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important pour que nous ne le fassions pas connoître avec une certaine étendue. Il est certain que Tertullien le composa avant sa chute. En effet, il s'y glorifie d'être uni de communion avec toutes les églises apostoliques, sur-tout avec celle de Rome, et il y établit des principes généraux propres à réfuter toutes les hérésies qui peuvent s'élever.

Son dessein dans cet ouvrage est de montrer que les hérétiques ne peuvent sans injustice en appeler à l'écriture, puisqu'ils n'y ont aucun droit. Les apôtres ont donné les écritures en dépôt à leurs successeurs, et leur ont en même temps confié le soin de les interpréter. Tertullien établit d'abord que les hérésies causent la perte et la ruine de la foi; qu'on ne doit pas cependant s'étonner ni se scandaliser d'en voir naître; qu'elles n'ont rien de plus surprenant que ces fièvres qui consument le corps humain; qu'après tout, elles ont été prédites par Jésus-Christ, et qu'elles sont une conséquence nécessaire de l'empire que les hommes laissent prendre à leurs passions criminelles; et comme s'il eût voulu prévenir ou empêcher le scandale que sa chute donna depuis, il s'exprime de la sorte : « Mais quoi ! si un évêque, un diacre, une

veuve, une vierge, un prédicateur , ou même un martyr : » alloient abandonner la foi ?.... Vous jugez donc de la foi » par les personnes, et non pas des personnes par la foi ? On » ne peut réputer sage un bomme qui ne s'attache point à la

foi, c. 3.... Nous n'avons plus besoin de recherches lorsque

nous avons trouvé Jésus-Christ , et que nous avons été ins» truits de l'évangile. Si nous croyons, nous ne désirons rien » autre chose que d'être fidèles, c. 7.

Quelques hérétiques alléguant pour raison qu'il est écrit , cherchez , et vous trouverez , Tertullien fait voir que ces paroles ne regardent que les Juifs qui n'avoient point encore trouvé Jésus-Christ, et qu'elles ne peuvent signifier que nous devons toujours faire de nouvelles recherches : mais supposé que nous dussions chercher de nouveau, ce ne devroit pas étre chez les hérétiques, qui sont éloignés de la vérité, qui n'ont point le pouvoir d'enseigner, qui n'ont de penchant que pour détruire, et dont les lumières mêmes ne sont que ténèbres. Jésus-Christ nous a laissé une règle de foi supérieure à toutes les chicanes, et contre laquelle les hérétiques seuls peuvent disputer. Les recherches trop curieuses en matière de foi, sont une source d'hérésies. Tertullien termine cet article, en disant qu'il ne faut point disputer avec les hérétiques sur les écritures, auxquelles ils n'ont point de droit; que dans de pareilles disputes, la victoire est souvent incertaine ; qu'on en doit revenir à ce que les apôtres ont enseigoé; que la tradition venue des apôtres prouve démonstrativement la vérité, et anéantit tous les sophismes et tous les subterfuges de l'erreur ; que la communion avec les églises apostoliques, qui vivent dans l’upité d'une même foi, met

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la vérité hors de toute atteinte de la part des hérétiques, quelques objections qu'ils puissent faire, C.-21, 22.

Marcion, Appelle, Valentin et Hermogène ont une origine trop moderne. Leur séparation d'avec l'église, dont on sait l'époque, prouve que cette église étoit avant eux. Il faut donc qu'ils prétendent que Jésus-Christ est de nouveau descendu du Ciel, qu'il a de nouveau enseigné sur la terre, et qu'il les a établis ses apôtres. Si quelques-uns de ces hérétiques s'ato tribuent une antiquité apostolique, qu'ils montrent l'origine • de leurs églises, l'ordre et la succession de leurs évêques, » en remontant jusqu'à un apôtre, etc.; qu'ils prouvent aussi » leur mission par des miracles, comme l'ont fait les apôtres ► de Jésus-Christ, c. 35..... L'église pourroit leur adresser » ces paroles : Qui êtes-vous ? D'où, de quand êtes - vous n venus ? Que faites-vous dans mes pâturages, vous qui n'êtes

