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vinces qui le composoient. Ce prince, aussi politique que barbare, tint toujours sur pied une armée nombreuse pour rendre inutiles les efforts des Romains, et il étonna le monde par la rapidité de ses conquêtes. Les Vandales, chrétiens pour la plupart, mais infectés de l'hérésie d’Arius , mirent tout à feu et à sang; ils pillèrent les campagnes et les villes, sans épargner les églises et les monastères; ils condamnèrent deux évêques à être brûlés vifs, et en tourmentèrent cruellement plusieurs autres, pour leur faire livrer les trésors de leurs églises. Ils rasèrent les édifices publics de Carthage, et bannirent Quod-V ult-Deus , évêque de cette ville, avec un grand nombre d'autres Chrétiens. • En 454, Genséric permit aux catholiques , à la prière de l'empereur Valentinien, de choisir un évêque de Carthage. On éleva à cette dignité saint Deo-gratias , qui mourut peu de temps après que les Vandales furent revenus du pillage de Rome. La persécution s'étant rallumée avec une nouvelle fureur, un grand nombre de Chrétiens furent tourmentés pour la foi, et plusieurs reçurent la couronne du martyre. Les Ariens, par un sacrilége qui n'avoit jamais eu d'exemple, se firent des chemises et des haut-de-chausses avec les linges et les ornemens qui servoient à l'autel; et à l'inuzude , ils marchèrent sur le corps et le sang de Jésus-Christ , qu'ils avoient jetés par terre (6). Les catholiques ayant été déclarés inhabiles à posservoit de la lance et de l'épée, et ne pouvoit combattre de loin. Leurs archers étoient mal disciplinés, et se battoient à pied comme les Goths. (Voyez Procope).

(6) Tinuzudæ, tempore quo sacramenta Dei populo porrigebantur , introeuntes cum furore ( Ariani) corpus Christi et sanguinem pavimento sparserunt, et illud pollutis pedibus calcaverunt. S. Vict, Vitens, I. 1, p. 17.

séder aucune charge dans l'état, Armogaste, qui occupoit une place considérable de la maison de Théodoric, fils du roi, se vit condamné à garder les troupeaux. Hunéric, successeur de Genseric, fut encore plus cruel que son père envers les orthodoxes. Il

у avoit vingl-quatre ans que l'église de Carthage étoit sans pasteur. Hunéric permit aux catholiques, en 481, de se nommer un évêque; mais ce fut à certaines conditions. Eugène, citoyen de Carthage , homme singulièrement estimé pour son savoir , sa piété, son zèle et sa prudence, fut élu d'une voix unanime. Sa conduite dans l'épiscopat le fit respecter même des hérétiques ; pour les orthodoxes, ils l'aimoient au point qu'ils se seroient estimés heureux de pouvoir donner leur vie pour lui. Ses aumônes étoient immenses, eu égard à la modicité de son revenu. Il trouvoit dans les cæurs de ses diocésains des ressources assurées contre la misère des indigens ; d'ailleurs il se refusoit presque tout à lui-même , pour avoir de quoi assister les pauvres. Quand on lui représentoit qu'il devoit réserver quelque chose pour ses propres besoins, il avoit coutume de faire cette réponse ; « Le bon pasteur devant donner sa vie », pour son troupeau , serois - je excusable de » m'inquiéter de ce qui concerne mon corps ? » Il jeûnoit tous les jours , et ne faisoit qu'un léger

Les sentimens d'estime que les Ariens avoient eus d'abord pour lui ne durèrent pas toujours; ils furent remplacés par des sentimens de haine et de jalousie. Le roi lui envoya dire qu'il lui defendoit de s'asseoir sur le trône épiscopal , de prêcher le peuple , et d'admettre dans sa chapelle aucun des Vandales , parmi lesquels il y en avoit

repas sur le soir.

plusieurs de catholiques. Le Saint fit une réponse conforme à la dignité de son caractère, et dit, à l'occasion du troisième article de la défense, que Dieu lui commandoit de ne point fermer la porte de l'église à ceux qui désiroient l'y servir. Hunéric, furieux de cette réponse, persécuta les orthodoxes de mille manières différentes, et surtout les Vandales qui professoient la vraie foi. Il fit mettre des gardes aux portes des églises. Quand ceux-ci voyoient entrer un homme ou une femme habillés en Vandales , ils les tiroient violemment avec des bâtons dentelés dont ils leur entortilloient les cheveux , et leur arrachoient ainsi , avec les cheveux, la peau de la tête. Quelques-uns perdirent les yeux, et d'autres la vie ; mais plusieurs vécurent encore long-temps après. On promena dans les rues des femmes avec leur tête écorchée, pour intimider ceux du peuple qui seroient tentés de les imiter. Cette conduite barbare des Ariens ne réussit pourtant point; il n'y eut pas un seul catholique qui abandonnât sa religion. Hunéric défendit ensuite de donner des

gages des vivres aux officiers de la cour qui tenoient pour la doctrine de l'église, et voulut qu'ils fussent employés aux travaux de la campagne; il défendit de plus d'admettre aux charges publiques quiconque ne seroit pas Arien. Sa haine pour les Vandales orthodoxes ne se borna pas là; il les chassa de leurs maisons, les dépouilla de leurs biens , et les envoya en Sicile.

