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leurs frères opprimés, qu'on leur insinuoit comme prochain.

A cet effet, Urbain indiqua un concile à Clermont en Auvergne. Comme on savoit qu'il devoit y être question des secours pour la Terre Sainte , il s'y fit un concours prodigieux de princes, de seigneurs, et de nobles de toutes les classes. Les évêques s'y trouvèrent au npmbre de trois cent dix. Il s'y fit des réglemens de discipline dont on n'a

que les extraits ; mais on ne doit

pas

oublier que l'excommunication du roi

pour son mariage avec Bertrade, y fut confirmée. Les affaires ecclésiastiques réglées, le pape prit la parole, et décrivant les maux dont les chrétiens de la Palestine étoient affligés, parla avec une onction pathétique qui arracha des larmes et des sanglois , et prenant alors un ton véhément qui sentoit l'inspiration. « Enrôlez-vous, dit-il à ces guer« riers toujours ardens pour les com« bats; enrôlez-vous sous les enseignes « de Dieu : passez , l'épée à la main, ( comme vrais enfans d'Israël dans la « terre de promission : chargez har · « diment , et vous ouvrant un chemin << à travers les bataillons des infidèles " et les monceaux de leurs corps, « doutez point que la Croix ne demeure

ne

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croisade.

« victorieuse du Croissant : rendez-vous 1095.

« maîtres de ces belles provinces qu'ils « ont usurpées , extirpez-en l'erreur et « l'impiété : faites en un mot que ce

pays ne produise plus des palmes que « pour vous ; et de leurs dépouilles, « člevez de magnifiques trophées à la « gloire de la religion et de la nation

française ». Premiere Il faudroit ne la pas connoître cette

nation, pour supposer que Nattée et encouragée par l'image de la gloire qu'on lui montroit, elle seroit restée indifférente. De toutes parts s'élève un cri, Dieu le veut! « Allez donc, reprend « le pontife, allez, braves chevaliers « de J. C., allez venger sa querelle, « et puisque tous ensemble vous avez « crié Dieu le veut, que ce mot, venu « de Dieu , soit le cri de votre entre<< prise ». Le signe fut une croix d'étoffe ronge, qu’on portoit sur l'épaule droite, d'où est venu le nom de croisade.

Les princes et les grands seigneurs s'empressèrent de la recevoir des mains du

pape. Le peuple se présenta aussi en foule; les cardinaux, et les évèques distribuèrent à tous ceux qui se présentèrent, et en prirent eux-mêmes. Cette marque

étoit comme un vou de faire le saint voyage. Retournés chez eux , les

en

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croisésinspirèrent le même enthousiasme à leurs parens et à leurs amis. Les femmes 1095. se firent de cette croix un ornement : on l'attacha aux enfans. Chacuirse mit à faire les préparatifs du voyage ; et comme rien ne se peut sans argent, on vendit terres, seigneuries, droits, meubles, maisons , comme si on n'eût dû jamais en avoir besoin. Les juifs profitèrent beaucoup à cette émulation de ruine; mais aussi , dans quelques cantons après s'être enrichis, ils furent pillés et massacrés. C'est leur coutume,

dans les commotions d'état, de se remplir comme des éponges du bien des chré-! tiens, et leur sort d'être pressés ensuite.

Les principaux chefs de la croisade furent : Hugues le grand , comte de Vermandois , frère du roi ; Robert; duc de Normandie ; Godefroi de Bouillon, duc de la basse Lorraine, et ses deux frères Eustache et Baudoin'; Robert, comte de Flandres ; Etienne z comte de Blois ; Rotrou, comte da Perehe; le vieux Raimond de S. Gilles', comte de Toulouse , le premier prince qui s'enrola sous l'enseigne de la croix ; Boémond, prince de Tarente, fils de Robert Guiscurd, duc de Pouille et de Calabre, et Tancrède,' son cousin pelit-neveu du même Guiscard. En

** 3095.

calculant tout ce que la France, l'Allemagne et l'Italie fournirent de croisés, on présume qu'il en sortit bien environ cing, millions. Que devint cette multitude ? Les premiers, ramassés de la France, sous la conduite de Pierre l'Hermite , qui ne put se refuser au plaisir flatteur d'être général d'armée périrent avant que d'arriver en Palestine ; beaucoup d'autres détachemens, commandés

par des aventuriers , d'autant plus hasardeux qu'ils n'avoient rien à perdre, comme un Gauthier sans argent , eurent le même sort. Eufin parut la grande armée, celle des seigneurs français et allemands. Leur rendez-vous naturel étoit dans les états de l'empereur de Constantinople, Manuel Comnène. Celui-ci ne vit pas sans inquiétude cette multitude de Latins inonder son empire, et avisa avec prudence aux moyens

de s'en débarrasser. Il les flatta , les caressa, s'empressa de leur fournir les moyens de traverser le plutôt possible le détroit et leur promit des secours dont il paralysa l'esret. Arrivés en Bythinie , les croisés se donnèrent un chef qui fut Godefroy de Bouillon.

Cependant Kilidge-Arslan, premier Şultati turc Seldjóucide d'Iconium , appelé aussi Soliman, du nom de son

1095.

père, attendoit les chrétiens de pied ferme. Déjà par sa valeur et son habileté, il avoit anéanii deux armées de croisés. Mais il déploya alors envain ses grandes qualités : il avoit affaire à d'autres hommes. Ceux-ci

Nicée et défont ensuite le sultan dans une bataille rangée qui les rend maîtres de toutes les places fortes de l'Asie mineure. Antioche arrête quelques temps leurs efforts ; mais au bout de sept mois , cette ville tombe sous leur pouvoir , comme les autres. De cette place ils vont au-devant de l'armée qu'envoyoit pour reprendre Antioche le calife de Bagdad, ou plutôt le sultan seldjoucide Barkiarok, entre les mains duquel étoit toute l'autorité. Les croisés lui tuèrent , dit-on , cent mille hommes. Cette victoire donna occasion aux califes fatimites d'Egypte, de s'emparer de Jérusalem sur les Turcs Ortokides qui, depuis peu, l'avoient enlevée aux Persans , et que ces derniers se trouvoient alors dans une égale impuissance d'exproprier ou de défendre. Mais les Egyptiens ne gardèrent pas lougtemps leur conquête , car l'armée chrétienne ayant mis presqu'aussitôt le siége devant cette ville, l'emporta au bout de six semaines, le 18 juillet 1099.

emportent

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