point des miens? De quel droit, Marcion, entrez-vous » dans ma clôture ? Pourquoi, Appelle, osez-vous écarter mes » bornes ? Ce champ m'appartient de droit ; d'où vient que » vous vous plaisez à y semer et à vous y nourrir ? Il est en

ma possession ; j'en ai été maîtresse dans les temps passés ;

je l'ai eu la première dans mes mains : mon titre est incon» testable, il dérive de ceux à qui le champ étoit , et aux

quels il appartenoit en propre. Je suis l'héritière des apôs tres ; je possède leur bien, comme ils en ont disposé par » leur testament; je le conserve dans l'état qu'ils me l'ont » confié, et de la manière qu'ils m'ont ordonné de le garder,

C. 37.

Tertullien montre, c. 40, que dans les superstitions du paganisme , le démon imite plusieurs cérémonies de la religion des Juifs et des Chrétiens, et qu'à son exemple , les hérétiques ont voulu se faire passer pour la véritable église. Il en appelle à leur conduite , où l'on ne découvre que vanité, amour des choses de la terre, inconstance, mépris de la discipline et des vérités de la foi qu'ils professent, c. 41, 43. « Je suis , dit-il, bien trompé, s'ils se gouvernent par des

règles, même de leur façon. Chacun d'eux adapte à ses ima

ginations la doctrine qu'il a reçue. Ils croient être en droit » de faire ce qu'a fait celui qu'ils reconnoissent pour père. » Toute hérésie a été formée d'abord sur les idées de celui

qui le premier l'a introduite; mais la liberté que Marcion et Valentin se sont arrogée, leurs sectateurs l'ont prise égale

ment. Si l'on examine les différentes hérésies, on verra » qu'en plusieurs choses elles s'éloignent des sentimens de » leurs docteurs. La plupart des hérétiques n'ont point d'é

glises ; ils sont errans et vagabonds, sans mère, sans demeure fixe, saus foi, c. 42. »

7.° Le livre de la Penitence est un des plus achevés de tous les écrits de Tertullien. Il traite dans la première partie du repentir des péchés commis avant le baptême, et dans la seconde du repentir des péchés dont on s'est rendu coupable

après la régénération. Il y enseigne que l'église a le pouvoir de remettre, même la fornication; ce qu'il nia quand il fut devenu Montaniste. Il insiste beaucoup sur les exercices laborieux de la pénitence après le baptême.

8.° Le livre de la Prière contient deux parties. L'oraison dominicale est expliquée dans la première ; il traite, dans la seconde, de plusieurs cérémonies qui s'observoient, de son temps, dans la prière.

9.- L'Exhortation à la patience. Les motifs qui portent à cette vertu y sont développés avec beaucoup d'éloquence.

10.° L'Exhortation au martyre. On ne peut rien lire de plus touchant que cet ouvrage.

11.° Le livre du Baptême. Tertullien en prouve la nécessité dans la première partie, et traite dans la seconde de plusieurs points de discipline relatifs à ce sacrement.

12.° Les deux livres que Tertullien adressa à sa femme, paroissent, selon Ceillier, t. 11, p. 375 et 391, avoir été écrits avant qu'il fût prêtre. Il l'exborte, dans le premier, à ne se point remarier si elle lui survivoit, et y parle de plusieurs Chrétiens qui vivoient dans une continence perpétuelle. Il reconnoît dans le second qu'il est permis de se remarier ; mais il dit qu'une femme qui s'y détermine ne peut épouser un infidèle. Il allégue pour raison l'impossibilité où elle seroit de se lever dans la nuit pour prier, de faire des aumônes, de visiter les martyrs, etc. « Pourrez-vous, ajoute-t-il, vous » cacher de votre mari, quand vous ferez le signe de la croix « sur votre lit ou sur votre corps ?..... Ne saura-t-il pas ce » que vous recevrez en secret (l'eucharistie) avant de prendre

