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VINGT ET UN MOIS

DB

L'HISTOIRE D'ANGLETERRE

Histoire du protectoral de Richard Cromwell et du rétablissement des Stuarts,

par M. Guizot, 2 vol. in-8°, Paris, Didier, 1856.

Entre la mort de Cromwell et l'avénement de Charles II, il s'écoula vingt et un mois. Période singulière, où tous les éléments qui avaient déterminé la guerre civile de 1642, se retrouvaient, mais transformés dans des proportions diverses, les uns amoindris, les autres forts d'une puissance' reconquise. Le temps avait désabusé les esprits, changé les cæurs; et l'on vit le pouvoir royal invoqué, restauré, non-seulement par ceux qui l'avaient toujours défendu, mais encore par les partis qui, durant vingt années, l'avaient violemment attaqué et proscrit.

Si nous lisons clairement dans les diverses phases de la révolution d'Angleterre, si nous en pénétrons les causes et les vicissitudes, nous le devons à M. Guizot. Il y a plus de trente ans que ses regards se portèrent sur ce grand sujet. Après avoir rassemblé d'immenses matériaux, dont il mit les plus intéressants sous les yeux du publicè il commença d’écrire l'histoire d'Angleterre depuis Charles Jer jusqu'à Guillaume III. C'était embrasser toutes les périodes de cette révolution qui devait, à travers bien des luttes et des

· Collection de Mémoires relatifs à l'histoire d'Angleterre.

orages, conduire l'Angleterre à une stabilité que, depuis la fin du XVIIe siècle, elle a su conserver. Les deux premiers volumes parurent en 1827, avec un succès qui augmenta beaucoup la renommée, déjà si éclatante, de M. Guizot. Tout ce qui émut si vivement l'Angleterre il y a deux siècles, les partis entre lesquels elle se divisa, la noble figure de Charles Jer, le courage et la fatale destinée de Stratford, la patriotique résistance de Hampden, la sombre physionomie des puritains, l'ambition, longtemps indécise, de Cromwell, apparurent avec une vérité qui répandit la lumière sur des faits jusqu'alors imparfaitement compris.

Entre ces deux premiers volumes et les troisième et quatrième, où se trouve exposée l'Histoire de la République d'Angleterre et de Cromwell, il y a un intervalle de vingt-cinq ans. Ces années appartiennent à la vie politique de l'homme illustre, dont nous n'avons à apprécier ici que le génie historique. Cromwell, cette puissante et double nature, sincère au fond, mais dissimulée dans ses actes, hypocrite dans son langage, le gouverneinent du protecteur, qui aspirait à toute l'autorité de la monarchie et ne pouvait y atteindre, les derniers jours si amers de cet homme, qui meurt dans le désespoir de n'avoir rien fondé, ont été mis en relief avec une admirable vigueur. C'est une véritable tragédie. Nous dirions volontiers qu'aujourd'hui nous avons la comédie avec l'Histoire du protectorat de Richard Cromwell.

Avant de nous engager dans l'examen de cette histoire, il faut nous occuper de la manière et de la méthode de l'écrivain. Quand nous les aurons caractérisées, nous apprécierons mieux son euvre. Comme les grands poètes, les grands historiens ont un art qui participe à la fois des principes généraux de la nature des choses et de l'originalité de leur esprit.

L'histoire est le reflet de la vie ; elle doit tout savoir, tout embrasser, et en même temps elle ne peut, elle ne doit nous livrer que la substance des choses. Chaque jour elle devient plus difficile en raison de la complication infinie des affaires et des intérêts. Aussi, quand l'esprit de ceux qui entreprennent de l'écrire n'est pas assez puissant pour en observer les véritables lois, elle dégénère sous leur plume. Que de gens s'imaginent, parce qu'ils auront rassemblé des faits nombreux sur les finances, sur le commerce, sur l'administration d'un Etat, sur son industrie, qu'ils ont écrit l'histoire ! Ils se trompent; ils ont rédigé des rapports, dressé des statistiques, mais ils ne se sont pas élevés au rang d'historiens.

Tout rapporter, faire tout entrer dans d'interminables récits, n'est pas l'affaire de l'histoire. Elle n'est pas une chronique; pas davantage elle n'est une dissertation ni un plaidoyer. Si elle enseigne,

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