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exactitude tous les devoirs d'un bon pasteur. Il bâtit plusieurs églises , et en répara d'autres. Dans ses voyages, il alloit toujours à pied avec les clercs qui l'accompagnoient, et souvent il ne marchoit

que

de nuit pour éviter l'ostentation. Lorsqu'il s'agissoit d'exercer quelque fonction épiscopale, comme de consacrer une église, il s'y pré-! paroit avec la plus grande ferveur. Son plaisir étoit de se trouver , non avec les riches, mais avec les pauvres. En même temps qu'il invitoit les pécheurs à la pénitence, il précautionnoit les ames fidelles contre les rechutes. Dur à lui-même, il ne buvoit et ne mangeoit que pour satisfaire aux besoins indispensables de la nature. Ce n'étoit qu'après de longues veilles et des travaux pénibles qu'il prenoit un peu de repos. Il se plaisoit singulièrement à réciter les psaumes. On ne lui entendoit jamais tenir de discours qui ne fût édifiant. Ce fut par ses conseils que,

dans une assemblée générale de la nation, qui se tint en 854 , le roi Ethelwolf porta une loi, par laquelle il donnoit à l'église la dixième partie des terres de son domaine, sans imposer d'autres charges aux églises particulières , que de prier pour lui tous les mercredis. Pour rendre l'acte plus sacré, le prince l'offrit à Dieu sur l'autel de saint Pierre, dans un pélerinage qu'il fit à Rome l'année suivante; il pria aussi le

pape

de le confirmer. Il s'étoit fait accompagner à Rome par son fils Alfred, qui étoit encore fort jeune; il y rebâtit l'école fondée par les Anglais. Éntre autres marques de libéralité qu'il donna à cette ville , il ordonna d'y envoyer tous les ans trois cents mancuses (d), cent pour le pape, et deux cents pour entretenir, la veille de

(d) On ignore la valeur précise d'une mancuse ; on penso communément qu'elle valoit à peu près un marc,

Pâques , le luminaire des églises de Saint-Pierre et de Saint-Paul. Il étendit aussi à tout son royaume le ramescot, ou denier de saint Pierre. De retour en Angleterre, il fit de sages règlemens pour que les pauvres fussent assistés. Ce bon prince mourut en 857.

Saint Swithin, qui l'avoit aidé dans toutes ses pieuses entreprises, lui survécut de quelques années. Il mourut le 2 Juillet 862, sous le règne d'Ethelbert. On l'enterra, comme il l'avoit demandé, dans le cimetière public. En 964, saint Ethelwold , évêque de Winchester, leva son corps de terre, et le transporta dans l'église. On lit, dans Guillaume de Masmesbury, qu'il s'opéra en cette occasion plusieurs miracles très-éclatans (e). Il se fit, en 1093, une seconde translation des reliques du Saint dans l'église du nouveau monastère de Winchester (f). On gardoit un de ses bras

(e) L'histoire de cette translation et des miracles qui s'y opérèrent, fut écrite en 890 par Lanfrid ou Lantfred, moine de Winchester , auquel Leland donne le titre d'illustre doce teur. Cet ouvrage n'a jamais été imprimé. Il en existe deux beaux manuscrits , dont l'un se garde dans la bibliothèque cottonienne, et l'autre dans la bibliothèque du roi à l'abbaye de Westminster. Casleu et Nicholson se trompent en appelant l'ouvrage dont il s'agit, la vie de saint Swithin. Il paroit par Léland que Lantfred n'a jamais écrit de vie du Saint, et il le fait assez entendre lui-même dans l'histoire qu'il a donnée de ses miracles. Cette remarque tombe aussi sur Pits, Bale et Thomas Radburn. Ce dernier confond Lantfred avec Wolstan.

(f) Walkelyn, évêque de Winchester , et parent de Guillaume-le-Conquérant , jeta les fondemens de l'église, en 1709. Les religieux vinrent avec joie, en présence de la plus grande partie des évêques et des abbés d'Angleterre , de l'ancien monastère dans le nouveau. Ceci arriva en 1993. Le jour de la fête de saint Swithin de la même année , ils transférèrent solennellement sa chasse dans la nouvelle église. Le lendemain on travailla , par l'ordre de Walkelyn, à démolir l'ancienne abbaye.

En 1379, le célèbre Guillaume de Wickham, chancelier l'Angleterre sous Edouard III, et fondateur d'un grand

dans l'abbaye de Péterborough (8). Saint Swithin est nommé dans le martyrologe romain sous le 2 collége à Oxford , fit bâtir la nef et la façade occidentale de l'église de la cathédrale de Winchester, laquelle'subsiste encore aujourd'hui. Cette église porta d'abord le nom de Saint-Pierre; mais en 980, saint Ethelwold la dédia sous l'invocation de Saint-Swithin , en présence du roi Etheldred, de saint Dunstan et de huit autres évêques. (Voyez Radburn, Hist. maj. Witon. p. 223. ) Henri VIII ordonna, en 1540 , qu'elle prît le nom de la Sainte-Trinité.

A l'extrémité orientale de cette église est le lieu qui étoit réputé anciennement le plus sacré, et au-dessous duquel avoient été enterrés un grand nombre de saints et de rois. Il y a présentement derrière le grand autel une muraille en travers, sur laquelle on voit la place qu’occupoient de petites statues représentant les personnages enterrés en cet endroit. Les noms étoient écrits sous les piédestaux des statues, et on lit encore ceux-ci : Kinglisus Rex. S. Birinus Ep. Kingwald Rex. Egbertus R. Adulphus ( i. e. Ethelwolphus) R. Elured R. filius ejus. Edwardus R. Junior Adhelstanus R. filius ejus. ( Sancta Maria. D. Jesu au milieu. ) Edredus R. Edgarus R. Alwynus Ep. Ethelred R. Canutus R. Hardecanutus R. filius ejus , etc. On lit au-dessous, sur une espèce de bande, ces deux vers ,

Corpora sanctorum sunt hic in pace sepulta :

Ex meritis quorum fulgent miracula multa. Au-dessous de ces vers, en tirant un peu du côté de l'Orient, est un grand tableau de pierre à plat, sur lequel on voit une figure d'évêque en airain, qu'on dit être celle de saint Swithin. Voyez Clarendon et Samuël Gale , sur les Antiquités de Winchester , p. 29, 30.

