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toutes les caresses d'un premier soleil bienfaisant, on ne fermait pas les théâtres, et ils faisaient recette même pendant la canicule.

Est-ce à dire que les impressarii d'alors étaient moins... ou plus... avisés que ceux d'aujourd'hui?

A MM. Claretie, Ritt, Gailhard, Duquesnel, Floury, Monza, Derenbourg, Léon Marx et autres qui ne ferment pas, de nous répondre. (Affranchir s. v. p.)

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LA RAGE DU JEU

Il faut des jeux au peupte, des dieux aux sacrifices.

Soumet.

M. Camescasse, préfet de police, a fait fermer nombre de cercles ouverts. D'aucuns disent que M. Gragnon, notre populaire et nouveau préfet, en laisse rouvrir quelques-uns, à la condition qu'ils puissent se gérer eux-mêmes.

Henri IV disait, la balle qui doit me tuer (il ne prévoyait pas le couteau) n'est pas encore fondue. — Le préfet de police français qui oserait dire: « Le jeu sera banni de France » mériterait d'être exposé sous verre au cercle de la rue Royale ou aux Mirlitons.

En effet à ceux qui prétendent que l'on ne joue plus, nous pourrions répondre que dans tous les cafés on joue:

A l'écarté,

Au Poker,

Au rams,

Aux dominos,

Au jaquet,

Aux dames, au piquet,
Au whist,
Au billard.

Les échecs sont particulièrement en faveur au café de la Régence, où l'on fait des matchs par correspondance. Le Monde illustré donne toutes les semaines les résultats de parties engagées entre Paris et Saint Pétersbourg, entre Vienne et Pékin. — Chez les horizontales et dans les tables d'hôte du quartier Bréda où l'on cartonne, le Rams

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fait fureur. Le noble jeu iJe billard règne en souverain à l'Elysée où notre président ne fait jamais grâce à une fausse-queue.

L'écarté s'aristocratise quand il est joué dans les soirées du monde où il y a signature de contrat. Les grands parents tournent le roi de cœur pendant que les fiancés se jurent amour éternel.

Les petits porteurs de télégrammes font la nique à M. le ministre des postes et télégrapbes en jouant aux billes et à saute-mouton pendant que les destinataires badauds font galerie pour les voir. Le jeu de mains sera toujours jeu de vilains même pratiqué par la beauté.

Les soldats jouent à la drogue dans les casernes et c'est toujours le conscrit qui écope. Une rage que la police est impuissante à modérer, c'est le jeu de bonneteau qui fait tant de victimes sur la voie publique et sur les voies ferrées ; demandez plutôt aux préfets qui ne voyagent plus que armés jusqu'aux dents. Sur l'Esplanade des Invalides, jeux de boules et de quilles pour les écloppés de Mars et Bellone.

On ne joue plus guère le tric trac que chez les bourgeois rococos de la rue des Dames, lequel jeu des dames reste en faveur partout el principalement aux promenoirs des Folies-Bergères et de l'Eden, et au Jardin de Paris.

Le jeu des petits chevaux qui a fait rage pendant si longtemps dans tous les casinos de France et de Navarre, n'est plus guère en faveur à Paris où il est distancé de plusieurs longueurs par le jeu des grands chevaux et des chevaux de bois qui tourneront tant que la terre tournera.

Les jeux du cerceau, de la balle, du ballon, du volant, de la corde, de la toupie et du sabot font toujours la joie des enfants et la tranquillité des parents dans tous nos squares, promenades, et jardins publics.

Le tonneau et le jeu de bouchon n'ont pas encore émigré des tonnelles de nos restaurateurs extra-muros.

Chez les maatroquets et liquoristes intra-muros on joue au tourniquet et au Zanzibar; on joue également aux dés dans quelques brasseries derrière la Bourse entre commis d'agents de change venanl jouer leurs bocks, en se montrant le point... gagnant.

Le jeu de Bourse sérieux se joue à côté dans ce grand temple grec où Plutus fait la hausse et la baisse. Le dimanche en été, lorsque tous les Parisiens vont se faire rôtir à la campagne, les concierges et les garçons marchands de vin se livrent à des parties effrénées de palets dans les rues désertes, et l'innocent passant qui rêve aux palais qu'il n'aura jamais en reçoit un dans les jambes.

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Les petites filles des portières et des sages-femmes jouent, elles, à la raquette, aux grâces, et sautent à bon vinaigre sur la chaussée. .Nombre de serments se font et se délient tous les jours sans qu'il soit besoin de ressusciter pour eux le jeu de paume.

Les poètes chantent encore les jeux et les ris et cependant on ne rit plus que du bout des lèvres.

Toutes les fêtes foraines s'ingénient à trouver des jeux d'adresse nouveaux, cela ne fait de mal à personne, et les gens adroits gagnent quelquefois un lapin, quand ce ne serait que celui qu'ils posent.

Nous ne pouvons, sous peine de commettre un crime de lèse-quinerie, oublier le noble jeu de loto qui, quoi qu'on en dise, n'est pas le jeu favori des seules portières, cardeuses de matelas et garde-malades. Bien des gens intelligents puisent une vraie joie et de douces émotions dans l'apparition de plusieurs quaternes ou d'un quine sur leurs cartons, ne gagneraient-ils qu'un haricot; nous en savons que ce gain transporte autant que s'ils avaient amené le zéro en plein à MonteCarlo et que s'ils eussent touché 35 fois leur mise.

Si Marivaux revenait, il constaterait que son Jeu de l'amour et du hasard tient toujours l'affiche de notre première scène où tant d'auteurs nouveaux font jeux d'esprit. On marivaudera toujours et toujours l'on se fera un jeu de l'amour et du hasard.

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CEUX QUI RAGENT QUAND IL PLEUT

ET QUAND IL FAIT BEAU

D'abord à Paris, quand il pleut, on ne trouve jamais de voitures aux stations. Il est vrai que lorsqu'il fait beau temps, c'est identiquement la même chose. Aussi, combien je comprends ce cri du cœur d'une demoiselle... des chœurs des Variétés ! Il n'y a rien de tel que d'avoir une voiture à soi!

Quand il pleut en été, les entrepreneurs de bals champêtres et de cafés-concerts font la grimace. Les directeurs dont les théâtres sont restés ouverts, au contraire, nagent dans la joie en voyant leurs contemporains nager dans le macadam.

Quand il pleut, l'administration municipale fait néanmoins arroser nos voies publiques. C'est une énigme que je n'ai jamais pu m'expliquer et que je propose au Figaro pour l'offrir à ses lecteurs.

La blanchisseuse voit arriver la pluie avec une satisfaction qui n'a rien d'empesé.

Le joli bas noir (!) qui a emprisonné la jambe mignonne deM"e Chose, le jupon luyauté qui fait de nos maigres Parisiennes des Vénus Callipyges, reviennent maculés de boue chez la Cervaise de Boulognesur-Seine.

La pluie est bénie par le décrotteur, par le chand de parapluies à cinquante sous, parapluies qui sont très commodes et n'offrent aucun désagrément, si ce n'est de ne jamais vouloir s'ouvrir ou de se retourner sur eux-mêmes et de « faire tulipe » quand gémit le vent ou quand tombent sur votre tête les tuiles, les persiennes ou les cheminées.

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