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1303.

Mort du

pape.

sa dignité mais il fut mal obéi. Les mauvais traitemens que le pape éprouvoit, lui firent craindre qu'on ne l'empoisonnât. Son géolier, qui auroit pu le rassurer contre ce soupçon, ne le fit pas, afin de lui laisser le tourment de l'inquiétude. Ne voulant pas manger des mets qui lui étoient offerts, le pontife seroit mort de faim, si une vieille femme ne lui avoit fait parvenir un peu de pain et quelques œufs qui le sustentèrent pendant trois jours.

Les habitans d'Anagnie revinrent pendant ce temps, de leur étourdissement; ils prirent les armes, chassèrent la garnison sous les ordres du capitaine Florentin, et mirent le et mirent le pape en liberté. Dans un discours qu'il fit à ses compatriotes en place publique, avant que de quitter la ville, il s'éleva avec véhémence contre l'imputation des crimes dont on le chargeoit ; il le termina par une déclaration à laquelle on ne s'attendoit pas. Il dit, que pour le bien de la paix, et pour imiter le sauveur du monde, il étoit déterminé à réhabiliter les deux cardinaux Colonne et toute leur famille dans leurs titres et dans leurs biens, qu'il pardonnoit à Sciarra et à Nogaret les injures qu'il en avoit reçues, déchargeoit tous leurs com

plices de l'excommunication, excepté ceux qui avoient pillé les trésors de l'église, à moins qu'ils ne les rendissent; qu'enfin il vouloit se réconcilier avec la France, et indiqua même un cardinal qu'il devoit charger de la négociation. Boniface puni et repentant, ainsi qu'il paroît par ses aveux, partit bien escorté pour Rome. Presqu'en arrivant il fut attaqué d'une fiévre violente, et mourut dans la huitième année de son pontificat, pendant lesquelles il éleva vingt-deux de ses parens à l'épiscopat, trois au cardinalat et deux à la dignité de comte.

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A la nouvelle de la funeste journée Bataille de de Courtray, Philippe avoit convoqué Monts-enle ban et l'arrière-ban, imposé le cinquième sur tous les revenus et augmenté la valeur des monnoies. Il tenta aussi un accommodement avec les Flamands, et leur et leur envoya leur vieux duc. Celui-ci trouva à la tête de ses sujets deux de ses fils qui n'avoient pas été faits prisonniers avec lui, et dans tout le peuple une aversion décidée contre la France. La victoire avoit enflé leur courage, et les faisoit revenir à des prétentions dont ils s'étoient départis auparavant. Ils ne vouloient plus céder la moindre partie de leur territoire.

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Philippe, au contraire, s'opiniâtroit à retenir Lille et d'autres villes circonvoisines qui lui avoient été abandonnées auparavant; de sorte que Guy de Dampierre ne put réussir dans sa négociation, et revint à Compiègne où il mourut l'année suivante, âgé de quatre-vingts ans.

Le roi contraint de continuer la guerre, résolut de la faire en personne. Il entra en Flandres à la tête de cinquante mille hommes d'infanterie, et de douze mille chevaux. Selon la coutume observée pour les grandes expéditions, il avoit été prendre avec solennité l'oriflamme à St.-Denis, et avoit fait beaucoup de chevaliers. Les Flamands lui opposèrent une multitude de combattans, bourgeois et paysans peu exercés aux armes, mais redoutables par leur nombre. Campés entre Lille et Douay, dans un lieu fortifié, nommé Monsen-Puelle, ils y attendirent les Français. Ceux-ci, avec leur impétuosité ordinaire, fondent sur ces soldats peu aguerris, forcent les retranchemens font un horrible carnage, et chassent les fuyards au loin devant eux. C'étoit en juillet, et par une des journées les plus chaudes de l'année. La poursuite fut extrêmement pénible et se prolongea

si long-temps que ce ne fut qu'au déclin
du jour que l'armée victorieuse rentra
au camp et songea enfin à se remettre
des fatigues du jour, à l'aide des ali-
mens et du sommeil. L'officier et le
soldat s'y livroient avec une égale sé-
curité, quand tout-à-coup des cris aigus
et le cliquetis des armes se font enten-
dre. Les gardes avancées avoient été
forcées. Les Flamands étoient au mi-
lieu des Français étonnés et surpris ; ils
frappoient sans relâche
sans relâche, et poursui-
voient chaudement leur avantage. Tout
fuyoit; les Français, culbutés se re-
plioient l'un sur l'autre ; l'effroi étoit
par-tout; chacun ne songeoit qu'à se
sauver. Le roi qui dans ce moment,
commençoit, avec quelques officiers
restés auprès de lui, à prendre quelques
rafraîchissemens, reste ferme dans la dé-
route générale ; une troupe nombreuse
de ces forcénés l'environne; mais ils ne
le reconnurent point, parce qu'il avoit
quitté sa cotte-d'armes; Philippe, avec
sa seule épée et vingt gentilshommes aussi
mal armés que lui, se défendit contre une
multitude effroyable, jusqu'à ce que
le comte de Valois, son frère, qui,
avoir d'abord pris la fuite, quoique très-
brave, et qui venoit de rassembler un
corps de cavalerie accourut à son se-

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Treve.

cours

alors la chance tourna : les ; chevaux passant et repassant sur cette infanterie trop pressée, l'eurent bientôt mise en désordre. La déroute fut générale, et le carnage si affreux, que des historiens portent la perte des Flamands à trente-six mille hommes restés sur le champ de bataille. La gloire de cette fameuse journée est certainement due à Philippe-le-Bel. Il en consacra la mémoire par un monument placé dans la cathédrale de Paris. Il y étoit représenté à cheval, avec ses armes en désordre, telles qu'il les avoit quand il fut surpris.

Il croyoit avoir attéré les Flamands par cette défaite; mais ils continuèrent à défendre pied à pied leur pays, jusqu'à ce que se trouvant en assez grand nombre, ils lui envoyèrent demander paix ou bataille. N'aurons-nous jamais fait? s'écria le monarque; je crois qu'il pleut des Flamands. Il prit le parti le plus sage. On traita. Robert, fils aîné du comte Guy, délivré de sa prison, entra en possession du comté de Flandres, à charge d'hommage. Son autre frère et les seigneurs flamands furent mis aussi en liberté, et le peuple conserva ses anciens priviléges. Lille, Douai, Orchies et Béthune restèrent à

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