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» toujours chrétien ? Oui, je le suis , répondit » Spérat , et pour que personne ne l'ignore , je le » répète, je suis chrétien. ». Tous ceux qu'on avoit arrêtés avec lui s'étant écriés qu'ils professoient la même religion , le proconsul dit. « Vous » ne voulez donc ni grâce, ni temps pour

déli» bérer sur le parti que vous avez à prendre ? » SPÉRAT. Faites ce qu'il vous plaira ; nous mour►rons avec joie pour l'amour de Jésus-Christ. Le » Proconsul. Quels sont les livres que vous lisez, » et pour lesquels vous avez tant de respect ? » Spérat. Les quatre évangiles de Notre-Seigneur » Jésus-Christ, les épitres de l'apôtre saint Paul, » et toute l'écriture inspirée de Dieu (a). LE » Proconsul. Je vous donne trois jours pour ren» trer en vous-mêmes. SPÉRAT. Ce délai est inutile;

jamais nous ne renoncerons à la foi de Notre-Sei> gneur Jésus-Christ; ainsi ordonnez ce qu'il vous plaira. « Le proconsul les voyant inébranlables, prononça la sentence suivante : « Spérat , Narzal,

Cittin, Veturius , Félix, Acyllin, Lætance, Ja>>nuaria, Générose, Vestine, Donate et Seconde, » s'étant avoués chrétiens, et ayant refusé de ren» dre l'honneur et le respect dus à l'empereur, >> nous les condamnons à être décapités. » Aussitôt après la lecture de cette sentence, Spérat et ses compagnons dirent : « Grâces soient rendues » à Dieu , qui veut bien nous recevoir au nombre o des martyrs pour

la confession de son nom ! » Lorsqu'ils furent arrivés au lieu du supplice, ils se mirent à genoux pour renouveler leurs actions de grâces. On leur trarcha la tête pendant qu'ils

(a) Qui sunt libri quos adoratis legentes? Speratus respondit : Quatuor evangelia Domini Jesu Christi, et epistolas sancti Pauli apostoli, et omnem divinitis inspiratam scripturam. Acta ap. Ruinart, et ep. 78, et Baron. ad an. 202.

continuoient d'offrir leur sacrifice à Jésus-Christ.

Les fidèles qui transcrivirent leurs actes sur les registres du greffe, les terminent ainsi : « Les >> martyrs de Jésus-Christ consommèrent leur sa» crifice au mois de Juillet, et ils intercèdent pour ► nous auprès de Notre-Seigneur Jésus-Christ , » auquel soit honneur et gloire, avec le Père et » le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles (6).

Il n'y avoit pas longtemps que nos saints martyrs avoient souffert, lorsque Tertullien (c) adressa son apologie de la religion chrétienne aux gouverneurs des provinces de l'empire. Cet auteur rapporte (1) que Saturnin , qui le premier avoit tiré le glaive en Afrique contre les disciples de Jésus-Christ, en fut puni par la perte de la vue peu de temps après (d).

Adon rapporte , dans son martyrologe , que les reliques de saint Spérat furent transférées d'Afrique à Lyon sous le règne de Charlemagne.

Voyez les actes des martyrs scillitains, copiés sur les registres publics par trois différens chrétiens, qui y ont ajouté de

(6) Consummati sunt Christi martyres mense Julio, et intercedunt pro nobis ad Dominum nostrum Jesum-Christum, cui honor et gloria cum Patre et Spiritu Sancto in secula seculorum. Acta ap. Baron. ad an. 202.

(©) Voyez après la vie des saints martyrs, la notice de la vie et des écrits de Tertullien. (1) L. ad Scapul. c. 3.

La persécution allumée par Sévère dura dix ans. Bassianus, surnommé Antonius Caracalla, fils aîné de ce prince , voulut lui ôter la vie dans la Bretagne où il faisoit la guerre. Un jour qu'il le suivoit à cheval, tandis que l'armée étoit en marche, il tira son épée pour l’en percer; mais on l'empêcha d'exécuter son horrible dessein. Sévère se contenta de faire quelques reproches à son fils, dont la trahison le jeta dans une noire mélancolie pour le reste de ses jours. Il en mourut à Yorck, le 4 Février 211, dans la soixante - cinquième année de son âge, et la dix-huitième de son règne. Ses fils Caracalla et Géta lui succédèrent; mais le premier fit poignarder le second entre les bras de sa propre mère, qui fut

teinte de son sang.

courtes notes. Ils ont été publiés par Baronius , sous l'an 202 ; par Ruinart, p. 75; par Mabillon, t. Ill, Analect. p. 399; par les Bollandistes, t. IV, Julii, p. 204 ; Tillemont, t. III, et Ceillier , t. II, p. 211, en ont donné l'abrégé.

