Images de page
PDF
ePub
[ocr errors]

famille que les Capétiens se transmirent. Ce fut pour la reine Constance une occasion de développer son caractère intrigant et

elle n'avo mpérieux. Sans doute,

pas attendu ce moment pour se montrer à son mari telle qu'elle étoit, et s'en faire craindre. On remarque qu'il n'osoit faire grâces ou faveurs sans son aveu, et que quand cela lui arrivoit, il avoit grand soin de dire à ses obligés Sur-tout n'en parlez point à la reine. Elle eut l'audace de faire massacrer sous les yeux de son époux, Hugues de Beaumont, qu'il avoit élevé, sans la consulter, à la dignité de comte du Palais.

1011-18,

à la cour.

Ce fait rend croyable ce qu'on rap- Brouilleries porte de sa conduite à l'égard du père et des enfans; charmée que son mari 1019—22. en faisant couronner Hugues, se soit donné un rival qu'elle pourra faire agir, si le père résiste à sa volonté, elle se met à endocriner le jeune monarque, et l'excite à attirer à lui la puissance dont elle comptoit profiter; mais ne trouvant pas en lui la docilité qu'elle espéroit, elle le tourmente, l'oblige à force de mauvais traitemens à quitter la cour, et même à prendre les armes. Au lieu de se porter en force contre son fils, le père qui savoit la cause de Tom. III.

B

1019-22. sa révolte, va le trouver, le ramène et le traite si bien qu'il s'en fait un ami et un aide pour le gouvernement.

Couronne

Malheureusement Hugues mourut. ment de Nouvelles prétentions de la part de la Henri. mère. Elle veut que ce soitonon point brouilleries. Henri qui reçoive la couronne, mais 1022-25. Robert, son cadet, qu'elle espère plier

Nouvelles

Qualités

[ocr errors]

plus facilement à ses idées. Le père tient bon, il fait sacrer l'aîné; Constance, de travailler aussitôt à susciter Robert contré son frère. Cependant elle ne réussit pas à les brouiller. Contrariée dans son desir, elle conçoit une haine mortelle contre tous les deux, et les fatigue tellement par ses tracasseries, qu'elle les force de s'éloigner comme avoit fait leur aîné. Le père va de même les chercher, les ramène, et pacifie tout autant qu'il étoit possible avec une pareille femme. C'est en partie dans l'exercice de la patience dont Robert peut être présenté comme modèle aux époux mal assortis, que ce prince s'est sanctifié; d'un mari trop complaisant on dit encore, c'est un vrai Robert.

Ce prince étoit fort exact à tous de Robert. les exercices de piété. Il assistoit régu1025-29. lièrement aux offices divins, prenoit partan chant, non comme Charlemagne,

à voix basse, mais tout haut. Il a fait des motets et des hymnes qu'on chante encore. A sa contenance dans l'église on pouvoit juger qu'il étoit pénétré d'un vrai sentiment religieux. Mais on peut reprocher à ses dévotions des excès, et des abus qui tiennent à d'ailleurs l'ignorance et aux préjugés du temps.

Pour ne point exposer les plaideurs à un faux serment, il faisoit retirer les reliques des châsses sur lesquelles ils devoient jurer, comme si une pareille précaution pouvoit mettre la conscience en sûreté. Des scélérats avoient attenté à sa vie, ils alloient être condamnés à mort. Robert les fait, dit-on, préparer par la pénitence, à la communion qu'ils reçoivent, et envoie dire aux juges occupés à les juger, qu'il ne peut se résoudre à se venger de ceux que son maître a admis à sa table, et il les admet à la sienne. Comment accorder cet excès d'indulgence avec l'affreuse condescendance commandée par un faux zèle d'assister avec la reine et toute sa cour, au supplice d'une troupe de Manichéens, misérables fanatiques, qui refusèrent jusqu'au bûcher de rétracter leurs erreurs. Quand ils sentirent l'action de la flamme, ils s'écrièrent qu'ils avoient été trompés. On voulut

[ocr errors]

1015—29.

1025-29.

éteindre le feu, il n'étoit plus temps. Ils furent consumés, laissant aux spectateurs le regret d'une atrocité inutile.

Les pélerinages étoient alors fort en vogue. Sitôt qu'une coutume paroissoit tenir à la religion, il étoit difficile que Robert ne l'adoptât pas. Il alla à Rome visiter le tombeau des Saints Apôtres. Ce prince traitoit les évêques avec respect, marquoit beaucoup de considération à ceux qui se conduisoient bien, et n'épargnoit ni les remontrances, ni les menaces, peut-être même les punitions, à ceux dont les mœurs s'éloignoient de la décence de leur état. Forcé de fléchir, pendant les premières années de son règne, sous les ordres absolus de Grégoire V, on remarque qu'il ne fut pas en grand commerce avec ses successeurs. Un d'eux vint en France, y fut reçu honnêtement, mais sans grand éclat. Un second montra le desir d'y faire un voyage, le roi eut l'adresse de l'en détourner. Ainsi sa piété ne l'aveugloit pas sur les risques que la puissance ecclésiastique, trop peu contenue, pouvoit faire courir à la sienne.

Mort de Le roi Robert mourut à soixante ans, Robert. généralement regreté. Nous avons perdu 1030-31. notre père, s'écrioient en gémissant

ceux qui assistèrent à ses
assistèrent à ses funérailles.
Il nous gouvernoit en paix, sous lui
nos biens étoient en sûreté. Ce que
disoient ceux qui étoient présens, toute
la nation le répétoit. Nul prince n'a
jamais été mieux loué et plus univer-
sellement.

1030-31.

On ne peut s'empêcher de remarquer Jugement quelques rapports entre le roi Robert sur Robert. et l'empereur Charlemagne. Tous deux étoient fils du chef de leur dynastie royale: tous deux ont eu ́un règne fort long. Charlemagne a recueilli les restes de la littérature romaine dans les Gaules, Robert, ceux de la littérature de Charlemagne, dispersés et presqu'anéantis par les guerres civiles de la seconde race. L'exemple de Robert, ses encouragemens ont posé les fondemens du vaste édifice des connoissances humaines dont nous jouissons, et si les savans doivent leur admiration à Charlemagne, ils ne peuvent refuser à Robert leur estime et leur reconnoissance. Il ne fut pas empereur, mais il en refusa la dignité qu'on offroit à son fils. Enfin, il protégea les lettres, et les récompensa, non pas avec la magnificence de Charlemagne, mais à proportion de ses revenus qui étoient fort bornés. Ils lui laissèrent cependant les

« PrécédentContinuer »