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ames,

et nous découvre intérieurement nos devoirs. Il savoit de plus que le don de prière n'est communiqué qu'à ceux qui se sont d'abord disposés à recevoir la présence sensible du Saint-Esprit par la componction, que par la pratique de la pénitence, de l'humilité et du renoncement. Ce fut donc par ces différentes vertus qu'il se prépara à être admis dans les faveurs ineffables de l'époux céleste.

Sa vie étoit si pure , ses passions étoient si parfaitement soumises, qu'Alexandre de Hales avoit coutume de dire, en parlant de lui, qu'il ne paroissoit pas qu'il eût péché en Adam. L'esprit de mortification étoit le principal moyen qu'il employoit pour s'entretenir dans l'innocence; ses austérités étoient extraordinaires. On remarquoit cependant sur son visage une certaine gaieté qui provenoit de la paix intérieure dont il jouissoit. On l'entendoit souvent lui-même répéter cette maxime : « La joie spirituelle est la marque la

plus certaine de la grâce de Dieu qui habite dans

une ame (1). A la pratique de la mortification, il ajoutoit celle des plus grandes humiliations. S'il s'agissoit de servir les malades, il cherchoit toujours à exercer les offices les plus bas et les plus dégoûtans. Il ne craignoit point d'exposer sa vie en s'attachant à ceux dont les maladies étoient plus dangereuses et plus capables de rebuter la nature. Son humilité ne lui faisoit découvrir en lui que des imperfections et des fautes; et il avoit un soin extrême de cacher ce qui auroit pu attirer l'estime des hommes. Quand l'éclat de ses vertus le trahissoit malgré lui, il embrassoit de nouvelles humiliations pour diminuerla haute idée que

l'on concevoit de lui , ou du moins pour se (1) Specul. Discipl. p. 1, c. 3. Tome VI.

lui

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fortifier contre le poison de la vaine gloire, et pour

satisfaire l'amour qu'il avoit pour l'abjection. A l'en croire , il étoit le plus indigne des pécheurs; il ne méritoit pas de respirer l'air , ni de marcher sur la terre. Souvent son humilité l'empêchoit d'approcher de la table sainie, quoiqu'il brûlât du plus ardent désir de s'unir tous les jours au tendre objet de son amour : mais Dieu fit un miracle pour calmer ses frayeurs et pour récompenser son amour. Voici de quelle manière il est rapporté dans les actes de sa canonisation. « Plu» sieurs jours s'étoient écoulés sans qu'il osât se » présenter à la table sainte; mais pendant qu'il » entendoit la messe, et qu'il méditoit sur la pas» sion de Jésus-Christ, le Sauveur, pour cou» ronner son humilité et son amour, mit dans sa bouche, par le ministère d'un ange, une partie

de l'hostie consacrée que le prêtre tenoit dans » ses mains. Cette faveur l'enivra d’un torrent de délices; depuis ce temps-là il communia plus fréquemment, et chacune de ses communions fut accompagnée des plus douces consolations,

Saint Bonaventure se prépara par le jeûne, la prière et d'autres bonnes oeuvres, à recevoir la prêtrise, afin d'obtenir une mesure de grâces proportionnée aux fonctions sublimes qu'il devoit exercer. Il n'envisageoit le sacerdoce qu'avec crainte et tremblement; et plus il en connoissoit l'excellence et la dignité, plus il s'humilioit en considérant qu'il étoit sur le point d'en être honoré. Toutes les fois qu'il montoit à l'autel, on s'apercevoit à ses larmes et à tout son extérieur des sentimens d'humilité et d'amour avec lesquels il offroit, tenoit dans ses mains et recevoit dans son ame l'agneau sans tache. Il fit, pour son action de grâces après la masse, la belle prière qui com

mence par ces mots : Transfige, dulcissime Domine, et dont l'église recommande la récitation à tous les prêtres qui viennent de célébrer l'auguste sacrifice. Se croyant appelé, en qualité de prêtre, à travailler spécialement au salut du prochain, il ne négligea rien pour répondre parfaitement à sa destination. Il annonça la parole de Dieu avec autant de force que d'onction, et il réussissoit merveilleusement à allumer dans ses auditeurs le feu sacré qui le brûloit lui – même. Pour se faciliter les

moyens de bien remplir cette importante fonction , il écrivit le livre intitulé Pharetra , qui n'est autre chose qu'un recueil de pensées fort touchantes tirées des ouvrages des Pères de l'église.

