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Moi qui, dès le bercean , Sujet toujours fiddle;
Par des soins assidus , vous ai prouvé mon zèle :
La mienne, quand je suis accablé de vos coups,
Me défend de penser à me venger de vous.
Que dis-je ? elle m'impose une loi souveraine
De m'ofirir, avec joie , aus traits de votre haine,
De dissiper la nuit de vos yeux aveuglés ;
Enfin, de vous aimer, lorsque vous m'immolez.

Voltaire a heureusement resserré cette pensée en quatre vers. Gusman, dans sa dernière scène, dit à Zamore:

Des dieux que nous servons ,

connais la différence :
Les liens t'ont ordonné le meurtre et la vengeance :
Et le mien , quand ton bras vient de m'assassiner,
M'ordonne de te plaindre et de le pardonner.

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ADRIEN (N.), acteur de l'Opéra ; 'retiré, 1808.

Cet acteur avait une excelleute méthode de chant, de la dignité dans le maintien, et le plus heureux talent pour la déclamation. Il jouait le rôle d'Edipe avec autant de chaleur que

de noblesse. ADRIEN, opéra de MM. Hoffinann et Mehul, à l'Opéra, 1799.

Cette pièce était faite et devait être représentée en 1792. Mais elle allarma la sollicitude des Faniotes, et l'auteur fut forcé de la renfermer dans son porte-feuille. Après que les choses eurent changé de face, il l'en tira de nouveau, et elle fut représentée en 1799. En voici le sujet:

Après avoir vaincu Cosroës , Adrien reçoit dans Antioche les honneurs du triomphe. La fille de Cosroës , Erimène, est devenue sa captive. Le vainqueur en devient amoureux ; et, malgré la foi qu'il a jurée à Sabine , et les lois, qui ne lui permettent pas d'épouser la fille d'un roi,

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il veut s'unir avec elle. Celle-ci aime Pharnace, et ne saurait partager les feux d’Adrien. Cosroës lui-même , tout vaincu qu'il est , ne cesse pas de conspirer contre lui , et parvient à le mettre dans l'alternative, ou de sacrifier Sabine, ou de se venger d'Erimène , sur son père et sur le rival qu'elle lui préfère. Adrien ouvre enfin les yeux: il voit Sabine prête à le quitter, reconnait sa faiblesse et ne peut s'empêcher d'en rougir. Un ami, qui vient l'aider de ses conseils, le fait triompher de lui-même. Enfin, il pardonne à Cosroës, unit Erimène à Pharnace, et rend son cour à Sabine,

Les caractères de Cosroës et de Sabine sont fortement dessinés, et cependant le dénouement est un peu froid. Là musique, quoiqu’un peu trop bruyante, est néanmoins fort belle ; enfin, c'est un spectacle brillant.

AËTIUS, tragédie de Campistron, 1693.

Quelques recherches qu'on ait faites sur cette tragédie, on n'a pu en découvrir que le vers suivant :

Ce grand Aëtius, sous qui l'univers tremble.

en

AFFICHARD (Thomas l'), né à Pont - Floh, Bretagne, en 1698.

Le Théâtre Français n'ayant point été heureux pour cet auteur, il consacra ses talens au Théâtre des Italiens, où il eut plus de succès. Il mounit en 1753.

AFRANIUS, poële comique Latin. Quintilien le blâma d'avoir déshonoré ses pièces par des obscénités. Il vivait vers l'an 100 avant J. C. Il ne nous reste de ce poëte que quelques fragmens , insérés dans le Corpus poëtarum deMaittaire.

AGAMEMNON, tragédie. Toustain , en 1556 ; Duchat, en 1561; Brisset , en 1587, donnèrent chacun une tragédie d’Agamemnon.

AGAMEMNON, tragédie de Boyer , 1680. .

Dans presque toutes les tịagédies de cet auteur, l'épisode l'emporte sur le fonds, et la plupart de ses acteurs et de ses scènes sont inutiles. Sa poesie est, en général, dure, chevillee, pleine d'expressions froides ou basses , et dénuée d'images. Son dialogue n'exprime rien de ce qu'il doit dire. Ces defauts disparaissent , en partie , dans la tragédie d'Agamemnon; le sujet est digne de la scène française : il est passablement conduit; et les scènes rentrent assez les unes dans les autres. Nul personnage épisodique n'en interrompt l'action. Quant à la versification , elle est claire et peu chargée d'épithètes inutiles.

