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et le

M. Thiers un ressentiment dont on sut bientôt augmenter la violence en y mêlant les excitations de l'amour-propre. On fit savoir à M. Thiers, roi ne fut pas le dernier à lui en donner avis, que l'opinion le jugeait incapable de porter sa fortune lorsqu'il n'aurait plus pour appui le talent des doctrinaires et leur consistance. Que tardait-il à faire tomber une supposition aussi injurieuse, en saisissant avec hardiesse les rênes du pouvoir, devenues flottantes ? On devine l'effet de pareils discours sur un homme confiant dans sa destinée, prompt à s'émouvoir, et qui avait jusqu'alors vécu au milieu de tous les enivrements de la louange. D'ailleurs, il arriva que, par une ignorance trop commune des intrigues et des menées de Cour, les journaux de l'Opposition servirent à leur insu, la secrète politique du Château. Dans un article dont la crise ministérielle avait fourni le sujet, Armand Carrel manifesta, sur l'avenir de M. Thiers séparé de ses auxiliaires, des doutes railleurs et provoquants. M. Thiers avait été le collaborateur d’Armand Carrel, il l'estimait avec effroi, il s'inquiétait de l'avoir pour juge, et son orgueil saignait longtemps de chaque trait parti de cette main virile. Poussé à bout, il résolut enfin de montrer ce qu'il était en état de faire. Et puis, son ambition était décriée en tous lieux et narguée par M. Piscatory, ami de M. de Broglie. Il le sut, et prit son parti aussitôt. « On me met au défi, s'écria-t-il un jour, avec un « geste plein d'emportement, de faire un Cabinet ? « Eh bien! il est fait. » Et, le 22 février 1836, le Moniteur recevait des ordonnances nommant : MM. Thiers, président du Conseil et ministre des

affaires étrangères ; Sauzet, garde-des-sceaux, ministre de la justice et des cultes ; de Montalivet, ministre de l'intérieur ; Passy, ministre du commerce et des travaux publics ; Pelet (de la Lozère), ministre de l'instruction publique ; le maréchal Maison, ministre de la guerre ; l'amiral Duperré, ministre de la marine ; d'Argout, ministre des finances.

Une grande faute venait d'être commise, et elle était surprenante de la part d'un homme qui avait adopté la fameuse maxime : Le roi règne et ne gouverne pas. En effet, en dehors de MM. de Broglie

, Guizot et Thiers réunis, M. Molé aurait en vain cherché les éléments d'un Cabinet doué de vie. Quant au tiers-parti, il avait donné la mesure de ses forces dans le ministère des trois jours. Donc, tant que M. Thiers serait resté l'allié des doctrinaires, il n'y aurait eu qu’un ministère possible. En se séparant de ses anciens collègues, M. Thiers changeait la face des choses : il ruinait la discipline parlementaire; il assurait au roi la faculté de choisir entre plusieurs Cabinets également possibles quoique débiles, et il se mettait lui-même à la merci de l'autorité royale, désormais toute-puissante. Le roi put croire que son étoile l'emportait enfin, que sa puissance n'allait plus avoir d'autres bornes, que sa volonté... Et il ne se trompait qu'à demi : avec le ministère du 11 octobre, le gouvernement parlementaire venait de finir : le gouvernement personnel était fondé.

Ainsi éclatait l'erreur des publicistes qui, comme Benjamin Constant, avaient fait reposer leurs théories sur la chimère d'un monarque automate, résignant à la honteuse majesté d'une fonction de

se

par ses des

parade, tirant toujours de lui le pouvoir sans l'exercer jamais, faisant éternellement illusion aux peuples sur la nécessité de sa paresse éternelle, et n'occupant la première place par lui et cendants que pour fermer à une trop haute espérance le coeur des ambitieux. Comment imaginer qu’un roi se puisse contenter de ce rôle imbécile ? Et s'il était un être assez vil pour s'en contenter, comment se préserverait-il du mépris ?

