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tait avec son narrateur dans toutes les régions qu'il avait visitées, depuis les camps des Bedouins jusque dans les palais somptueux des princes des mamelouks, · qui régnaient alors en despotes sur les rives fertiles du Nil. Nicole, estimé par Ali plus que ne l'est ordinairement un chrétien, et surtout un homme dont il redoutait le crédit, parmi les Grecs, avait la réputation d'être resté son ami... - L'amitié d'un tyran est une punition du ciel. Le visir, accoutumé à fouler aux pieds toute espèce de considération, conçut, l'idée d'adresser au colonel Nicole une lettre qui supposait la continuation d'une correspondance intime , établie depuis longtemps entre eux. Ainsi il le remerciait de lui conserver son affection, en acceptant l'excusé (qu'il lui prêtait, fondée 'sur le devoir de sa place) qui l'avait obligé de faire, feu sur ses troupes, quun mal- entendu, avait entrainées au-delà de la frontière du territoire ottoman. Il ne conservait aucun ressentiment au sujet de cette catastrophe. Loin de , il voulait le servir comme un ancien ami et, un frère. Il lui représentait donc que les désastres multipliés de la France ne lui laissant plus l'espoir de, conserver Corfou y el linvi, tait à profiter de la position dans laquelle, ili se trouvait pour lui livrer: Pargą: Indépendaininent d'une fortune considérable qu'il lui promettait go il

Ali, pacha d'Égypté, sur lequel il s'appuie en guise d'oreiller, ce fait étant particulier à Hassan qui était capitan-pacha en 1789 et 1790.):... 9) rivisste jistudj e je linije

s'engageait à lui laisser le commandement de cette place, sa vie durant, et à profiter d'un service aussi signalé pour le faire rentrer en grace auprès du sultan. conséquence de son pardon devait être la levée iinmédiate du séquestre mis depuis près de dix-sept ans sur ses propriétés foncières de Tchésmé dans l'Asie - Mineure, qui formaient un capital considérable. . “ Indépendamment de la perfidie de cette lettre, l'intention du visir était de la faire intercepter par les primats de Parga, entre les mains de qui il eut soin de la faire tomber. Ils donnèrent dans le piége, et en rapprochant du ton de cette dépêche les différentes eirconstances qui avaient obligé leur gouverneur à correspondre autrefois avec Ali pacha, se souvenant qu'il était né sujet ottoman ; ils ne doutèrent plus qu'il était en marché pour les livrer à leur ennemi. Les têtes grecques sont en général irréfléchies; on résolut de reprendre les négociations qu'on avait entamées avec les Anglais, au moment où l'on avait vu : Porage se former autour de Parga. On envoya , en conséquence , sous le plus grand secret, une députation au capitaine Garland, commandant des troupes britanniques, qui s'étaient récemment emparées de l'île de Paxos. Celui-ci en fit aussitôt son rapport au lieutenant-général Campbell, commandant des armées de S. M. britannique dans les îles Ioniennes, auprès duquel M. Georges Foresti venait d'arriver pour le supplier de faire occuper Parga. Le général, qui se déterminait dans ce moment à ex

pédier un détachement de troupes pour renforcer la garnison de Paxos, et resserrer ainsi le blocus de Corfou, consentit à ce qu'on lui proposait; mais à la condition que les Parguinotes le seconderaient pour se rendre maître de leur ville. ! Le détachement destiné à cette opération était commandé par Charles Gordon, auquel ori adjoignit MM. Foresti et le capitaine Angelo, aide-de-camp du général Campbell. Deux frégateś anglaises, la Bacchante, capitaine Hoste, et la Havannah, capitaine Blak, entraient à Paxos en même temps que le détachement commandé par sir Gordon, qui trouvant le commodore disposé à seconder les vues du général Campbell, proposa d'expédier sur-le-champ l'aide-de-camp Angelo à Parga, pour sommer le colonel Nicole de rendre èette place à des conditions honorables pour son courage et celui des bravés qu'il commandait. La réponse du colonel fut telle qu'on devait l'attendre d'un homme de cour, un refus formel, et la menace de mettre le feu aux poudres, si les habitants, dont il avait pénétré les intentions, osaient faire le moindre mouvement hostile,