La persécution devint bientôt générale , et tomba sur tous les catholiques indistinctement. Un nouvel orage grondoit chaque jour sur leur tête, par la multiplicité des édits qui se succédoient les uns aux autres. Un grand nombre de vierges consacrées à Dieu furent cruellement tourmentées,

et

et il y en eut plusieurs qui expirèrent sur le chevalet. Les évêques, les prêtres, les diacres et les laïques distingués qui furent bannis , étoient au nombre de quatre mille neuf cent soixante-seize. On les envoya tous dans un désert où ils n'eurent que de l'orge pour se nourrir. Le désert étoit rempli de scorpions et de serpens venimeux ; mais ces animaux n'ôtèrent la vie à aucun des serviteurs de Dieu. Le peuple suivit les évêques et les prêtres avec des cierges à la main; les mères portoient leurs enfans dans leurs bras, puis les déposant aux pieds des confesseurs, elles leur disoient, les yeux baignés de larmes : « A qui nous > laissez-vous en courant au martyre ? Qui bapti» sera nos enfans ? Qui nous donnera la pénitence? » Qui nous dérivrera de nos péchés par le bienfait » de la réconciliation ? Qui nous enterrera après -> la mort ? Qui offrira le divin sacrifice avec les » cérémonies ordinaires ? Que ne nous est-il per

mis d'aller avec vous (c) ! »

Eugène ne fut point enveloppé dans cette première proscription, ce qui vint peut-être d'un reste d'égards que l'on avoit pour les habitans de la capitale ; mais au mois de Mai de l'année 483, le roi lui fit dire que sa volonté étoit que

les tholiques, qu'il appeloit Homoousiens, eussent à Carthage, le premier de Février, une conférence avec les évêques ariens. Le Saint voyant que les ennemis de la foi seroient juges et parties, répondit que comme

il s'agissoit de la cause commune de toutes les églises , on devoit consulter et inviter à la conférence celles d'outre-mer, et principale

ca

(c) Qui nobis pænitentiæ munus collaturi sunt , et reconciliationis indulgentiâ obstrictos peccatorum vinculis' soluturi? A quibus divinis sacrificiis ritus est exhibend us consuetus ? Vobiscum et nos libeat pergere, si liceret. S. Victor. Vit. I. 2. p. 33,

ment l'église romaine, qui est le chef de toutes les autres (d).

Ce fut vers ce temps-là qu'un aveugle nommé Félix vint trouver Eugène , et le pria de lui rendre la vue, disant qu'il ne s'adressoit à lui qu'en conséquence d'une vision qu'il avoit eue. Le saint évêque s'excusa d'abord, et allégua pour raison qu'un pécheur comme lui n'étoit pas fait pour opérer un miracle. A la fin cependant il fut obligé de se rendre. Après la bénédiction des fonds baptismaux, qui se faisoit le jour de l'Epiphanie , il dit à l'aveugle : « Je vous ai déjà dit que je suis » un pécheur, et le dernier de tous les hommes; ► mais je prie Dieu de vous traiter selon votre foi, » et de vous rendre la vue. » En même temps, il forma le signe de la croix sur ses yeux, et cet homme vit parfaitement. Toute la ville fut témoin de ce triomphe que la foi venoit de remporter sur l'hérésie. Le roi envoya chercher Félix pour s'assurer du fait , et il examina toutes les circonstances du miracle, qui lui parut si évident, qu'il ne lui fut pas possible de le révoquer en doute : mais les évêques ariens tâchèrent de lui persuader qu'Eugène avoit eu recours à la magie.

Cependant on ouvrit la conférence qui avoit été indiquée pour le premier jour de Février. Les catholiques en nommèrent díx d'entre eux pour parler au nom des autres. Cyrila , patriarche des Ariens, s'assit sur un trône. Les orthodoxes , qui étoient debout, demandèrent qu'il y eût des commissaires chargés d'écrire ce qui se diroit de part et d'autre. Sur la réponse qu'on leur fit que

(d) Scribam ego fratribus meis ut veniant coepiscopi mei, qui vobis nobiscum fidem communem nostram valeant demonstrare , et proecipuè ecclesia Romana , quæ caput est omnium ecclesiarum. Victor Vit. l. 2, p. 38.

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