aucune nourriture ? l. 2, c. 5. » Cet ouvrage est terminé par une belle description du mariage chrétien. « L'église v approuve le contrat, l’oblation le ratifie, la bénédiction y » met le sceau, les anges le portent au Père céleste qui le » confirme. Deux personnes portent le même joug; elles ne

sont qu'une chair et qu'une ame; elles s'exhortent mutuellement à la vertu ; elles prient, jeûnent, vont

asemble à > l'église et à la table du Seigneur; elles ne se cachent rien o l'une à l'autre; elles visitent les malades, ramassent des

aumônes sans contrainte, assistent à l'office divin sans inter

ruption, chantent ensemble des psaumes et des hymnes, o et s'entr'excitent à louer Dieu, u 13.° Le livre des Spectacles. Tertullien y. montre

que

les spectacles sont une occasion d'idolâtrie, d'impureté et de plusieurs autres vices. Il parle d'une femme qui, ayant été au théâtre, en revint possédée du démon. L'exorciste demandant à l'esprit de ténèbres comment il avoit osé attaquer une femme chrétienne, c'est , répondit celui-ci, que je l'ai trouvée dans ma maison.

14.° Le livre de l'idolâtrie. On y trouve la décision de plusieurs cas de conscience concernant le culte des fausses divinités des païens. Il y est dit qu'on ne peut faire d'ido

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les, etc. mais qu'un domestique chrétien peut suivre son maître à un temple, qu’un ami peut assister au mariage d'un idolâtre, etc.

15.. Les deux livres des ornemens ou habillemens des femmes, La modestie dans les ajustemens y est beaucoup recommandée, et l'usage de se peindre le visage sévèrement proscrit.

16.° Le livre de la nicessité de voiler les vierges. Tertullien y prouve que les jeunes personnes du sexe doivent se couvrir le visage à l'église; ce qui étoit contraire à ce qui se pratiquoit à Carthage, où il n'y avoit que les personnes mariées qui fus-, sent voilées.

17.° Le livre du témoignage de l'ame. Le but de l'auteur est de montrer qu'il n'y a qu'un Dieu , par le témoignage naturel de l'ame de chaque homme.

18.° Le livre intitulé Scorpiace. Il fut écrit pour prémunir les fidèles contre le venin des scorpions ou gnostiques , et sur-tout contre les Caïnites, qui étoient une branche de cette secte. La nécessité du martyre y est prouvée contre ces hérétiques.

19.° L'Exhortation à la chastetė. Tertullien y détourne une certaine veuve de passer à de secondes noces, qu'il avoue pourtant être permises, quoique avec une sorte de peine. La dureté des expressions qu'il emploie montre qu'il penchoit déjà vers le montanisme.

Nous n'indiquerons les ouvrages qu'il écrivit après sa chute, que quand nous aurons parlé de sa chute même. lleut le malheur de tomber , après avoir servi l'église en qualité de prêtre jusque vers le milieu de sa vie, c'est-à-dire , jusqu'à l'âge de quarante ans, et même plus.

Muntan, eunuqne de Phrygie, se donna pour prophète. Il étoit singulièrement agité par un malin esprit , prétendant avoir des ravissemens durant lesquels il perdoit l'usage des sens et celui de la raison, comme il est aisé de s'en apercevoir aux extravagances qu'il débitoit alors. Deux femmes riches et de qualité, mais d'une vie fort déréglée, de joignirent à lui : l'une se nommoit Prisca ou Priscille, et l'autre Maximille ; elles prétendoient aussi avoir des ravissemens, par-là elles vinrent à bout de tromper plusieurs personnes.