Notice de la vie et des écrits de Tertullien.

Tertullien (Quintus Florens Tertullianus) naquit à Carthage vers l'an 160. Il étoit fils d'un centurion de troupes proconsulaires d'Afrique. Il avoue lui-mêine qu'avant sa conversion au christianisme, il le combattoit par des railleries piquantes, Apol. c. 18; qu'il s'étoit rendu coupable d'adulteres, de Resur. c. 59; qu'il avoit pris un plaisir singulier aux barbares combats de l'amphithéâtre, de Spectac. c. 19; qu'il avoit été vicieux au delà de toutes bornes, Ego præstantiam in delictis meam agnosco , de Pænit. c. 4 ; qu'en un mot, il avoit été un grand pécheur sous toutes sortes de rapports, Peccator omnium notarum cum sim , ibid. c. 12.

Néanmoins, comme il avoit un esprit d'une trempe excellente, et formé pour les sciences, il s'y appliqua dès sa jeunesse, et il fit de grands progrès dans la poésie , la philosophie, la géométrie, la physique et la rhétorique. Il s'instruisit à fond des principes de chaque secte de philosophes ; il approfondit les mystères de la théologie païenne, et sut démêler dans les fables qui l'enveloppent ce qu'il y avoit de réel et d'historique. Enfin son génie, naturellement vaste, lui fit parcourir, avec un succès prodigieux, le cercle de toutes les sciences profanes. Nous apprenons d'Eusébe qu'il étoit surtout très-versé dans la connoissance des lois romaines.

A tous ces avantages, Tertullien joignoit une pénétration et une vivacité d'esprit singulières, avec un feu de caractère peu commun, qui le rendoit extrêmement chaud et impatient, comme il s'en plaignoit lui-même; l. de Patient. init. 'Jamais il ne put se défaire de cette passion ; quant aux autres ,

il s'en corrigea après sa conversion au christianisme.

Il paroit que les motifs qui le déterminèrent à embrasser l'évangile, furent les mêmes que ceux qu'il fait si bien valoir dans ses ouvrages, comme l'antiquité des livres de Moyse, les miracles et la sagesse de ce saint législateur, la continuité et l'accomplissement des prophéties , qui toutes conduisent à Jésus-Christ, la certitude des miracles du Sauveur et des apôtres, l'excellence de la loi évangélique qui influe si merveilleusement sur les mæurs, le pouvoir que les premiers Chrétiens avoient sur les démons, et le témoignage des démops eux-mêmes que les idolâtres adoroient comme des dieux, qui devenoient malgré eux les prédicateurs de Jésus-Christ, et qui se faisoient connoître pour ce qu'ils étoient en présence de leurs propres adorateurs ( Tertul. Apol. c, 19, 20,

23, etc. ); enfin la patience et la fermeté inébranlable des martyrs ( idem ad Scap. c. ult.)

Tertullien, ayant un gépie propre à réussir dans la controverse, entreprit la défense du christianisme , qui d'un côté étoit attaqué par les païens et les Juifs, et de l'autre étoit défiguré par les hérétiques. Il prit la plume contre les différens ennemis de notre religion. Ce fut aux païens qu'il porta les premiers coups.

La persécution qui affligeoit l'église lui inspira le dessein d'écrire son Apologétique. C'est non - seulement son chefd'ouvre, mais encore le plus parfait et le plus précieux de tous les ouvrages de l'antiquité chrétienne. Tertullien n'adressa point son apologétique au sénat de Rome, comme Baronius et plusieurs autres écrivains l'ont avancé, mais au proconsul et aux autres magistrats d'Afrique, peut-être même à tous les gouverneurs des provinces et à tous les magistrats de l'empire, parmi lesquels les sénateurs de Rome pouvoient être compris. Le titre de présidens, qu'il donne à ceux auxquels il s'adresse, ne convenoit qu'aux gouverneurs des provinces. Quant au proconsul, il le nomme expressément, c. 45. 11 parle de Rome comme d'une ville éloignée, c. 9, 21, 24, 35, 45. Il dit que les idolatres pratiquoient dans sa patrie à Carthage) les cérémonies barbares de religion usitées chez les Scythes , c. 9. Ces mots, in ipso fere vertice civitatis præsia dentes, paroissent devoir s'entendre du Byrsa de Carthage ; on ne peut certainement les entendre de Rome, que Tertullien désigne toujours par le mot Urbs , et non par celui de Civitas.