Vers le même temps, on le chargea du soin d'enseigner dans l'intérieur du couvent. Après la mort de Jean de la Rochelle, on le nomma pour remplir la chaire publique de l'université. Il n'avoit que vingt-trois ans, et il en falloit ving-cinq pour exercer cet emploi; mais on crut pouvoir se dispenser de suivre la règle en faveur de Bonaventure. Ses rares talens lui eurent bientôt'acquis une admiration universelle. Il continua, comme auparavant, d'étudier aux pieds de son crucifix.

Alexandre IV ayant terminé, en 1256, la dispute qui s'étoit élevée entre l'université de Paris et les réguliers, on invita saint Thomas et saint Bonaventure à prendre ensemble le bonnet de docteur. Les deux Saints , au lieu de se disputer le pas ,

voulurent se céder la première place l'un à l'autre. Ils ne furent point touchés par ces raisons que de prétendus intérêts d'ordre font quelquefois alléguer; ils ne parurent jaloux que des prérogatives qui sont fondées sur l'humilité. Saint Bonaventure insista si fortement, que saint Tho

mas fut obligé de consentir à

passer le premier, et par-là il triompha tout à la fois de lui-même et de son ami.

Le roi saint Louis avoit une estime singulière pour saint Bonaventure. Souvent il le faisoit manger

à sa table, et le consultoit sur les affaires les plus difficiles. Il le pria de composer, pour son usage, un office de la passion de Jésus-Christ. Bonaventure dressa aussi une règle pour sainte Isabelle , sæur du roi, et pour son monastère de Long-Champ, habité par des Clarisses mitigées. Son livre du gouvernement de l'ame , ses méditations pour chaque jour de la semaine, et la plupart de ses autres petits traités, furent encore écrits à la prière de diverses personnes de la cour, qui faisoient profession de piété. Il règne dans tous ses ouvrages une onction qui attendrit les cours les plus insensibles. Le saint docteur renferme un grand sens en peu de paroles; chaque mot fait naître les plus beaux sentimens. On ne sauroit trop lire ses méditations sur les souffrances de l'Homme-Dieu ; on sentira comme passer en soi les affections brûlantes qu'il éprouvoit à la vue d'un mystère qui est le prodige de la miséricorde divine , qui offre un modèle parfait de vertu et de sainteté, et qui est la source de tout bien. Voici ce que

dit le célèbre Gerson des écrits de saint Bonaventure (2). « De tous les docteurs ca» tholiques , Eustache (car c'est ainsi que l'on » peut traduire son nom de Bonaventure) me pav roit le plus propre à éclairer l'esprit , et à échauf» fer le cour. Son Breviloquium et son Itinera» rium sur-tout , sont écrits avec tant de force » d'art et de concision, qu'il n'y a rien qui leur » soit comparable en ce genre.

de (2) Gerson , de Libris quos religiosi legere debent,

Les ouvrages

thème porte à

saint Bonaventure, dit-il dans un autre endroit

(3), me paroissent les plus propres pour l'ins» truction des fidèles. Ils sont solides , sûrs , pieux » et dévots; on n'y trouve point de ces subtilités » ni de ces vaines questions de scolastique qui ý avoient beaucoup de cours dans le temps. Il n'y » a nulle part une doctrine plus élevée , plus divine » et plus capable de conduire à la piété. » Tri

peu près le même jugement des écrits du saint docteur. « Les expressions de saint » Bonaventure sont, dit-il, pleines de feu; elles » n'embrasent pas

moins de l'amour diyin le caur » de ceux qui les lisent, qu'elles n'éclairent leur ». esprit des plus pures lumières. Ses ouvrages sur» passent tous ceux des docteurs du même siècle

par leur utilité, si l'on considère l'esprit de cha» rité et de dévotion qui y règne. Le saint docteur

est profond sans être diffus, subtil sans curio► sité, éloquent sans vanité; ses paroles sont en» flammées sans être enflées..... Ainsi quiconque >> veut être savant et dévot, doit s'attacher à la » lecture de ses ouvrages (4).

Ce qui vient d'être dit convient principalement aux traités de piété que saint Bonaventure a composés. Il s'y montre par-tout pénétré de l'humilité la plus profonde , zélé partisan de la pauvreté , parfaitement détaché des choses de la terre, brûlant d'amour pour Dieu, et rempli d'une tendre dévotion envers Jésus-Christ souffrant. On y voit que la pensée des biens du ciel l'occupoit continuellement, et qu'il ne désiroit rien tant que de porter les autres à les désirer avec une vive ardeur. Dieu lui-même, disoit-il (5), les esprits bienheu(3) L. de Examine doctrinar. (4) Voyez Dupin , Bibl. siècle 13 , p. 249. (5) Solilog. Excrcit. 4, c. 1, 2.

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