Images de page
PDF
ePub

1095,

L'attaque et la défense avoient été égament vives et brillantes. Les assiégeans ternirent malheureusement l'éclat de la victoire par tous les excès de licence et de barbarie, dont une guerre de la nature de celle qu'ils avoient entreprise, auroit dû, ce semble , les éloigner.

Les seigneurs qui avoient des fiefs assurés dans leur patrie y retournèrent; les puînés des familles les remplacerent. Mais au lieu de se donner, par la concentration de l'autorité, un gouvernement fort, capa!le de protéger efficacement la conquête; dominés

par

leur vanité et plus encore peut-être par les préjugés du siècle, où l'on ne connoissoit pas d'autre forme de gouvernement, ils la disséminèrent comme à l'envi et se firent une multitude de petits états qu'ils décorèrent comme ceux d'Europe des noms de duchés , comtés, baronies, avec les mêmes. charges et les mêmes avantages. Delà des princes d’Antioche, des comtes de Tripoly, d'Edesse , de Jaffa, d’Ascalon; des marquis de Tyr; des seigneurs de Ranılah , de Krak, de Sidon , de Béryte, et autres, tous plus ou moins indė. pendans, mais surtout les deux premiers dont la puissance étoit égale à celle des

commune.

rois de Jérusalem, et dont les perpé- 2095. tuelles dissensions avancèrent la ruine

On ne peut disconvenir que la dépo-de van ensing pulation n'ait été immense ; mais il se sade. mêla parmi les croisés une multitude de fainéans , de pillards , de brigands et de gens perdus de débauche , qui se croisèrent eux-mêmes, et dont le départ, loin d'être une calamité, devint un soulagement pour les cantons qu'ils abandonnèrent. "Ceux qui envisagent les croisades sous le point de vue politique, disent qu'elles donnèrent aux rois les moyens d'aug leur puissance , parce que les grands vassaux démernbrèrent leurs fiefs et les vendirent aux roturiers : par le même motif, ils affranchirent beaucoup de leurs serfs ; autant de diminué de la masse de leurs forces, quand , attaqués par les monarques dans leurs droits ou prétentions , ils voulurent leur résister. L'affranchissement des serfs facilita les acquisitions , et occasionna des lois , plus détaillées que les anciennes , sur les héritages, la sûreté et le partage des propriétés. Enfin, la communication avec l'orient, accoutuma les Français à aller chercher eux-mêmes les belles élofes de l'Inde, et les épiceries qu'ils

[ocr errors]

1095.

recevoient auparavant des Vénitiens et des Génois.

Dans ce temps les armoiries commencèrent à devenir communes. Ceux qui revenoient de la croisade ne manquoient pas de se faire grand honneur de cette expédition , et pour en réveiller perpétuellement le souvenir, ils plaçoient les bannières

Armoiries.

>

sous lesquelles ils avoient combattu dans les endroits les plus apparens de leurs châteaux, comme des monumens de gloire. Les familles en s'alliant, se communiquoient ces signes d'illustration et les fondoient les unes dans les autres. Les dames les brodoient sur les meubles, sur leurs habits, sur ceux de leurs époux ; les demoiselles sur ceux des chevaliers ; les guerriers les faisoient peindre sur leurs écus ; mais comme les étendards entiers n'auroient pas pu tenir dans de petits espaces, on abrégeoit, pour ainsi dire , la représenlation des hauts faits qu'ils devoient retracer à la mémoire. Au lieu du

pont que le chevalier avoit défendu, on mettoit une arche; au lieu de la tour, on mettoii un créneau , un héaume au lieu de l'armure complette qu'il avoit enlevée à un ennemi. Le fond de l'écusson étoit ordinairement la couleur de la bannière prinitive, et les dones,

une

tiques s'en montroient chamarrés dans les cérémonies. Ainsi on peut

1095. dire

que le blason a été , dans le principe , espèce de langue qui faisoit reconnoître les droits à l'estime publique, et les alliances.

On doit aussi aux voyages d'outre- Poésie mer les eniblêmes et les devises héral_ française. diques ; il ne nous en reste presque pas de ce temps qui ne fassent allusion aux coutumes, aux animaux

aux animaux, aux plantes de ce pays. On trouve enfin à cette époque les premiers essais de la poésie française. Des croisés revenus de la Palestine , parcouroient les châteaux pour y porter les nouvelles de ceux qu'ils avoient laissés en orient. Ils récitoient les prouesses dont ils avoient été témoins, en augmentoient le merveilleux, comme il arrive ordinairement aux conteurs, et inventoient au défaut de la réalité. On appeloit trouvèles ceux qni mettoient en vers, on plutôt en proșe rimée ces belles actions, et leur donnoient une inodulation ; chanteres et menestrels ceux qui les accompagnoient d'instrumens. Ils étoient bien venns, fêtés et chargés de présens. Il ne faut pas

les confondre avec les jongleurs qui promenoient des bètes étrangères, ci faisoient, pour de

ر

[ocr errors]

.

1095. l'argent, des tours de force ou d'adresse

qu'ils avoient appris dans l'orient. Ceuxci amusoient ou étonnoient, mais n'intéressoient pas, et étoient peu

considérés. Ordres On remarque enfin, comme une religieux singularité du règne de Philippe 1, la

naissance des plus célèbres ordres religieux militaires , qui, de France, se sont répandus dans toute l'Europe : les hospitaliers de St. Jean, et les templiers; le premiers fondés par Raymond Dupuy, gentilhomme dauphinois , les seconds par neuf gentilshommes réunis, tous Français. Ils se vouèrent à la réception , au service, et à la défense des pelerins de la Terre-Sainte ; et de religieux soldats qu'ils étoient d'abord , sont devenus souverains. Enfin les An

fondés par un gentilhomme de Dauphiné, nommé Gaston, qui voua sa personne et ses biens au soulagement de ceux qui étoient atteints d'une es pèce de peste qu'on appeloit le feu sacré.

Après ces ordres, qui doivent leur établissement à la charité chrétienne, et au desir d'être utile à ses semblaüles , en viennent d'autres enfantés par une émulation de piété, et le projet de se sanctifier dans les exercices d'une

tonins,

« PrécédentContinuer »