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XIV.

ir ami

se les amballa

parce qu'il lui suffisoit qu'il y eût un concile , & A N. 1536. qu'il lui seroit aisé de changer tout ce qui ne lui plai

roit pas, & de faire confentir la plus grande partie de l'Allemagne, à la tenuë & aux conditions du “même concile. L'empereur étant sur le point de partir de Rome , y fut visité par deux envoyez de France Velli, & l'évêque de Mâcon qui étoient à Rome. Ces deux envoyez ayant appris que le pape formoit un obstacle à l'investiture du duché de Milan en faveur du duc d'Orleans , parce que Catherine de Medicis fa femme deviendroit par-là en possession de ce duché, ce que le pape ne vouloit pas , allerent le trouver , pour tacher de lui faire changer de fen

timent. Mais le pape qui n'aimoit pas la famille de

mu-" Leon X.& de Clement VII.& qui ne vouloit pascedeurs de France. 'pendant paroître trop opposé à ce qu'on lui demanDu Bellay liv.5. doit, répondit qu'autant qu'il avoit pu connoître

les desfeins de Charles V.ce prince ne lui avoit pa's
paru disposé à donner le Milanez au duc d'Orleans,
& qu'il falloit s'attendre à une rupture , file roi ne
vouloit point d'accommodement là-dessus. Velli &
son collegue qui sentoient assez ce que ce discours
vouloit dire, ne laisserent pas d'aller trouver l'empe-
reur,qui leur repondit, qu'ils n'avoient qu'à le suivre
tous deux chez le pape , où il les instruiroit de ses
intentions, & en même temps il fit dire aux ambas-
* sadeurs de Venise qui étoient dans l'antichainbre,
'de s'y trouver.
• Il entra aussi-rôt après dans la chambre du confi-

stoire , où le pape avoit assemblé ce jour là les cardi"paux, les ambassadeurs, & tous les principaux préslats de Rome; les grands & les plus conliderables

Pallavicin. 4t fuprà liv. 3.cap.

pag. 124.

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friociers de la cour imperiale : car le pape crosantque le dessein de Charles V. qui avoit demandé cet

* An. 1536 te assemblée , étoit de faire en public des remerci- ChXV,

Charles V.parle mens des honneurs qu'il avoit reçus à Rome , avoit contre le Roi de donné les ordres necessaires pour la rendre la plus conflitoire. nombreuse qu'il seroit possible. Le consistoire , à la tallavicon. ut reserve de quatre cardinaux qui demeurerent avec 19.9. 8. le pape , alla recevoir l'empereur jusqu'à son apparte- Du Fellay liv. s. -ment , & l'ayant conduit au licu ordinaire , le pape averti de sa venuë defcendit pour le recevoir : l'empereur après l'avoir salué, lui dit qu'il avoit à parler d'affaires d'une extrême importance devant tout le sacré college, & même publiquement, & qu’ainsi -il demandoit qu'on ne fit sortir personne. Ausli-tôt les cardinaux s'approcherent de même que les amballadeurs de France , ceux de Venise derriere eux , & un peu au delà plusieurs autres ambassadeurs , & un grand nombre de personnes de qualité de la cour de l'empereur , & de celle du souverain pontife. Ensuite l'empereur se leva de son siege,& le bonnet à la main , commença un discours en Espagnol dans lequel il repandit toute sa bile contre les François.

Il dit d'abord que deux choses l'avoient obligé Discouts: l'emde venir à Rome, l'une pour rendre ses respects au pertoire plein pape , & le supplier de vouloir assembler un concile Daniel hift. de general ; ce que la sainteté lui avoit accordé, en pommant le lieu , & lui marquant le tems de fa con- Belcar.in comvocation. L'autre pour faire entendre au souverain ment. ibid ut fispontife , le desir qu'il avoit toûjours eu pour le bien Mem.hit. & pogeneral de toute la chrétienté , d'entsetenir une d'Autriche com.. bonne amitié & sincere correspondance avec le roi "Raynald. Annal. François I. qu'il avoit taché par toutes sortes de nom. n.6.

XVI.

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France tom. 5. in 4. pag. 664..

litig.dela maison

pag. 256. & fuir.

tom. 21. ad hunc

meer moïens d'engager ce prince, à le seconder dans les AN. 1536. deux desseins que Dieu lui avoit inspirez, d'étouf.

