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1265-69.

C'est dans ces occurrences malheureuses, que plus d'une fois l'arbitrage de Louis fut réclamé également par le prince et par les barons. Il s'employa avec zèle à les accorder, mais il ne put y réussir; et de leurs transactions avec lui, il ne demeura, que le témoignage si honorable pour Louis, d'avoir été jugé par tous les partis, assez juste et assez inpartial pour les accommoder en effet.

Louis porta le même esprit de conciliation dans des différens survenus entre les comtes de Châlons et de Bourgogne; entre ceux-ci et Thibault V, comte de Champagne et roi de Navarre; entre les comtes de Bar et de Luxembourg. Les politiques de son conseil le blåmoient de son empressement à pacifier. Ne vaudroit-il pas mieux, disoient-ils, les laisser se battre entre eux, pour profiter ensuite de leur affoiblissement?<« Si je suivois vos avis «<leur répondit-il, je serois privé « de la grâce de Dieu, qui me com<< mande d'accorder les querelles entre «<les princes chrétiens, et je perdrois «la bienveillance de mes voisins, les« quels s'apercevant de ma malice, se « joindroient pour m'attaquer, et me << trouvant abandonné de Dieu, ils me <<< vaincroient aisément »>.

siastiques.

Ainsi Dieu, le desir de lui plaire, 1255--69. la crainte de l'offenser, étoient tou- Fermeté jours dans sa bouche et dans son cœur. dans les afCette disposition habituelle ne pouvoit faires eccleexister sans des élans de dévotion qui paroîtroient fort étranges dans notre siècle, puisqu'ils parurent tels dans le sien. Il eut dessein de se faire moine. Ce ne fut pas une simple velléité, mais une résolution si bien prise, que la reine, ses enfans, son confesseur luimême, eurent beaucoup de peine à le faire revenir de cette idée. Cependant ce même homme qui croyoit devoir sacrifier jusqu'à sa liberté à la religion, étoit ferme contre les abus qu'on prétendoit autoriser des lois de l'église. Les excommunications étoient alors très-fréquentes et si ordinaires, que les personnes frappées des foudres de l'église, ne s'embarrassoient plus de se faire absoudre, ni par conséquent de réparer les torts pour lesquels elles avoient encouru les censures. Les évêques se plaignirent au roi de cette négligence, et le prièrent de forcer les excommuniés à se faire absoudre dans l'année. Louis voulut bien s'y engager, mais à condition que ses juges examineroient si l'excommunication étoit justement prononcée. Cet arrangement ne

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1255--69. plut pas aux évêques. Mais, leur dit le monarque, voilà le duc de Bretagne qui avoit été excommunié par l'évêque de Nantes. Sept ans après, l'excommunication a été déclarée à Rome indúment fulminée. Si j'avois forcé le comte à la faire lever dans l'année, je l'aurois injustement engagé à des satisfactions qu'il ne devoit pas. Les évêques retirèrent leur requête. Jamais St.-Louis ne permit que la jurisdiction ecclésiastique empiétât sur la royale, et il eut toujours grand soin de contenir la premiéré dans ses justes bornes.

Lours législateur,

On remarque cette attention dans son code intitulé: Etablissemens de St.-Louis. Il ne parut qu'un an avant sa mort, mais c'est l'ouvrage de toutes les années pacifiques de son règne, le fruit du travail de personnages d'une habileté et d'une probité reconnues, chargées de surveiller la conduite des juges, et l'exercice de la police. Il prenoit ce soin lui-même. On trouve dans ces institutions des réglemens pour le commerce, auquel les voyages d'Asie avoient donné quelqu'activité.St.-Louis s'y est appliqué sur-tout à débrouiller le cahos des lois féodales, et à assurer les propriétés; il fixe les ressorts des

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jurisdictions, les causes ou délits dont 1259-69. la connoissance leur est attribuée, le droit d'appel, depuis le seigneur châtelain jusqu'au souverain: par-là il a préparé l'affranchissement des bourgeois des villes, et donné lieu à la formation de ce qu'on a appelé depuis le tiersétat. Le vagabondage est sévèrement défendu; des patrouilles réglées sont - ordonnées dans les campagnes, et sur les chemins et les habitans des lieux où un crime s'est commis, sont rendus responsables.

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Asiles et

Comme les asiles étoient sacrés, et leur inviolabilité réputée tenir à la re- trèves. ligion, Louis ne les abolit pas; il défendit, au contraire, que les criminels fussent pris dans l'église; mais il ordonna que le clergé les mettroit dehors, et que s'ils ne les chassoient pas, les officiers royaux pourroient les aller prendre jusqu'aux pieds des autels. Les péages très-fréquens, qui gênoient la communication, furent ou retranchés, ou supprimés. Il fut défendu au juge d'acheter des biens dans l'étendue de sa jurisdiction; la peine du talion fut proscrite sans distinction d'états, ni de personnes. Le roi donna plus de force et d'authenticité aux lois déjà faites pour suspendre les guerres particulières

1255-69. Pendant quelques jours de la semaine? il prit même assez d'empire sur la coutume, pour les faire cesser des semaines entières, quon appeloit les semaines le

roi.

Duels. S'il ne put abolir les duels judiciaires, il fit du moins observer les lois rigoureuses de ces combats, lois bien capables de les rendre moins fréquens, en portant d'avance la terreur et l'effroi dans le cœur des champions. Avant qu'il leur fut permis de combattre, ils subissoient un interrogatoire sévère, accompagné d'exhortations et de sermens. On récitoit solennellement sur eux l'office des morts, comme s'ils n'en devoient pas revenir, et on les avertissoit que le vaincu seroit traîné hors de la lice par les pieds, et attaché au gibet. Pendant ces lugubres cérémonies, la réflexion pouvoit amener le repentir ou le désistement. S'ils persistoient, les juges du camp donnoient le signal après qu'on leur avoit répété la funeste sentence d'être traîné par les pieds et pendu, sentence qui devoit être exécutée sur le mourant comme sur le mort, car il pouvoit arriver que le vaincu ne fût que blessé. Ceux qui se louoient pour ces sortes de combats, subissoient, sans grâce, le sort destiné à leurs commettans.

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