(8) Voyez l'histoire de cette abbaye , qui a pour auteur Hugues Candide ou le Blanc , et qui a été publiée par M. Spark, p. 1723.

L'abbaye dont il est ici question eut pour premier fondateur le roi Edouard l’Ancien. Ce prince, en exécution du testament d'Alfred , son père , la fit bâtir sur le territoire de la cathédrale, et la destina à des chanoines séculiers ou régu. liers (car ils vivoient en communauté) qui devoient avoir pour chef saint Grimbald , si la mort ne l'eût enlevé. Soixante ans après, c'est-à-dire, en 964, les chanoines cédèrent la place aux moines qu'y établit saint Ethelwold. L'abbaye prit alors le nom de Newminster , qu'elle porta jusqu'à ce qu'elle eût été transférée par le roi Henri I, et par l'évêque Guillaume Giffard, dans un lieu appelé Hyde , et qui étoit auprès des murs de la ville. Elle a été détruite, quoiqu'elle possèdat les corps du roi Edouard, de son père Alfred, de sainte

Juillet , qui fut le jour de sa mort; mais l'Angleterre célébroit sa principale fête le 15 du même mois, jour auquel se fit la translation de ses reliques (h).

Voyez la vie du Saint , écrite par Wolstan, moine de Win. chester , et dédiée à saiat Elpbège , qui fut fait évêque de cette ville en 1001, et transféré au siège de Cantorbéry, en 2006. Elle a été publiée par Mabillon, sect. 5, Ben, p. 628. Voyez aussi l'histoire Ms. des miracles du Saint, par Lanfrid ; Guillaume de Malmesbury, l. 2, de Pontif. ; la chronique en vers de Robert de Glocester , publiée par Hearne; l'Historia Major Wintoniensis de Thomas Radburn , que Warthon a donnée, t. I, p. 200; Clarendon et Samuel Gale sur les antiquités de Winchester, et Pinius, un des continuateurs de Bollandus , sous le 2 de Juillet , p. 321.

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LE BIENHEUREUX BERNARD,

MARGRAVE DE BADE (a). La maison de Bade, qui tire son origine des anciens ducs d'Alsace, eut le bonheur, au milieu du quinzième siècle, de donner un saint à l'église dans la personne de Bernard. Jacques , margrave de Bade , son père, fut un des princes les plus accomplis de son temps. La sagesse qu'il fit constamment paroître dans sa conduite privée et publique, le soin qu'il eut de maintenir la paix dans ses terres au milieu des troubles qui agitoient ses voisins, sa libéralité envers les églises, sa charité pour les pauvres, son équité à l'égard de tous ses sujets, lui ont mérité le surnom de Salomon de l'Allemagne. Il fut, au rapport d’Æneas Sylvius Fadburge , sa fille , etc. L'église étoit dédiée sous l'invocation de la Sainte-Trinité, de Saint-Pierre et de Saint-Grimbald.

(h) Voyez le calendrier qui est à la tête de la chronique intitulée Scala mundi ; c'est un beau manuscrit in-fol. qui se garde dans la bibliothèque du collège des Anglais à Douai. Voyez aussi le bréviaire et le missel de Sarum.

(a) Cet article nous a été fourni par M. l'abbé Grandidier. Nous n'y avons fait que de légers changemens.

(depuis pape sous le nom de Pie II), renommé par-tout pour sa prudence et sa justice (1). Il ne lui manquoit, ajoute le même auteur, que la culture des lettres pour en faire le plus grand prince de son siècle. Comme il sentoit vivement ce défaut, il ne négligea rien pour l'éducation de ses enfans. Il mourut à Bade en 1453, et fut enterré dans la collégiale de cette ville qu'il venoit de fonder. Il avoit épousé, en 1426, Catherine, fille de Charles I, duc de Lorraine , laquelle ne mourut qu'en 1491. Il en eut cinq fils et une fille. Charles et Bernard, les deux ainés, lui succédèrent dans le margraviat , et en partagèrent les domaines entre eux. La maison aujourd'hui régnante de Bade descend de Charles. Bernard est celui dont nous donnons la vie. Jean, Georges et Marc embrasserent l'état ecclésiastique. Jean devint archevêque de Trèves en 1456, et mourut le de Février 1503. George, nommé coadjuteur de Metz en 1457, en devint évêque trois ans après. Marc, chanoine des cathédrales de Cologne et de Strasbourg, mourut en 1478. Marguerite, leur saur épousa en 1445 Albert, marquis de Brandebourg,

Le bienheureux Bernard, doué des plus belles qualités du corps et de l'esprit, reçut une éducation conforme à son rang, et aux vues, que son illustre famille avoit sur lui. On ignore l'année de sa naissance; mais il est certain qu'on doit la mettre avant l'an 1438, puisqu'on voit par le testament de son père, que dès-lors il étoit majeur. Bernard avoit été fiancé, du vivant de son père, à Magdeleine , fille de Charles VII, roi de France : mais son amour pour la retraite et la chasteté lui fit refuser cette alliance honorable ; il céda même à Charles, son frère, en 1455, la

(1) Oper. p. 438 et 493.

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