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Je puis lui présenter ma main & ma fortune,
Dans un jour , où Cléon enrichit tout les miens. -
Mon âge & mon esprit sont assortis aux fiens ;
Il a près de trente ans, je n'en ai pas quarante ;
La Veuve qu'on propose en doit avoir cinquante ;
Elle est riche , dit-on, mais je le suis assez
Pour un cæur qui n'a pas les veux intéreslés.
Je suis sûre d'ailleurs, qu'il m'estime d'avance ;
Et j'ose me flatrer d'avoir la préference.
Voilà mon parti pris ; mais la difficulté ...
Elt d'en faire l'aveu sans blesser ma fierté,
Je le vois qui paroît, & je sens à sa vûë
Une timidité qui m'étoit inconnuë.

SCENE V I.
LA MARQUISE , MONTVAL,

MONT VAL.
Je m'arrache à la fin , à l'importunité.

LA MARQUIS E.
Je yous fais compliment , & votre vanité
Doit se trouver , Monsieur , extrêmement con-

tente. La Comtesse vous offre une riche Parente.

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MONTVAL.... L'honneur qu'elle me fait est peu flatteur poux À moi.

LA MARQUISE. Yous déguisez, Monsieur,

MONTVAL,

Je parle en bonne foie

LA MARQUISE. Vous partez cependant pour suivre la Comtesse.

MONTVAL. Moi, m'éloigner de vous ! moi, quitter votre Nica ce!

LA MARQUISE, On vient de m'assurer que vous l'accompagniez.

MONT VAL. '.
Je ne pars pas , à moins que vous ne me chassiez,
Ou pourrois-je être mieux qu'auprès de vous ,

Madame ?
Je vous fuis attaché jusques au fond de l'ame.
Je voudrois me lier encore de plus près.
Je voudrois en ces lieux me fixer pour jamais;
Passer tous mes inftans en votre compagnie ,
Et conserver vos jours aux dépens de ma vie.

LA MARQUIS E.
Quoi ? notre Médecin veut s'allier à nous

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MONTVAL Oui, ma fanté foupire après un næud si doux. Le Médecin se meurt, si son mal ne vous touche, Et son bonheur dépend d'un mot de votre bou

che. . Voyez à vos genoux tomber la Faculté.

LA MARQUISE. Arrêtez , cet état blefse sa gravité.

MONTVAL, Je ne puis prendre un air trop soumis & trop

tendre, J'ai besoin d'indulgence , & je vais vous surpren

dre. Apprenez mon amour , & mes vrais sentimens.

LA MAR QUISE. Epargnez-vous ce soin , Monsieur , je les entens 2 Je vous dirai bien plus, Je n'y suis pas contraire; Mais la décence veut, que j'en parle à mon frere, Adieu , vous n'aurez pas à languir bien du tems, Nous allons de concert rendre vos væux contens.

Elle fort.

SCENE VII.

MONTVAL Jeut. Q Uel discours enchanteur ! faut-il que je ic

croye ? Je demeure interdit de plaisir & de joye! Lucile, vos parens vont combler mon bonheur, Et de tous vos appas , je serai possesseur ; Mon cæur rend pour le coup grace à la Méde

cine, Je vous dois à son art , je la tiens pour divine.

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on ari

ne.

SCENE VIII.
MONTVAL, CHAMPAGNE.

CHAMPAGNE.
Je n'en puis plus , Monsieur , je rentre épou.

vanté. Notre vie en ce lieu n'est pas en sureté.

MONTVAL. Pourquoi :

CHAMPAGN E.

Fuyons, Monsieur,

MONT VAL.

Quelle est certe folie ?

CHAMPAGN E.
On vous soupçonne ici de guérir par magie.

MONT VAL.
Quel conte!

CHAMPAGNE.

C'est un fait que j'ai trop entendu,
Ce bruit dans tout le Bourg vient d'être répandu.
Voilà le fort qui suit la grande réussite ,
On admire d'abord, on se déchaîne ensuite,

MONTV AL.
O! le plaisant péril pour en être effrayé !

CH A M P AGN E.
Je craindrois moins pour vous, mais j'en suis de

moitié. Comme à vingt pas d'ici je fiflois dans la rue , Un manant dir tout bas fixant sur moi la vue; Il appelle le diable , il faudroit le noyer :

Ou plûcôt le rotir , dit l'autre, il est Sorcier. . Je m'éloigne à ces mots, leur troupe m’accom

pagne, Ils alloient me saisir , c'étoit fait de Champagne , Si la Comtesse alors qui paroît à propos, N'eut avec tous ses gens , écarté ces marauts, J'ai loué mille fois son heureuse rencontre,

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