Angelo étant revenu avec cette déclaration, le capitaine Hoste, qui ne se croyait pas suffisamment autorisé pour entreprendre une attaque, déclara aux Parguinotes assemblés sur son bord, qu'à moins qu'ils ne voulussent hasárder eux-mêmes de substituer le pavillon britannique au drapeau français sur leur acropole, il leur conseillait de patienter, ne doutant nullement qu'ils partageraient le sort de Corfou. L'incertitude à cet égard. ne pouvait être de longue durée. Mais les députés parguinotes , jugeant qu'ils n'avaient pas de temps à perdre, laissèrent, par un écrit signé de onze d'entre eux (1), leur acte de soumission à S. M. britannique; et firent voile pour Parga, avec l'intention d'exécuter la proposition du capitaine Hoste, qui s'engagea à les seconder par les moyens militaires qu'il avait à sa disposition. Il ren. dit en même temps compte de ce qui se tramait à sir John Gore, amiral de la division bleue, sous les ordres duquel il se trouvait placé (2).

Une entreprise de la nature de celle que les Parguinotes s'engageaient à exécuter, n'était pas sans dangers. La citadelle qu'ils devaient surprendre avait en batterie sur ses remparts trente-quatre bouches à feu de différents calibres, et une garnison de cent cinquante soldats bien éloignés d'être disposés à capituler. Au milieu de tant d'éléments de résistance, comment substituer l'étendard britannique, qu'ils avaient reçu du capitaine de la Bacchante, au pavillon français? On ne pouvait se risquer à rien entre

b) n ii . 1 ., tristi olgan

(1.) Les signataires de cet acte, daté du 17 mars 1814, étaient : Panagioti Dessila ; Nicolo Dessila Zuco; Georgio Vassila; Gianuzo Mavrogiani; Constantin Dessila Mastraca; Panagioti Sulla; Athanasio Pezzali; Marco Maniachi , Spiris dion Mavrogiani. Voy. Parga and Ionian Islands. By lieut: col. C. P. de Bosset. Appendix No xviii. p. 231. London, 1822. i . in

iis cs ! (2) Voy. Letter from. capt. Wm. Hoste, no XVIII, ibid.

prendre qu'à la faveur de la nuit , lorsque le détachement de troupes anglaises , commandés par sir Gordon, aurait pris position dans la ville basse, et serait à portée de prêter main forte; enfin, il fallait trouver un expédient pour se faire ouvrir, à une heure indue, la porte de la citadelle. Après avoir calculé toutes ces chances, on s'adressa à la veuve d'un nommé TourcoJani, qui avait coutume de rentrer tard dans la forteresse où sa famille habitait, pour qu'elle favorisât l'entrée du détachénient destiné à s'en emparer. Ainsi les défenseurs de Parga allaient être livrés par ceux qu'ils avaient si généreusement défendus. Au moment où ils reposaient dans une profonde sécurité, la porte s'ouvre à la voix d'une femme qu'on con. naissait, la sentinelle est enlevée , le poste du corpsde-garde est saisi par les Parguinotes ,. la garnison ainsi que le colonel ne se réveillent qu'en sentant la pointe des baïonnettes 'appuyées sur leurs poitrines. Les guerriers des deux nations rivales restent confondus, les uns d'un succès immérité, et les autres d'une surprise à laquelle ils ne pouvaient croire. Les jours des Français furent respectés, et, comme on n'avait plus d'intérêt à les retenir pour les faire mourir en détail dans les pontons de Portsmouth, on les renvoya libres et sans échange à Corfou.

Le 22 mars, au lever du soleil, quinze jours après l'attaque sanglante des troupes d’Ali pacha contre Parga, on vit le pavillon anglais flotter au faîte de son acropole ; et ses nobles défenseurs, après avoir déposé les 'armes sur ses glacis encore fumanis du

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