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1242.

sont forcés de se prosterner aux pieds du roi, de rendre au comte de Toulouse, son frère, l'hommage qu'ils refusoient, et Lusignan perdit par la confiscation une partie de ses états. Prudence et Cette victoire, due à la valeur de de Louis. Louis, et une autre non moins glo1242-45 rieuse pour lui, remportée le lendemain

modération

Vie privée de
Louis IX.

près de Saintes, rendirent circonspects ceux des grands vassaux qui auroient été tentés de lutter avec le jeune guerrier. Sa prudence lui acquit en même temps l'estime des étrangers. Il n'entra point dans la querelle des Guelfes et des Gibelins, qui étoit alors fort animée. S'il ne s'apposa pas aux anathêmes d'Innocent IV, qui excommunia, dans le concile de Lyon, l'empereur Frédéric II; du moins ne souffrit-il pas que Robert, son frère, acceptât l'empire que le pape lui offroit: il auroit cependant eu une raison légitime de se venger de Frédéric, qui avoit tenté de le surprendre dans une embuscade que cet empereur lui dressa à Vaucouleurs, lors d'une entrevue qu'il lui avoit demandée, sous le prétexte de traiter en personne de leurs intérêts communs.

Ni Robert, ni les deux autres frères de Louis n'avoient besoin d'états à 1245-47 conquérir. Charles même, le plus

jeune, déjà pourvu de l'Anjou et du
Maine, avoit obtenu l'expectative cer-
taine de la Provence avec la main de
Béatrix, héritière de ce comté. Ce
mariage éprouva beaucoup de difficultés;
le roi réussit à écarter les rivaux autant
par force que par persuasion. Il entroit
dans le plan de sa politique, sans doute
inspirée par sa mère, s'il ne pouvoit
chasser les Anglais de France, du moins
de les empêcher d'y pénétrer davantage,
en fermant les issues qui pouvoient leur
y
donner entrée. En rendant ses frères,
par ces réunions, seigneurs de l'Anjou,
du Maine, de l'Artois, du Toulousain
de la Provence, il bordoit la Flandres,
la Bretagne, la Guienne, et les états in-
termédiaires, qui ouvroient les commu-
nications intérieures utiles aux projets
de l'étranger. Aussi, pendant les années
qui font le milieu de son règne, jouit-il
d'un repos que lui seul interrompit.

Ce calme étoit très-avantageux à ses peuples, par la liberté qu'il donnoit au roi d'exercer sa vigilance dans toute l'étendue du royaume, et de rendre lui-même la justice dans les endroits les plus rapprochés de ses séjours ordinaires. On aime à se représenter le vertueux Louis, assis dans le bois de Vincennes, au pied d'un hêtre, entouré

124547.

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de ses courtisans qui apprenoient de lui 1245-47. à secourir le pauvre et consoler les malheureux. Il appeloit, devant ce tribunal champêtre et paternel, la veuve, l'orphelin l'homme sous l'oppression, frappé du fléau de la misère, et ils s'en retournoient aidés et consolés. Son temps se partageoit entre les exercices de piété, la société de sa famille, la conversation des gens de lettres du temps, religieux et autres docteurs en Théologie, la seule science cultivée et estimée alors. Des écrivains rapportent avec dédain les pratiques austères de religion qu'il s'imposoit, privations, jeûnes macérations, qu'ils traitent d'excès; mais peut-on savoir de quel frein il avoit besoin pour dompter ses passions? et rien de ce qui, dans le sanctuaire de la conscience, nous rappelle à Dieu, peutil être blâmé, quand les devoirs de notre état n'en souffrent pas?

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Il n'est pas dit que ses frères l'imitassent en tout; mais du moins ne voiton pas qu'ils se soient permis les superfluités d'un luxe ruineux, un jeu désordonné, et autres défauts communs dans les Cours. Trois jeunes princes, chacun avec sa jeune épouse, vivo ent pais blement, sans jalousie l'un de l'autre, sous les yeux et la discipline,

quelquefois sévère de Blanche leur mère. On dit qu'elle prétendoit régler jusqu'aux plaisirs que le mariage leur permettoit. Marguerite se plaignit un jour amèrement de cette gêne : Ne me laisserez-vous voir mon seigneur, lui dit-elle, ni en la vie ni à la mort, On ajoute que la conduite de Blanche étoit fondée sur la crainte que sa bellefille ne prit plus de place qu'elle dans le cœur de son époux ; et qu'elle osa même, dans une maladie qu'il cut, la repousser de l'appartement de son mari. Mais cette circonstance pouvoit prouver, qu'alarmée des empressemens trop vifs de son fils, elle employa, moins par jalousie que par prudence et tendresse, des moyens que la confiance respectueuse du prince autorisoit.

1245-47.

de Thibault IV, comte de

Champagne.

1248.

Tout ce qui touchoit la religion af- Croisade fectoit sensiblement le pieux monarque. Thibault IV, comte de Champagne, devenu par héritage roi de Navare, avoit dans un moment de ferveur fait publier une croisade. Il s'y étoit engagé en personne, avec beaucoup de seigneurs ses vassaux. Comme ils ne trouvèrent pas de vaisseaux, ils allèrent par terre, souffrirent la faim, la soif, éprouvèrent des trahisons dans les pays par où ils passèrent, de sorte que leur nombre

1248.

étoit fort diminué, lorsqu'ils arrivèrent en Palestine, devant Jaffa, l'ancienne Joppé, qui fut leur unique conquête. Encore furent-ils forcés de l'abandonner promptement, et Thibault revint seulement avec les principaux chefs de son armée; le reste avoit péri.

On ne s'aperçut pas que cet événement fit sur Louis l'impression à laquelle on s'attendoit. Il se contenta de plaindre les malheureux, mais il se promit intérieurement de les venger ; à l'appui de ce desir, il lui survint une maladie qui le mit aux portes de la mort. Dans le moment le plus critique, il fit vœu solennellement, devant toute sa Cour, de prendre la croix s'il en échappoit. Sa santé revint, et quand il fut totalement rétabli, il songea à accomplir son vœeu. Il n'étoit pas embarrassé de mettre sur pied une armée assez considérable pour relever le courage des chrétiens, et les mettre, pour un temps, à l'abri des vexations des infidèles; mais il auroit voulu un effort plus puissant, exciter un enthousiasme général, et jeter, pour ainsi dire, toute l'Europe en masse sur l'Asie. Ses tentatives auprès des autres princes furent inutiles réduit à ses seules forces, il convoqua un parlement, où il fit agréer

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