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12.

pape , ni au roi. Clément répondit avec

131 hunieur que,

si
par

le défaut de formalités , il ne pouvoit prononcer juridiquement contre les Templiers, la plénitude de la puissance pontificale suppléeroit à tout, qu'il les condamneroit par voie d'expedient, plutôt que de mécontenter son cher fils le roi de France. En effet, il prononça dans un consistoire secret, la sentence qui cassoit, supprimoit et annulloit l'ordre militaire du Temple , et la répéta dans une séance publique, en présence du roi et de toute sa cour , en ces termes : « Quoique nous n'ayons ( pas prononcé la sentence selon les « formes de droit, nous supprimons « l'ordre par provision , et par l'auto« rité apostolique, nous réservant, et « à la sainte église romaine , la dispo« sition des personnes et des biens des « Templiers ». Ce jugement, quoique provisionnel, a eu toute la force d'un arrêt définitif, et l'ordre est resté pour toujours proscrit et aboli. Les biens furent dispersés entre plusieurs mains. Les chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem en eurent la plus grande partie. Philippe ne retint qu'une partie du mobilier et de l'argent pour acquiter les dépenses énormes de ce grand procès ,

Inaitre.

-131-12,

d'où on a conjecturé que ses rigoureuses poursuites contre ces infortunés ont moins été l'effet de la cupidité que celui de la politique et de la vengeance. Le concile de Vienne se termina par une exhortation à la croisade et des réglemens pour la réformation

des mœurs. Sapplice De tous les malheureux chevaliers du grand- renfermés dans les cachots au premier

moment de leur proscription, il n'en 1313-14.

restoit plus que quatre en France, Jacques de Molay, grand-maître de l'ordre, qui avoit été parain de l'un des enfans du roi ; Guy, grand prieur de Normandie , frère du dauphin d'Auvergne; Hugues de Peralde, grand visiteur de France ; et le grand prieur d'Aquitaine, qui avoit été directeur des finances du royaume. Le pape s'étoit réservé de prononcer sur leur sort, et se proposoit de leur accorder des adoucissemens : mais pour l'honneur de sa sentence contre l'ordre, et pour la justifier, il vouloit qu'ils fissent en public, à la vue du peuple , les aveux qu'ils avoient faits devant les tribunaux, et il envoya deux cardinaux pour être présens à cet acte solennel.

Les quatre principaux personnages de l'ordre du Temple sont présentés au

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se

peuple sur un échafaud dressé dans le 1313— 14. parvis de Notre-Dame; près d'eux des bourreaux construisoient un bûcher pour les avertir du sort qui les attendoit, s'ils ne remplissoient les conditions qu'on leur avoit imposées. On lit à haute voix les aveux qu'ils avoient faits plusieurs fois des abominations de leur ordre. Un des ministres de Rome prononce un long discours sur cet objet , et les somme de confesser en public les crimes qu'ils avoient avoués secrètement devant les juges. Alors le grand-maître , vieillard 'vénérable, s'avance sur le bord de l'échafaud couant les chaînes dont il étoit charge, et regardant le bûcher d'un vil de dédain , il dit : « L'affreux spectacle qu'on « me présente n'est point capable de « me faire confirmer un premier men« songe par un second. J'ai trahi ma « conscience : il est temps que je fasse « triompher la vérité. Je jure donc, à « la face du ciel et de la terre, que « tout ce qu'on vient de lire des cri« mes et de l'impiété des Templiers , < est une horrible calomnie. C'est un « ordre saint, juste, orthodoxe; je « mérite la mort pour l'avoir accusé « à la sollicitation du pape et du roi. * Que ne puis-je expier ce forfait par

1313- 14.

<< un supplice encore plus terrible que ( celui du feu ? Je n'ai que ce seul « moyen d'obtenir la pitié des hommes, ( et la miséricorde de Dieu ». Guy ; grand prieur de Normandie , tint le même langage ; les deux autres persistèrent dans leurs aveux.

La surprise des juges, des délégués du pape et de leurs suppôts fut extrême. On remmena les deux réfractaires dans leurs cachots. Le roi assembla précipitamment son conseil. Sans être entendus de nouveau, ils furent condamnés comme hérétiques relaps, au supplice du feu, et la sentence fut exécutée le lendemain dans l'île du palais. Au milieu des flammes, et jusqu'au dernier soupir, ils protestèrent de leur innocence, et citèrent le roi et le pape au tribunal de Dieu; Clément dans quarante jours , et Philippe dans l'année. Le peuple , témoin de la constance de ces deux infortunés , donna des larmes à leur fin tragique , et crut qu'ils mouroient innocens. Il fut ensuite confirmé dans cette nouvelle opinion par

la mort des deux auteurs de cette terrible catastrophe, qui arriva au

terme marqué par leurs victimes. Désordres Il est difficile de croire que

l'ordre de la cour. entier, sur-tout les anciens fussent

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coupables des impiétés , aussi insensées

13.3.-14. que bizarres, qui leur étoient imputées; mais il se peut que la jeunesse de l'ordre , attachée pour la plus grande partie à la cour par sa naissance , ait participé à la dissolution qui y régnoit. Philippe-le-Bel avoit trois fils , remarquables , comme lui

, par leur beauté. Louis avoit épousé Marguerite , fille de Robert II , duc de Bourgogne , et d'Agnès, fille de S. Louis; Philippe, Jeanne, comtesse de Bourgogne , ou de Franche-Comté; et Charles , Blanche, sceur puînée de cette dernière. Marguerite et Blanche, convaincues d'infidé. lité, furent , par arrêt du parlement, le roi y séant, renfermées dans la forteresse de Château-Gaillard, en Normandie où la première fut étranglée , et d'où la seconde ne sortit que pour se faire religieuse. Leurs complices , Philippe et Gauthier d'Aulnay, deux frères gentilshommes normands, bien inférieurs en bonne grâce à leurs époux, furent traînés à la queue d'un cheval, sur un pré récemment fauché, mutilés et attachés à une potence. Les fauteurs de l'intrigue subirent l'exil, la prison ou la mort. Jeanne comparut aussi devant le parlement, et y fut déclarée innocente. Depuis un an, elle étoit relé

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