La royauté doit être ou une force ou un symbole. Si, en Angleterre, la royauté n'a pas besoin, pour vivre, d'agir et de gouverner, c'est qu'elle n'y est que la tête d'une aristocratie qui agit et qui gouverne ; c'est qu'elle y représente une association

politique qui a, comme elle, l'hérédité

pour essence; c'est, en un mot, qu'il y a identité de nature entre elle et la classe dominante. Mais, en France, qui l'ignore? l'aristocratie a été détruite de fond en comble; les priviléges du moyen-âge ont été abolis à jamais; partout, si ce n'est sur le trône, la transmission du pouvoir politique a été condamnée, et la supériorité des droits du mérite sur ceux de la naissance est devenue le principe constitutif de la classe dominante. Donc, en France, la royauté est une exception au lieu d'être un symbole; elle représente ce qu'on a cru devoir détruire, au lieu d'exprimer ce qui existe; elle personnifie l'idée du repos, en présence d'une bourgeoisie qui n'a pris possession de la puissance qu'à force d'activité; elle s'élève immobile sur un piedestal autour duquel s'agite en frémissant la société la plus mobile de l'Europe. Il faut, par conséquent, dans notre pays, que la royauté soit tout, sous peine de périr; il faut qu'elle anéantisse le principe électif, arme de la bourgeoisie, ou qu'elle tombe écrasée sous les ruines de l'hérédité abattue. La Cour l'avait bien compris. De là son ardeur à mettre le trône hors de page; de là les ténébreuses menées dont on vient de lire le récit. Mais ce n'était pas assez de semer la division entre les chefs de la majorité, et de livrer la majorité elle-même en proie à des rivalités dévorantes : on ne pouvait espérer de la soumettre qu'en la corrompant, qu'en la rendant semblable à un maître que son premier esclave enivrerait et endormirait, pour commander à sa place. Voilà le triste tableau que nous aurons à dérouler. Tableau bien triste, en effet ! car, de la Chambre, la corruption devait tomber goutte à goutte sur toutes les parties de la société, en pénétrer les profondeurs, et la réduire à un état de dégradation qui n'a d'exemple que dans l'histoire du Bas-Empire.

FIN DU TOME QUATRIÈME.

DOCUMENTS HISTORIQUES.

CONSULTATION SUR LA SANTÉ DE Mme LA DUCHESSE DE BERRI. RAPPORT SUR LA

SALUBRITÉ DE LA CITADELLE DE BLAYE. RAPPORT SUR LA SANTÉ DE Mme LA DUCHESSE DE BERRI. - PROCÈS-VERBAL DE L'ACCOUCHEMENT DE LA DUCHESSE DE BERRI. TRAITÉ D'UNKIAR-SKÉLESSI. TRAITÉ CONCERNANT LE DROIT DE VISITE. RÈGLEMENT DU MUTUELLISME.- TRAITÉ DE LA QUADRUPLE-ALLIANCE.

ARRÊT DE MISE EN ACCUSATION DES ACCUSÉS D'AVRIL. LISTE DES PAIRS QUI ONT VOTÉ LA MISE EN ACCUSATION. - LISTE DES DÉFENSEURS CHOISIS PAR LES ACCUSÉS D'AVRIL. LISTE DES PAIRS QUI RÉPONDENT A L'APPEL; LISTE DES PAIRS QUI NE RÉPONDENT PAS. – LISTE DES ACCUSÉS. LETTRE DES DÉFENSEURS AUX ACCUSÉS D'AVRIL. ARRÊT DU 15 JUILLET 1835.

N° 1.

CONSULTATION SUR L'ÉTAT DE LA SANTÉ DE MADAME LA DUCHESSE DE BERRI.

Madame la duchesse de Berri est née de parents phtysiques; son père était en outre sujet à la goutte. Son temperament est éminemment perveux, et les maladies qu'elle a antérieurement éprouvées démontrent qu'elle est disposée aux affections infiammatoires ; ainsi, à plusieurs reprises, elle a été atteinte de catarrhes pulmonaires, dont quelques-uns assez graves pour avoir inspiré aux médecins qui la soignaient des craintes assez sérieuses. Plusieurs fois aussi elle a ressenti des douleurs articulaires avec gonflement, présentant tantôt le caractère rhumatismal ; tantôt les apparences de la goutte.

Depuis son séjour à Blaye, M. le docteur Gintrac a été appelé quatre fois. Le 11 décembre 1832, il observa les symptômes suivants : douleurs rhumatismales aux épaules; petite toux sèche portant un caractère nerveux ; suppression des règles qui datait de deux mois, et qui, d'après le rapport de la princesse, avaient été suppléées par un flux hémorrhoidal ; du reste, il n'y avait point de fièvre, et les organes digestifs étaient en assez bon état.

Le 18 du même mois, à sa seconde visite, le docteur Gintrac, appelé à l'occasion d'une forte douleur de tête, avec pesanteur et étourdissement, remarqua une diminution notable des douleurs rhumastismales et de la toux dont nous venons de parler.

La troisième visite du docteur Gintrac eut lieu le 9 janvier 1833. Alors de nouvelles douleurs s'étaient manifestées aux articulations des han

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