Images de page
PDF
ePub

charte revêtue de toutes les formes 7255–69. et même du sceau ; mais ce sceau étoit brisé et en partie effacé. Sur ce défaut, les conseillers étoient prêts à rejetter la pièce. Louis se fait apporter d'autres chartres du même temps, en confronte les sceaux avec celui qu'on présentoit, remarque dans ses débris quelques restes qui lui en rendent l'authenticité probable , et se condamne lui-même.

On connoît son inflexible sévérité Enguérand dans l'exercice de la justice ; c'est pour cout quoi toute la cour trembloit pour la vie d'Enguérand, baron de Couci, coupable d'un meurtre affreux. Il avoit fait pendre , comme bracompiers, deux jeunes gens de considération qui s'exer çoient à tirer de l'arc dans une de ses forêts. Malgré les priviléges qu'il allet guoit , le roi le fit enfermer dans la tour du Louvre , et eomparoître devant son tribunal. Couci , amené en sa présence, demanda qu'il lu fût permis , selon la coutume pratiquée à l'égard des barons, d'appeler auprès de soi ses parens pour prendre leur conseil. Tous ceux qui siégeoient avec le roi se levèrent et se joignirent à l'accusé comme parens, Louis l'étoit lui-même. Il demeura pres. que seul sur son tribunal, garni de trop peu de jages pour prononcer une sen

Tom. III.

M

pour le

une somme

tence de mort. Il se laissa toucher par 5255–69. les prières de tant de personnes dis

tinguées , et condamna du moins le coupable à la fondation de deux chapelles où se feroit l'office

repos de l'ame des défunts, et il permit que selon la loi des compensations , qui n'étoit pas tout-à-fait hors d'usage, le criminel rachetât sa vie

pour de dix mille livres qui fut employée à

bâtir l'hôpital de Pontoise. Raoul de - Cet Enguérand étoit frère puîné et de Couci. héritier de Raoul de Couci, blessé

mortellement à la bataille de la Massoure, et le héros d'une tragique aventure qui a exercé la verve de nos poëtes. On doit se rappeler que chaque chevalier avoit une dame de ses pensées , à laquelle il rendoit des soins respecTueux: mais la retenue des chevaliers, si vantée) n'étoit pas toujours telle qu'on ne pôt quelquefois la suspecter. Raoul de Couci s'étoit dévoué au servage de Gabrielle de Vergy, épouse da seigneur de Fayel , qui prit de l'ombrage de cet attachement. Raoul, sentant sa mort inévitable et prochaine, appelle son écuyer, lui donne une lettre, lui ordonne de la porter avec son coeur, renfermé dans un vase, et de remettre l'un et l'autre à la dame de Fayel. L'écuyer revenu de la Terre-Sainte , et

1255__09. rôdant autour du château pour s'acquitter de sa commission , est rencon tré par le mari. Il lui arrache la lettre et le vase , livre le coeur à son cuisinier pour en faire un ragoût qu'il savoit plaire à sa femme , la regarde 'avec une maligne joie se repaître de ce mets affreux, et lui montre ensuite la lettre et le vase. Pendant que Gabrielle lit, son visage se couvre d'une sombre tristesse, avec toutes les

marques

d'un dém sespoir concentré, et sans éclater en plaintes et en reproches, elle dit: Puisque j'ai mangé une si noble viande, et que mon estomac est le tombeau d'une nourriture si préciéuse, je n'y en mélerai jamais d'autre. Elle s'enferme dans son appartement, et se laisse mourir de faim.

Il y a peu de règnes pendant lesquels Paix aves la paix avec l'Angleterre ait été aussi l'Angleterre. • soutenue que pendant celui de Louis IX; mais on peut douter s'il neľacheta Hommage de pas un peu cher. Contre l'avis de son conseil, la seule fois, dit. on, qu'il s'en étoit écarté, il rendit à Henri III; roi d'Angleterre, le Limousin le Querci, le Périgord , qui avoient été confisqués sur Jean - sans - Terré. ']! ajouta la promesse de l’Agénois et de

un :

1255–69. la Saintonge, si Alphonse, son frère ,

mouroit sans enfans. Il est vrai que
Henri , sans doute , en reconnoissance
de si beaux dons, donna, à l'hom-
mage qu'il fit au roi de France
éclat auquel le vassal ne se prêtoit pas
volontiers dans ces sortes de cérémonies.
Il se prosterna devant le trône de Louis,
avec ses enfans, se reconnut son homme
lige, lui prêta serment de fidélité, se..
mit sous sa protection, et un des fils.
du roi étant mort, il aida lui-même,
comme les autres princes , à porter son
corps à la sépulture. On a blâmé cette
générosité de Louis dont il donna
dans le temps des raisons assez mau-
vaises en politique, comme le scrupule,
de retenir des biens dopt la confiscation,
lui paroissoit avoir été injuste, et le
desir de se procurer par là une

là une paix
constante avec l'Angleterre ; mais c'étoit
faire affront à la cour des pairs qui avoit
prononcé cette confiscation après mûre.
délibération sous Philippe-Auguste ;
et c'étoit aussi un mauvais moyen d'é-
viter la guerre , que d'augmenter le
territoire , et par là les forces et la puis-

sance d'un ennemi déjà si redoutable. Réconcilia- II'n'y a pas de services que Louis , tioss. Faites toujours généreux à l'égard de Henri,

ne se soit empresssé de lui rendre.

[ocr errors]
[ocr errors]

par Louis.

[ocr errors]

Celui-ci avoit établi gouverneur dans

1265-19. les provinces situées en France, et avec tous les pouvoirs de vice-roi, Simon de Montfort, comte de Leicestre par sa mère, beau-frère de Henri , dont il avoit épousé la sour, et le plus jeune des fils du fameux Simon, qui avoit commandé la croisade contre les Albigeois. Leicestre en avoit nsé dans son gouvernement de manière à soulever les seigneurs les plus puissans du pays. Sur les plaintes qu'ils formèrent , le comte passe en Angleterre pour se justifier près de Henri ; mais ce fut avec une hauteur et une arrogance faite ponr blesser son maître , lors même qu'il eût été innocent. De-là entre eux une haîne dont chacun saisit toutes les occasions de donner à l'autre des preuves. Celle de Leicestre fut favorisée par les circonstances. L'Angleterre étoit alors dans toute l'ardeur d'une discorde civile entre le prince et les barons , à l'occasion de diverses chartes de liberté, accordées et révoquées tour-a-tour par le foible monarque. Le comte fomente les mécontentemens , obtient un éclat, lève des troupes, attaque celles

oppose son souverain, les dissipe et parvient à s'emparer de la personne de Henri et de celle de son fils Edouard.

Que lui

« PrécédentContinuer »