fer l'hérefie & d'arrêter les progrez des Turcs, & qu'il l'avoit toûjours trouvé li contraire à l'un & à l'autre , qu'il ne lui restoit plus d'autre voie pour le reduire à la raison, que de se plaindre de lui devant la plus auguste assemblée de la chrétienté. Il entra ensuite dans le recit de ses plaintes, & rapporta touc ce qui s'étoit passé depuis les traitez faits entre l'empereur Maximilien son ayeul , & Louis XII. pour l'union des deux maisons. Il dit que le roi lui avoic enlevé Claude de France ; qu'il lui avoit manqué de parole en faveur de Renée qui lui étoit promise ; qu'il l'avoit engagé dans une ligue contre l'Angleterre pour l'abandonner ensuite ; qu'il avoit employé toutes sortes de moïens pour troubler son élection à l'empire ; que la France lui avoit suscité Robert de la Mark , & le duc de Gueldres pour ennemis , & qu'elle avoit fomenté les guerres civiles d'Espagne. Que le roi lui avoit declaré la guerre, dont il avoit été puni par la perte de la liberté , & que pour sortir de prison il lui avoit juré d'observer exactement le traité de Madrid , quoiqu'il l'eut violé en tout aussi-tôt qu'il s'étoit vûen liberté. Qu'ayant ensuite terminé leurs differends par le traité de Cambray, le roi de France ne l'avoit pas long-temps observé, qu'il avoit attaqué vigoureusement le duc de Savoye beau-frere de fa majesté imperiale, & s'étoit cmparé de son pass. Qu'il avoit suscité contre sa perfonne le landgrave de Hesse, le duc de Virtemberg, & les autres princes Lutheriens, jusqu'à leur fournir de l'argent pour les metire en état d'entreprendre la

guerre,

Il vint ensuite à la mort du duc de Milan , & dit que le roi avoit demandé les états du défunt com- An. 1536, me échus à ses enfans par la succession de leur mere, quoiqu'il eut reconnu Francois Sforce en qualité de possesseur legitime de ce duché ; que cependant on avoit promis de les en gratifier, pourvû que le roi s'expliquât nettement sur ce qu'il avoit dessein de faire par reconnoissance pour la ruine de l'heresie , pour la tranquillité des Italiens , & pour le recous vrement de la Hongrie. Que depuis sur une lettre de la reine de France, qui portoit qu'encore que le roi son mari eut mieux aimé l'inveltiture pour son second fils , il seroit néanmoins content qu'elle pafsât au troisiéme, on avoit assuré le roi que le duc d'Angoulême seroit investi à ces trois conditions ; & que nonobstant cela, ce prince dans le même temps qu'il attendoit cette investiture, avoit usurpé les états du duc de Savoye feudataire de l'empire. L'empereur ajoûta que malgré cette conduite fi peu raisonnable , il youloit bien lui offrir encore ce duché, supposé qu'en le donnant on établît une paix solide & durable dans la chretienté, ce qui ne pouvoit arriver si le duc d'Orleans en étoit investi, à cause des prétentions de Catherine de Medicis sa femme, sur les duchez de Florence & d'Urbin, parce que toutes les rénonciations qu'il y pourroit faire, ne seroient pas meilleures que celles que le roi son predecesscur avoir faites du duché de Bourgogne, & qu'il avoit toutefois retenu,

L'empereur conclut en disant qu'il offroit de XVII. trois choses l'une au roi de France en prelence de pereur faite au roi toute l'assemblée, ou le duché de Milan pour son de France.

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Oftres que l'em.

lib. 31.

- troisiéme fils, à l'exclusion du duc d'Orleans, & à A N. 1536. condition que François I. l'assureroit du nombre &

Paul Jove bil. de la qualité des forces, que lui empereur demanBelcar. ut fuprà, doit pour aller contre les Turcs ou les heretiques :

ou un duel par lequel ils vuideroient ensemble, & seul à seul toutes leurs querelles, afin d'épargner le fang de leurs sujets , & que ce duel se feroit dans une ille, sur un pont, ou dans un bateau, l'épée , ou le poignard à la main, & en chemise si le roi de France le vouloit , pourvû qu’on mît en depôt d'un côté le duché de Milan, de l'autre le duché de Bourgogne au profit du vainqueur,& que les troupes des deux couronnes s’unissent ensuite, pour rendre l'église Romaine maîtresle des heretiques , & la mettre en état de ne pas craindre le Turc. La troisiéme chose que l'empereur offroit, étoit qu'en cas que le duel vînt à manquer la guerre se continueroit entre eux à toute outrance , jusqu'à ce que l'un eût reduir l'autre à l'état de simple gentilhomme: il ajoûta que tour lui promettoit la victoire , ayant de son côté la justice & la raison, ses affaires en bon état , une heureuse disposition dans ses sujets, du courage dans ses soldats , de l'experience & de la valeur dans ses capitaines : au lieu que les affaires de François I. étoient ruinées , ses sujets mal intentionnez, ses troupes très-peu considerables , & ses officiers si peu capables de commander , que si les siens n'étoient pas plus habiles , il iroit la corde au cou se jetter aux pieds du roi, pour tacher d'obtenir de la clemence misericorde & pardon. En finissant il s'étendit beaucoup sur les miseres que cause la guerre, & protesta que quoiqu'il ne fut pas accoutumé à pro,

poser

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