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1251-53.

leurs instances, le roi demeura en Palestine. Il avoit une double intention: la première de ne point laisser sans espoir les chrétiens de ce pays, qu'il étoit venu secourir, et de ne point perdre tout le fruit de ses peines; la seconde de forcer les infidèles à remplir, à l'égard des prisonniers, les conditions de la capitulation. Dans l'ivresse de leur succès, en prenant Damiette, ils avoient massacré les chrétiens sains et malades qu'ils y trouvèrent. Au lieu de garder auprès d'eux ceux dont ils espéroient la rançon, ils les envoyoient au loin. dans le désert, afin que les travaux auxquels ils les assujettissoient fissent augmenter le prix du rachat ; ils eurent même la mauvaise foi de retenir, sous mille prétextes, ceux dont ils avoient touché l'argent. Il n'y avoit que la présence du monarque, l'estime dont il jouissoit, la crainte qu'il inspiroit encore dans son malheur, qui pût mettre des bornes à ces vexations. Il réussit ainsi à rassembler autour de lui beaucoup de soldats et chevaliers, que son départ auroit réduits à une perpétuelle captivité. Il releva les fortifications de plusieurs villes, et accorda entre eux les princes chrétiens de la Palestine. Ceux qui lui donnèrent le plus de peine,

furent les chevaliers de St.-Jean et 1251-53. ceux du Temple, dont les prétentions et les priviléges se croisoient: il les mit en état, s'ils fussent restés unis, de se soutenir contre les infidèles, en attendant les secours qu'il ne désespéroit pas de leur apporter. Ce fut l'ouvrage de quatre années de séjour, pendant lesquelles il s'occupa des mêmes actions de justice et de bienfaisance que celles qu'il exerçoit dans son

royaume.

la Montagne.

Il régnoit véritablement par sa ver- LeVieux de tu; ce fut elle qui le sauva du poignard du prince des assassins, qu'on appeloit le Vieux de la Montagne, redouté dans tout POrient. Ce souverain d'une petite contrée, dont on ignore la possession exacte, et que l'on place dans les montagnes de la Syrie, ou dans celles de la Perse, mettoit à contribution les rois. Il avoit fait bâtir un palais délicieux dans lequel il renfermoit des jeunes gens, dont il fascinoit l'esprit par la jouissance de tous les plaisirs; il leur inculquoit la persuasion qu'ils goûteroient pendant toute l'éternité, dans le Paradis céleste, les voluptés dont il les énivroit dans le terrestre ; qu'ils en jouiroient s'ils obéissoient à ses ordres, quels qu'ils fussent,

125153. aux risques même de leur vie. Ces fanatiques, envoyés à une Cour demandoient des présens au nom de leur prince. Si le roi refusoit, il falloit qu'il prit bien des précautions pour échapper à leur zèle sanguinaire : car, que ne peut pas un homme qui s'est dévoué à la mort.

Il en arriva deux auprès du monarque français. Admis à sa présence, ils lui dirent: Connoissez-vous notre maitre? Il répondit froidement : J'en ai entendu parler. Comment, répliquèrent-ils, est-ce là l'estime que vous faites de celui de qui dépend votre vie? tous les sceptres se baissent

devant lui; c'est par sa permission que vous vivez. Le roi de Hongrie, le sultan d'Egypte, tous les princes de l'une et de l'autre loi, lui ont rendu leurs devoirs ; et vous, depuis si long-temps que vous êtes en Orient, vous ne lui avez envoyé ni présens, ni remercimens. Hátez-vous de lui payer l'usufruit de votre vie qui ne sera pas longue, si vous ne vous soumettez point à ses ordres. Louis les remit à un autre instant pour avoir sa réponse, et quand ils revinrent, ils trouvèrent les grands maîtres des deux ordres et d'autres seigneurs qui leur

dirent qu'on ne parloit point à un 1251-53. roi de France, ainsi qu'ils l'avoient fait, que sans le respect pour le droit des gens on les eût fait jeter à la mer, et qu'ils eussent à se représenter sous quinzaine avec d'autres lettres de leur maître, pour faire satisfaction de leurs imprudentes menaces. Quinze jours ne se passèrent pas, que de nouveaux ambassadeurs lui apportèrent la chemise et l'anneau de leur prince. La chemise qui touche le corps, et l'anneau qui est le sceau du mariage, marquoient la disposition du Vieux de la Montagne à contracter une union étroite avec le roi des Français. L'aventure finit par des présens réciproques. La crainte peut-être avoit saisi le vieux prince il n'étoit rien moins qu'invincible déjà il étoit tributaire des chevaliers de la Palestine, et cinq ans après les Tartares, dans une de leurs excursions, détruisirent le Paradis, et dispersèrent les adeptes et leurs houris.

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1254.

Le roi auroit pu profiter de la défé- Retour du rence générale pour visiter les lieux roi en France. saints et achever son pélerinage. Certainement il auroit été reçu avec respect dans Jérusalem, quoique cette ville fût entre les mains des infidèles; mais on lui fit observer qu'il étoit au

1254. dessous de la dignité d'un grand monarque, d'entrer en suppliant dans une ville dont il s'étoit promis la conquête, et pour laquelle il avoit fait de si grands efforts. Il renonça donc à ce projet, et dès ce moment il tourna les yeux vers la France. Blanche, sa mère, établie régente, étoit morte, il y avoit plus d'un an; raison péremtoire pour ne pas retarder davantage

Sa piété et bonté,

son retour.

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Il s'embarqua avec la reine et ce qui lui restoit de sa cour, augmentée d'un fils, dont Marguerite étoit accouchée à Damiette, trois jours après avoir reçu la nouvelle de la captivité de son mari. On le nomma Tristan parce qu'il étoit né dans les tristes circonstances de cette malheureuse entreprise. Pendant que l'on voguoit à pleines voiles vers l'île de Chypre, une secousse violente ébranle le vais. seau à la vue d'une petite île déserte : on juge qu'il a touché et sa visite montre le danger de continuer la route sur ce navire, fait exprès pour contenir beaucoup de monde: il n'y en avoit point d'autre. On propose au roi de débarquer. I refuse on le presse : « Pourquoi, dit-il, tant d'instances? «C'est, lui répond-on, que la conser

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