Vers l'an 171, Montan avança qu'il avoit reçu le SaintEsprit pour mettre la dernière perfection à la loi de l'évangile. Ses partisans le crurent sur sa parole, et lui donnèrent le nom de Paraclet, Affectant une doctrine extrêmcment sévère, à laquelle sa vie ne répondoit nullement, il condamna les secondes noces , et la fuite durant la persécution, et prescrivit à ses disciples des jeûnes extraordinaires.

Les Montanistes disoient donc qu'outre le jeûne du carême observé par les catholiques, il y en avoit d'autres imposés par le divin Esprit. Ils faisoient tous les ans trois carêmes , chacun de deux semaines, et ne mangeoient alors que des choses

Tome VI.

et

M *

sèches, attribuant cette pratique au Saint-Esprit, en consequence des nouvelles révélations de Montan, qu'ils préféroient aux écrits des apôtres, et soutenant qu'elle devoit s'observer à perpétuité. (Voyez Tertullien, de jejun. c. 15, et saint Jérôme, ep. 54 ad Marcellam, et in Aggæ , c. 1.) Voilà pourquoi ces hérétiques, même du temps de Sozomène, ne jellnoient

que deux semaines avant Pâques, quoique les catholiques jeûnassent quarante jours avant cette fête. Ces grands jeûneurs , dit Hooper dans son traité du carême, p. 65, ne s'en servient pas tenus là, s'ils n'avoient été arrêtés par la prétendue institution de l'esprit, qu'ils gardoient ponctuellement, et cette circonstance rendoit leurs jeûnes superstitieux. Pépuze, ville de Phrygie, étoit leur métropole, et ils l'appeloient Jérusalem..

Les évêques d'Asie, ayant examiné les erreurs et les prophéties de Montan, les condamnèrent. On dit que Montan et Maximille , étant devenus fous, se pendirent. (Voyez Eusébe.)

Tertullien, naturellement austère, adopta la rigidité des Montanistes. Il étoit de caractère à ne tenir en rien un juste milieu ; il falloit qu'il fût extrême. Il tụmba d'abord par orgueil. Il conserva, selon saint Jérôme, un vif ressentiment de quelques injures qu'il s'imagina avoir reçues du clergé de Rome. Aveuglé par sa passion, il se sépara de l'église, sans penser anx maximes qu'il avoit si bien établies pour réfuter toutes les hérésies; mais sa chute n'ote rien au mérite de ses écrits, sur-tout de ceux où règne la justesse et la solidité du jugement, et qu'il avoit précédemment composés pour la défense de la vérité Il faut raisonner de lui comme d'un habile homme dont l'esprit s'égareroit; le malheur arrivé à celui-ci ne rendroit pas inutile ce qu'il auroit fait auparavant pour l'avancement des sciences.

Tertullien est le plus ancien des auteurs ecclésiastiques qui aient écrit en latin. Saint Vincent de Lérins, qui est bien éloigné d'approuver ses écarts, dit en parlant de lui : « Il » a été parmi les Latins, ce qu'a été Origène parmi les

Grecs, c'est-à-dire, le premier homme de son siècle...., Chaque mot paroît une sentence, et presque chaque sen

tence une nouvelle victoire. Néanmoins, avec tous ces » avantages, il n'a point persévéré dans l'ancienne foi de

l'église universelle. Ses erreurs, comme l'observe le bien» heureux Hilaire, font que ses écrits n'ont pas l'autorité > qu'ils auroient eue sans cela..... o Saint Jérôme , auquel on avoit objecté l'autorité de Tertullien , répondit dans son livre contré Helvidius, qu'il n'étoit pas de l'église , ecclesiæ homi nem non esse. Il parle cependant quelquefois avantageusement de son savoir.

Lactance dit que le style de Tertullien est dur, åpre, inégal, obscur , mais il admire dans ses écrits un sens profond. Saint Cyprien trouvoit des trésors cachés au milieu des épines dont son langage est hérissé ; il ne passoit aucun jour sans

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