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commandite du crédit de l'État sur celle du crédit individuel ?

C'était donc à la réhabilitation du principe d'autorité que les démocrates devaient s'employer de préférence, ou, si l'on veut, ils devaient se préoccuper beaucoup moins de chercher des garanties aux libertés existantes que d'appeler le peuple à en

faire usage.

Ces doctrines étaient celles de la Société des Droits de l'Homme; c'étaient les bonnes, et elles survécurent dans le parti aux attaques dirigées contre elles par des hommes droits et sincères , mais qu'aveuglaient les traditions de cette école libérale qui avait fait du mot droit une déception sans exemple, et du mot liberté la plus lâche tyrannie qui fût jamais.

Quoi qu'il en soit, l'émotion produite par le manifeste se révéla non-seulement par une polémique ardente, mais par des scènes d'un caractère étrange. Le gouvernement aurait voulu faire exclure de la Chambre comme indignes, deux députés, signataires du manifeste : MM. Voyer-d'Argenson et Audry de Puyraveau. Ils furent, en effet, dénoncés du haut de la tribune. Mais, par l'énergie de leur langage, par la fermeté de leur attitude, ils continrent les haines soulevées contre eux; et le parti auquel ils appartenaient fut si

peu
intimidé

par ce déchaînement des passions ennemies, qu'un autre député, M. De Ludre, se hata de faire connaître, par la voie des journaux, l'adhésion qu'il avait donnée au manifeste.

Le procès intenté quelque temps après à vingt

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sept membres de la Société des Droits de l'Homme montra mieux encore combien la lutte était implacable, combien les coeurs étaient ulcérés. Les vingtsept comparaissaient devant la Cour d'Assises sous la prévention d'avoir formé, lors du dernier anniversaire des trois journées, un complot contre la sûreté de l'État. Les témoins entendus, M. Delapalme commence son réquisitoire. Il discute les faits généraux de l'accusation, et, bientôt, examinant les doctrines des prévenus, il leur reproche d'avoir demandé la loi agraire. L'injustice de cette accusation était flagrante, et, après les débats qui duraient de puis si long-temps, rien ne pouvait servir d'excuse à une pareille calomnie. Un frémissement d'indignation parcourt le banc des prévenus, et, se levant tout-à-coup, un témoin s'écrie d'une voix forte :

Tu en as menti, misérable! » A ces mots, une confusion inexprimable règne dans l'assemblée. On demande le coupable. «C'est moi, dit M. Vignerte. Et les accusés de s'écrier : « C'est bien, Vignerte! H « a raison, nous pensons comme lui. Accusez-nous, a frappez-nous, mais ne nous calomniez M. Vignerte est conduit au pied de la Cour ainsi qu'un autre membre de son parti, M. Petit-Jean. Le président à celui-ci : « Est-ce vous qui avez inå terrompu M. l'avocat général ? - Non. - Pour a quoi vous a-t-on arrêté ? - Parce que je pense « comme M. Vignerte. Ce qu'a dit l'accusateur pua blic est faux. Nous avons nos bras

pour travailler (et ne voulons de la propriété de personne. » Se tournant alors vers M. Vignerte : « Est-ce vous, lui a dit le président, qui avez prononcé ces paroles :

pas. »

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Vous en avez menti! J'ai dit : Tu en as menti, « misérable! – Qu'avez-vous à répondre pour votre « justification? - Je ne me justifie pas. » La Cour délibère, et, après quelques minutes, séance tenante, condamne Vignerte à trois ans de prison. Défendus avec beaucoup d'éloquence et d'énergie par MM. Dupont, Moulin, Pinart et Michel (de Bourges), les accusés furent déclarés non coupables par le jury. Mais la Cour, dont cette décision enchaînait la sévérité à l'égard des prévenus, la Cour, sur les réquisitoires de M. Delapalme, frappa les avocats comme ayant outragé le ministère public; et MM. Dupont, Pinart, Michel (de Bourges) furent suspendus de l'exercice de leur profession : le premier pour une année, les deux autres pour six mois.

Le même jour, MM. Voyer-d'Argenson et Charles Teste étaient acquittés. On les avait traînés devant les tribunaux pour avoir publié une brochure qui respirait l'amour du peuple et le sentiment de la charité évangélique.

Voilà dans quel déplorable état de trouble vivait la société. Heureuse encore si elle n'avait

pas

été condamnée à un plus sombre destin! Car à tant de convulsions, qui, du moins, annonçaient la vie, devaient succéder un abattement honteux et un lourd sommeil semblable à la mort.

OPELIAN

CHAPITRE III.

Politique extérieure. - Question d'Orient. — Progrès alarmants de la Russie. – Situation de l'empire ottoman sous Mahmoud. – Situation de l'Egypte sous Méhémet-Ali. Impossibilité de maintenir, soit par le Sultan, soit par le Pacha, l'intégrité de l'empire ottoman. Système qu'il aurait fallu suivre après 1830. – Faules du gouvernement français. La Syrie conquise par Ibrahim. — Efforts de M. de Varennes pour écarter la Russie de Constantinople. — Arrivée à Constantinople de l'amiral Roussin ; sa politique. – L'ambassadeur français à Constantinople protége Mahmoud; le consul français à Alexandrie favorise Méhémet-Ali. - Une escadre russe entre dans le Bosphore. - Sommation hautaine adressée à Méhémet-Ali par l'amiral Roussin. - Refus de Méhémet-Ali. — Note diplomatique. – Affaire de Smyrne. — Arrangement de Kutaya.

Ibrahim évacue l'Asie-Mineure. — Départ des Russes. – Traité d'Unkiar-Shelessi; son véritable caractère. — Le droit de visite. – La politique française à l'égard du Portugal. Lutte de don Miguel et de don Pedro. Mort du roi d'Espagne. — Le gouvernement français reconnait la reine d'Espagne; pourquoi. – Discussions dans le Conseil : le maréchal Soult et le roi. - Effet produit en Espagne par la nouvelle des dispositions du Cabinet des Tuileries. - Coup-d'æil général sur la politique extérieure du gouvernement français en 1833.

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La France, en 1833, a été appelée par les événements sur divers points de la scène du monde : en Orient, en Portugal, en Espagne.

Pour donner une idée plus nette de sa politique extérieure, sous le règne de Louis-Philippe Ier, peutêtre était-il bon d'en séparer le moins possible les épisodes : c'est ce que nous avons fait. La même pensée

ayant présidé à tous les actes de la France, soit à Lisbonne et à Madrid, soit à Constantinople, nous

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