Il commence son ouvrage par justifier les Chrétiens des accusations d'inceste et de meurtre dont on les chargeoit calomnieusement, et montre qu'il est de la dernière injustice de les punir uniquement pour leur nom. Il fait sentir la contradiction qui se trouve dans l'ordre de Trajan, qui vouloit qu'on punît les Chrétiens qui étoient désérés, et qui , en même temps défendoit de les rechercher. Tous les empereurs, dit-il, ne nous ont pas persécutés. Tibère nous fut favorable, ainsi que Marc-Aurèle lorsqu'il eut miraculeusement remporté la victoire par les prières des Chrétiens. Vient ensuite la réfutation de l'idolâtrie. Si l'on a fait un dieu de Bacchus pour avoir planté la vigne, pourquoi n'en pas faire un de Lucullus, qui le premier a apporté les cerisiers du Poot dans la ville de Rome? Pourquoi a-t-on plutôt accordé les honneurs divins à Jupiter, à Vénus, etc. qu'à un Aristide, à un Socrate , à un Démosthène, et à tant d'autres grands hommes ? Tertullien, après avoir expliqué les principaux articles de notre foi, et parlé de l'origine et du culte des démons, ose faire aux païens le défi le plus hardi; en quoi il a été imité par saint Cyprien, ep. ad Demetriam ; par Lactance, de Inst. 1.5, c. 21, et par d'autres Pères. « Que l'on amène, dit-il, , un démoniaque, et qu’un chrétien ordonne au malin esprit

» qui le possède de déclarer qui il est; il avouera qu'il est

un démon, lui qui auparavant vouloit se faire passer fausv sement pour un dieu. Que l'on amène encore quelqu'un de • ceux que l'on croit inspirés par quelque dieu, comme Es

culape, etc..... Si les prétendues divinités qui agitent ces , malheureux ne confessent pas qu'ils sont des démons, r'o» sant mentir à un chrétien, répandez sur-le-champ le sang

de ce chrétien téméraire. » Il représente avec force la soumission des Chrétiens aux empereurs, l'amour qu'ils portoient à leurs ennemis, la charité qui les unissoit ensemble, l'horreur dont ils étoient pépétrés pour le vice, la constance avec laquelle ils souffroient les tourmens et la mort pour la cause de la vertu. Les idolâtres les appeloient par dérision, Sarmentitiens ou Sémaxiens, parce qu'on les attachoit à des troncs, d'arbres, et qu'on les lioit à des fagots pour les jeter au feu ; mais Tertullien leur répond de la manière suivante : « L'état

auquel on nous réduit pour nous brûler , fait notre plus bel > ornement; ce sont là nos robes triomphales , brodées de v branches de palmier en signe de la victoire..... Etant mon. » fés sur le bûcher, nous nous regardons comme sur notre » char de triomphe.... Qui a jamais examiné notre religion, sans l'emb

sser? Et qui l'a jamais embrassée , sans se sentir prêt à souffrir pour elle ?.... Nous vous rendons grâces quand vous nous condamnez : c'est qu'il y a une distance infinie entre le jugement de Dieu et celui des hommes ; de sorte

que quand vous nous condamnez sur la terre, Dieu nous » absout dans le Ciel. »

2.° Tertullien écrivit vers le même temps ses deux livres contre les Gentils. Il réfute dans le premier les calomnies dont les idolâtres chargeoient les Chrétiens, et attaque dans le second le culte des fausses divinités du paganisme.

3.° Le livre contre les Juifs fut écrit à l'occasion d'une dispute qu’un Chrétien avoit eue avec un Juif prosélite. Tertullien se propose d'y montrer le triomphe remporté par la foi sur un peuple aveugle et endurci, qui paroissoit sourd à tous, les raisonnemens qu'on lui apportoit. C'est un ouvrage solide, et qui doit servir de modele à ceux qui écrivent sur des controverses théologiques. Il n'y manque qu’un peu de clarté dans le style , pour qu'on le regarde comme un chefd'euvre.

4.• Hermogène, philosophe stoïcien, qui avoit embrassé le christianisme, répandit en Afrique une nouvelle hérésie, qui consistoit à soutenir que la matière étoit éternelle. Tertullien prouve dans son livre contre Hermogène, que Dieu a créé la matière avec le monde, et fait sentir toute l'absurdité des sophismes de l'hérésiarque.

5.° Dans son livre contre les Valentiniens, il s'attache plus à ridiculiser qu'à réfuter sérieusement les opinions extravagantes de ces hérétiques.

6.° Le traité des Prescriptions contre les Hérėtiques , est trop

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