Boyer travailla cinquante ans pour le théâtre, et ne vit jamais réussir aucun de ses ouvrages. Pour éprouver si leur chute ne devait pas être imputée à la mauvaise humeur du parterre, il fit afficher la tragédie d’Agamemnon, sous le nom de Pader-d'Assezan, jeune homme pouvellement arrivé à Paris. La pièce fut genéralement applaudie. Racine même, le plus grand fleau de Boyer, se déclara pour le nouvel auteur. Boyer s'écria au milieu du parterre : Elle est poutant de Boyer, malgré mons de Racine. Le lendemain cette tragédie fut sifflee, et l'on en fit une analyse peu favorable, dans un sonnet que voici :

! On dit qu'Agamemnon est mort;
'Il court un bruit de son naufrage ;
Et Clytemnestre, tout d'abord,
Célèbre un second mariage.

Lc

Le roi revient, et n'a pas tort
D'enrager de ce beau ménage ;
Il aiine une none bien fort,
Et prêche à son fils d’être sage.

De bons morceaux, par-ci par-là,
Adoucissent un peu cela;
Bien des gens ont crié merveilles,
J'ai fort crié de mon côté;
Mais comment faire ? En vérité,
Les vers m'écorchaient les oreilles.

Lorsque d’Assezan fit imprimer cette pièce, que nous avons mise sous le nom de Boyer, il y joignit une préface, où il reprend fièrement ses droits sur cette tragédie, et l'abbé Boyer garda le silence ; ce qui rendit le public très-incertain sur le véritable auteur de la tragédie d'Aga

memnon.

AGAMEMNON, tragédie en cinq actes , en vers,

de M. Lemercier, au Théâtre de la République, 1797.

Agamemnon, vainqueur des Troyens, rentre dans ses états, suivi de la prophétesse Cassandre, devenue son esclave. Mais qu'y trouve-t-il? Clytemnestre adultère ; Egiste , usurpateur de son lit et de son trône. Ce prince coupable , irrité d'un retour qui doit nuire à son amour et à son ambition , veut leur immoler Agamemnon. Pour y engager Clytemnestre , il lui dépeint Cassandre comme une rivale dangereuse , qui règne déjà sur le cæur dn toi. Le fils d'Atrée , instruit de tout par Cassandre qui prévoit leur sort commun, fait arrêter Egiste, le condamne à l'exil et le fait conduire au port. Mais ce prince trouve le moyen de revenir de nuit au palais, d'armer ses amis, et de parler à Clytemnestre. Dans cette scène ad

H.

mirable, où il s'agit pour Egiste de faire assassiner Agamemnon par son épouse, l'auteur s'est montré digne de .son sujet. Egiste triomphe : Clytemnestre , qu'il arme d'un poignard , entre dans l'appartement où reposait Agamemnon ; et bientôt un cri de douleur annonce que le crime est consommé. Cependant Cassandre mourante arrive sur la scène , en criant qu'on sauve Oreste. L'enfant paraît. Clytemnestre , bourrelée de remords, veut s'en emparer; on le lui arrache, elle s'écrie: Ah! rendezmoi mon fils ! - Et toi , rends - lui son père ! lui répond Cassandre , qui bientôt dévoile toute la trame ourdie par Egiste et Clytemnestre , déclare qu'elle meurt empoisonnée par leurs mains, et finit la pièce par ce vers adressé à Clytemnestre:

Et je vais à Minos demander ton supplice.

Cette tragédie fourmille de beautés : le dénouement même, où la vertu succombe et le vice triomphe , n'est qu'une beauté de plus. On voit, il est vrai, Egiste et Clyteminestre maîtres de satisfaire à loisir leur ambition et leur amour. Mais n'entendez-vous pas Cassandre, cette Cassandre dont les oracles ne doivent être crus qu'à l'heure de sa mort, leur prédire le destin affreux qui les attend? Ne voyez-vous pas cet Oreste , qu'elle désigne pour son vengeur et celui d'Agamemnon , laver dans le sang des coupables leurs éxécrables forfaits ? Oui, le spectateur les voit, les entend, et ne quitte la scène que certain de leur supplice. N'est-ce pas là se tirer, en maître consommé,d'une difficulté vraiment embarassante? Eh!quelles espérances ne devait pas faire justement concevoir un auteur , qui avait produit, à l'âge de vingt-cinq ans, un aussi bel ouvrage!

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