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1087.

Désordres

qu'elle ne fût frappée de stérilité. Enfin, au bout de ce terme, elle lui donna un fils nommé Louis, et un an après une fille. Cette fécondité, presqu'inespérée, auroit dû assurer l'union des deux époux, et ce fut précisément dans ce temps, que Philippe répudia son épouse, sans qu'on sache la véritable raison de cette action : des chroniqueurs du temps assurent qu'elle n'étoit autre que le dégoût. Le roi rencontra un évêque complaisant qui prononça le divorce fondé sur la parenté, prétexte qui n'étoit pas difficile à trouver, à moins qu'on ne fût des deux extrémités de l'Europe, comme étoient Henri I, et Anne de Russie, père et mère de Philippe. La disgraciée fut réléguée à Montreuil-sur-mer. Ce fut sans doute le refus qu'elle fit de donner son consentement au divorce qui lui attira des gênes et des privations dans son exil; mais elle conserva toujours le. titre de reine jusqu'à sa mort, qui eut lieu en 1093.

Il se répandit bientôt qu'un roi de de Philippe. trente - trois ans, beau, bienfait, qui 1088. passoit pour galant, étoit à marier. Un comte de Sicile, nommé Roger, extrê, mement riche, annonce sa fille, dont la jeunesse étoit encore embellie par

d'immenses trésors. Philippe accepte le parti. Le père envoye sa fille à son futur époux, avec un train magnifique, et une grosse somme d'argent. Mais quand elle arriva, un nouvel attachement avoit changé les premières résolutions du monarque. Il la renvoya donc, mais privée, dit-on, de l'argent et des bijoux qu'elle avoit apportés; ce qui est difficile à croire.

1088.

Le comte de Montfort avoit une fille, nommée Bertrade, qui passoit pour la Mariage, plus belle personne de France. Sur sa de Bertrade. réputation, Foulques, comte d'Anjou, 1c89-93. que sa mauvaise humeur a fait surnommer le Rechin, la demanda en mariage, et l'obtint. Bertrade ne s'étoit prêtée à ce mariage qu'à regret, et par des considérations d'intérêt. Veuf pour la troisième fois, valétudinaire et âgé, son mari n'avoit rien qui put lui plaire. Sur la nouvelle que Philippe s'étoit séparé de Berthe, l'appât d'une couronne, peutêtre quelque penchant pour un prince aimable, séduit l'épouse du Rechin. Elle fait secrètement ses arrangemens avec le roi de France. Il vient rendre au comte une visite de politesse et d'amitié, en est très-bien reçu, et en s'en retournant il lui enlève sa femme. Il y avoit deux difficultés à vaincre pour vivre tranquille avec elle; 1o. faire

1089-93.

Portugal et de Sicile.

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52 HISTOIRE DE FRANCE. ratifier par l'église son divorce avec Berthe, 2.o casser le mariage de Bertrade avec le Rechin. Plusieurs évêques assemblés considérant les inconvénieus qui pourroient survenir, s'ils condamnoient le divorce prononcé par leur confrère, le confirmèrent. L' Angevin, de son côté, se prêta sans beaucoup de peine à se séparer d'une femme infidèle, et la revit même par la suite > sans trop marquer de mauvaise humeur. Mais le pape refusa d'approuver le divorce et enveloppa dans la même excommunication, Philippe, Bertrade, les évêques approbateurs de leur mariage et celui qui avoit béni la nouvelle union. Cette affaire dura longues années, pendant lesquelles les Français se rendirent célèbres en Europe et en Asie.

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Origine des Henri, petit fils de Robert I, duc de royaumes de Bourgogne, lequel étoit petit-fils luimême de Hugues Capet, et Robert Croisades. Guiscard, gentilhomme normand, tous 1094. deux aidés par la noblesse française, conquéroient alors des états, le premier le royaume de Portugal, le secondla Pouille et la Sicile, sans que le roi de France prit part à leurs exploits. Sous son règne commencèrent les Croisades.

Etat des

Le desir de visiter les lieux consacrés d'Orient. par les principaux mystères du christia

chrétiens

nisme, avoit rendu les pélerinages dans la Palestine très-communs. Elle étoit possédée par les Mahometans que les historiens du temps appellent Sarrasins, par les Turcs, par d'autres Infidèles et même par des Païens. Témoins du zèle des chrétiens, du prix qu'ils mettoient à la permission de remplir, dans ces saints lieux, les devoirs de piété qu'ils s'étoient imposés,ils leur faisoient chèrement acheter la liberté d'y parvenir et d'y satisfaire leur dévotion; ils les rançonnoient, les pilloient dans la route, et leur faisoient éprouver toutes sortes de vexations, autant par cupidité que par haine pour leur religion. Retournés dans leur patrie, les pèlerins ne manquoient pas de raconter les peines qu'ils avoient endurées, et de peindre, avec toute la chaleur du zèle, le triste état des saints lieux et des chrétiens que la dévotion y appeloit ou y retenoit. Ces récits affligeans touchoient les cœurs, indignoient contre les oppresseurs et faisoient desirer de venger les persécutés; mais on s'en tenoit à des vœux stériles.

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Un gentilhomme Picard, nommé Pierre l'Hermite, tout en remplissant les devoirs du saint voyage, s'appliqua à connoître les pays qu'il parcouroit. Il examina les chemins, rechercha

1094.

Pierre

l'Hermite.

094.

Clermont.

1095.

quels étoient les plus sûrs et les plus commodes, ainsi que les ports où l'on pouvoit aborder avec le moins de difficultés. Il se convainquit de l'inexpérience des barbares, et surtout de leur sécurité, qui promettoit une victoire aisée, si l'on vouloit seulement courir le risque d'une attaque. Muni de ces observations, l'Hermite, ou de nom ou de profession, vient trouver le pape, et lui présente une lettre du patriarche de Jérusalem, qui dépeignoit pathétiquement le triste état des chrétiens de la terre sainte, et demandoit un prompt secours.

Concile de Ce étoit Urbain II, pontife pape d'un génie élevé, propre à imaginer et à diriger de grandes entreprises. Il accueillit le pélerin avec des marques d'approbation encourageantes: l'Hermite, en attendant l'effet des espérances qu'elles lui firent concevoir, visite presque toutes les cours de l'Europe. A la recommandation du pape, et pour lui-même, comme chevalier pieux et vaillant, il y étoit accueilli. Par les récits vifs et touchans des maux que souffroient les chrétiens, et qu'il avoit éprouvés lui-même, il embrâsoit les cœur du zèle dont il étoit enflammé; et tous attendoient avec impatience le déloppement des moyens d'aller délivrer

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