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Pendant ces préparatifs, le duc de Bretagne, qui inquiétoit le Normand meurt, et si à propos, qu'on l'a cru empoisonné.

1066.

L'expédition de Guillaume devint le rendez-vous des braves. Tous y accourent les comtes d'Anjou, de Poitou, de Ponthieu, de Bourgogne, tous vassaux de la France, y mènent leurs chevaliers et leur milice. Les fils même du dernier duc de Bretagne en veulent partager l'honneur. Le politique Guillaume gagne le pape, qui excommunic d'avance ceux qui s'opposeroient à lui. Le signal du départ est donné. On remplit les vaisseaux, on se jette sur tout ce qu'on peut trouver d'embarcations. Le vent souffle favorablement; point d'obstacle au débarquement, mais Harold avance à la tête d'une armée. Guillaume alors incendie ses vaisseaux et met ainsi les siens dans l'alternative de la mort ou de la victoire. Les rivaux se rencontrent, l'Anglais est tué dans la mêlée. Un mois suffit à Guillaume pour se placer sur le trône, et l'Angleterre, conquise par les Français, devint leur ennemie la plus acharnée. Le secours que fournit Baudouin pour le succés d'un voisin si dangereux, a été regardé comme une action impo- 1067-75:

Mariage de Philippe.

1067-75.

litique de sa part. Il n'en vit pas les
suites. Sa mort, arrivée un an après
la conquête, laissa Philippe maître de
de lui-même, et du gouvernement de
son royaume, à quinze ans. On ne
voit pas qu'il ait été nommé d'autre
régent. La première guerre du jeune
monarque eut lieu à l'occasion de la
famille de son tuteur. Il soutint d'abord
Rilchilde, veuve de Baudoin, mère
de deux fils, contre Robert comte de
Frise son beau-frère, qui vouloit en- -
lever à la veuve sa tutelle, peut-être
pour envahir ensuite plus facilement
les états de ses neveux. Cette guerrè
eut des alternatives singulières. Phi-
lippe, à différentes reprises, fut vain-
queur et vaincu. La veuve et son beau-
frère furent faits prisonniers, à peu de
jours l'un de l'autre ; délivrés tous
deux, ils alloient recommencer les
hostilités, lorsque le jeune roi se laissa
gagner par Robert, qui lui offrit des
terres vers l'Orléanois, et la main de
Berthe, fille de sa femme, qu'il avoit
épousée, veuve de Floris ou Florent I,
comte de Hollande. Richilde, privée
d'un de ses fils, par le sort de la
guerre, plia avec l'autre sous la force
des circonstances: elle céda la Flandres
à l'oncle, ne retenant que le Hainault.

Brouilleries

A mesure que l'expérience vint à 10-686. Philippe, il sentit plus vivement la faute faite par son tuteur, d'avoir pro- avec le due curé tant de forces au duc de Nor- de Normanmandie. Aussi, malgré son goût pour die. le repos, il ne put se refuser aux oc

casions de susciter à son voisin des embarras, ou d'augmenter, quand il pouvoit, ceux qui existoient. Guillaume avoit trois fils repartant pour l'Angleterre, d'où il étoit venu faire un voyage en Normandie, il jugea à propos de faire don de cette province à Robert, son fils aîné; mais sans se dessaisir. Le jeune prince demande à jouir. Le père répond que sa coutume n'est pas de se déshabiller avant de vouloir se coucher. Grande querelle entre le père et le fils. Celui-ci menace, et en attendant qu'il puisse être en état d'agir, il demande un asile au roi de France. Philippe le reçoit à bras ouverts, et lui donne pour sa retraite Gerberoi château très fort en Picardie. Guillaume ne voulant pas laisser au rebelle le temps de se fortifier, va aussitôt l'assiéger et le presse vivement. Pendant une sortie, le père et le fils se rencontrent dans la mêlée, et combattent corps à corps sans se reconnoître. Le père est désarçonné et blessé. Au cri

1076-86. qu'il fait, son fils le reconnoît, se jette à ses pieds, le place sur son propre cheval et le ramène dans son camp. Le père eut beaucoup de peine à lui pardonner, moins la faute, que la honte d'avoir été vaincu par son fils. Il se laissa néanmoins fléchir par les prières de son épouse, femme très-estimable, qui prit, sans succès, beaucoup de peine pour accorder ses trois enfans quand son mari fut mort.

Mort de Il étoit encore au moins en froideur Gulllaume. avec Philippe, quand il cessa de vivre; 1087. ce fut même un dépit contre le roi de

France qui hâta son trépas. Guillaume étoit excessivement replet, et cet embonpoint étoit chez lui une espèce de maladie qui exigeoit des remèdes. Pendant qu'il se faisoit traiter à Rouen, la garnison de Mantes, ville dépendante de la Normandie, se permit des courses dans les environs, et même sur les terres des vassaux de Guillaume. Ceux-ci, ne recevant pas de secours de leur seigneur, s'adressent au roi de France, obligé comme suzerain de faire rendre justice par les seigneurs à leurs sujets. Philippe leur répond qu'il n'a pas de secours à leur donner: J'en suis bien marri pour vous, ajoute-t-il ironiquement, mais pourquoi votre

maître reste-t-il en couches si longtemps. Guillaume auroit dû mépriser cette fade plaisanterie; il s'en piqua, et fit dire à Philippe qu'il comptoit aller faire ses relevailles à Paris avec dix mille lances, en guise de cierges. En effet, il se jeta en furieux sur les terres de France, y fit de grands ravages, et pour punir les Mantois qui lui avoient attiré cette espèce d'insulte, il mit le feu à la ville, qui fut réduite en cendres. Il étoit tellement animé qu'il porta, dit-on, lui-même du bois pour augmenter l'incendie; il se fatigua et s'échauffa si fort à cet exercice que la fièvre le prit. Il en mourut en peu de jours, laissant après lui la réputation d'avoir été grand capitaine, politique habile, et un exemple que dans les entreprises hasardeuses il faut donner quelque chose à la fortune.

1087.

On croiroit volontiers que la crainte Disgrace inspirée par un voisin si redoutable, de Berthe. étoit pour Philippe un motif de circonspection sans retenue sitôt qu'il put satisfaire sans risque ses passions, il s'y abandonna en homme qui ne connoît plus aucun frein. Jusqu'alors: il avoit bien vécu avec Berthe, son épouse, quoique huit ans de mariage sans enfans, lui fissent appréhender Tom. III.

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