. Henreusement des soldats
du pont se dégagent de la foule et ar-
rivent à la file; d'autres, malgré les
traits qui pleuvoient sur

pleuvoient sur la rivière ,
parviennent dans des nacelles. Louis
est dégagé. A l'exemple de son grand-
pére is fond sur les Anglais, et rem-
porte une victoire complète. Le roi
d'Angleterre se rembarque. La fière
Isabeau , son mari , et deux enfans,

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