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MADAME,

Je sais bien que VOTRE MAJESTÉ n'a que faire de toutes nos dédicaces, et que ces prétendus devoirs. dont on lui dit élégamment qu'on s'acquitte envers. elle sont des hommages, à dire vrai, dont elle nous dispenseroit très volontiers : mais je ne laisse pas d'avoir l'audace de lui dédier la Critique de l'Ecole des Femmes, et je n'ai pu refuser cette petite occasion de pouvoir témoigner ma joie à VOTRE MAJESTÉ sur cette heureuse convalescence qui redonne à nos voeux la plus grande et la meilleure princesse du monde, et nous promet en elle de longues années d'une santé vigoureuse. Comme chacun regarde les choses du côté de ce qui le touche, je me réjouis, dans cette alégresse générale, de pouvoir encore avoir l'honneur de divertir VOTRE MAJESTÉ; elle, MADAME, qui prouve si bien que la véritable dévotion n'est point contraire aux honnêtes divertissements; qui, de ses hautes pensées et de ses importantes occupations , descend si humainement dans le plaisir de nos spectacles, et ne dédaigne pas de rire de cette même bouche dont elle prie si bien Dieu : je llatte, dis-je, mon esprit de l'espérance de cette gloire; j'en attends le moment avec toutes les impatiences du monde ; et, quand je jouirai de ce bonheur, ce sera la plus grande joie que puisse recevoir, MADAME,

DE VOTRE MAJESTÉ

le très humble, très obéissant ét très fidele serviteur

MOLIERE,

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URANIE.
É I. ISE.
CLIMENE.
LE MARQUIS.
DORANTE OU LE CHEVALIER.
LYSID AS, poëte. :
GALOPIN, laquais. '

La scene est à Paris, dans la maison d'Uranie.

DE

L'ÉCOLE DES FEMMES.

SCENE I.

URANIE, ÉLISE.

URANIE.

Qoos! cousine, personne ne l'est venu rendre vi

site?

É LISE. Personne du monde.

URANIE. Vraiment! voilà qui m'étonne, que nous ayons été seules l'une et l'autre tout aujourd'hui.

É LISE. Cela m'étonne aussi : car ce n'est guere notre coutome; et votre maison , Dieu merci, est le refuge ordinaire de tous les fainéants de la cour.

URANIE.
L'après-dînée, à dire vrai, m'a semblé fort longue.

É LISE.
Et moi je l'ai trouvée fort courte.

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URANIE.

C'est

que les beaux esprits, cousine , aiment la solitude.

É À IS É. Ah! très humble servante au bel esprit! vous savez que ce n'est pas là que je vise.

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URANIE
Pour moi, j'aime la compagnie, je l'avoue.

ÉLISE. Je l'aime aussi, mais je l'aime choisie; et la quantité des sottes visites qu'il vous faut essuyer parmi les autres est cause bien souvent que je prends plaisir d'être seule.

URANIE.

La délicatesse est trop grande de ne pouvoir souffrir que des gens triés.

É LISE. Et la complaisance est trop générale de souffrir indifféremment toutes sortes de personnes.

ÚRANIE. Je goûte ceux qui sont raisonnables, et me divertis des extravagants.

É LISE. Ma foi, les extravagants ne vont gaere loin sans vous ennuyer, et la plupart de ces gens-là ne sont plus plaisants dès la seconde visite. Mais, à propos d'extravagants, ne voulez-vous pas me défaire de votre marquis incommode? Pensez-vous me le laisser toujours sur les bras, et que je puisse durer à ses turlupinades perpétuelles ?

URANIE.

Ce langage est à la mode, et l'on le tourne en plaisanterie à la cour,

É LISE. Tant pis pour ceux qui le font, et qui se tuent tout le jour à parler ce jargon obscur. La belle chose de faire entrer aux conversations du Louvre de vieilles équivoques ramassées parmi les boues des halles et de la place Maubert!-La jolie façon de plaisanter pour des courtisans ! et qu'un homme montre d'esprit lorsqu'il vient vous dire: Madame, vous êtes dans la place royale , et tout le monde vous voit de trois

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