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excité de grands mouvemens au théâtre. Jusqu'à Mérope, elle avait joui d'une réputation brillante; mais Voltaire a fait voir qu'une action simple, qui se développe par degrés et sans fatigue , doit l'emporter sur une intrigue de roman, où les faits sont entassés ainsi que les situations, pour amonceler les coups de théâtre, si l'on peut parler ainsi. Ces sortes de drames réussissent aux yeux de la multitude: mais le tems et les connaisseurs assignent leurs véritables rangs. Amasis est jugé en dernier ressort comme une tragédie pleine d'art et d'esprit, mais reléguée dans le second ordre.

L'abbé Desfontaines écrivait, au sortir d'une des représentations de cette tragédie: Je viens de voir un tableau dont le dessin est bizarre, et les couleurs horribles et mal assorties ; une maison, ou il y a quelque architecture singulière, mais où toutes les pierres ne sont ni bien taillées, ni bien posées. C'est un édifice qui n'est passable que

de très loin. Si vous le regardez de près , tout y est gothique et sans goût.

On a prétendu que Voltaire avait fait usage , dans sa Henriade , de deux vers qu'il a pris, dit-on, dans la tragedie d'Amasis. Voici les vers de la tragédie : Pharès dit à Sesostris, que sa mère

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Ne reconvra ses sens, que pour envisager
Cing fils, que sur le marbre on venait d'égorger.

Henri IV dit dans la Henriade:

Et je n'ouvris les yeus, que pour envisager
Les miens, que sur le marbre on venait d'égorger.

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Amasis, malgré sa médiocrité, n'a pas laisse de fournis au marquis de Maffei, le sujet de sa Mérope, sous des per

sonnages différens.

AMATEUR (l'), comédie en un acte , en vers ,

de Barthe, 1764.

Damon, père de Constance, veut marier sa fille à Valère , jeune homme qui arrive d'Italie, où il a pris une passion violente pour les beaux-arts. La peinture, la sculpture, l'architecture l'occupent uniquement. Il jouit d'une fortune considérable , dont il use généreusement en faveur des artistes. Damon, qui sans doute n'a pas le même goût , prépare une leçon à son gendre futur. Il fait faire une statue qui représente les traits de sa fille, et la vend à Valère pour une statue antique. Valère , tout connaisseur qu'il se croit, donne dans le piége. Il place la statue dans son appartement ; et, en voyant Constance, il s'aperçoit enfin du tour qu'on lui a joué. Il le pardonne à Damon, en faveur des charmes de Constance, qu'il demande et obtient en mariage. Cette pièce , . qui est le coup d'essai de Barthe , est versifiee d'une manière agréable et spirituelle.

AMAZONES MODERNES ( les ), comédie en trois actes, en prose, avec des divertissemens , par Legrand et Fuzelier , musique de Quinault, au Théâtre - Français, 1727.

Des amourettes trop multipliées font languir cette comédie. Une foule d'amans, qui cherchent leurs maîtresses jusques dans l'Isle des Amazones , et qui se rendent maîtres de l'Isle , en font le sujet. Les details sont froids ; et, malgré la multitude des rôles de femmes, on n'y trouve ni agrément, ni variété. Toutes les scènes se ressemblent, parce qu'elles roulent toutes sur le même pivot, et n'offrent presque jamais que la même idée..

Cette

Cette pièce fut sifflée avec une gaieté et des éclats de rire, qui durent amuser médiocrement celui qui en était l'objet. Il arriva même à Legrand la mortification la plus cruelle, que puisse éprouver un auteur. Il jouait, dans sa pièce, le rôle de Maître Robert. Dans un monologue, qu'il avait à débiter vers la fin du second acte,après sa déclaration d'amour à la Générale des Amazones, qui la rejelte avec dedain , il se disait à lui-même : Eh ! bien, Maitre Robert , vous le voyez, avec vos idées saugrennes, eh !... vous voyez que vous n'êtes qu'un sot.Legrand futpris au mot parle public; et toute la salle retentit des applaudissemens ironiques qu'on lui donna : un rire fou gagua tout le monde. Il faut observer que, dès le premier acte, l'on avait commence à huer la pièce assez joyeusement. Cette comédie a éte reprise au mois d'août, 1790. Malgré la dépense que les comédiens ont faite, pour tâcher de lui rendre la vie, ils n'ont pu en venir à bout; car le public ne s'est pas même donné la peine de la siffler une seconde fois : il s'est contenté de ne pas aller la revoir.

Cette pièce a donné lieu aux réflexions suivantes : Les dames françaises, et surtout celles de Paris , ont étrangement abusé de la galanterie nationale, de l'esprit romanesque des hommes, de leur excessive complaisance pour les caprices d'un sexe enchanteur : elles ont singulièrement interprêté ce respect, ces égards, ces deférences pour les femmes, qui font comme la base de la politesse française ; elles se sont imaginé qu'elles étaient faites pour commander, puisqu'on leur obéissait; que les hommages qu'on leur rendait étaient un aveu de leur supériorité, et que l'empire de la société leur appartenait de droit, puisque de fait elles l'exerçaient sans aucune contestation. Un écrivain célèbre se récrie beaucoup contre

N

ces injustes prétentions, des femmes , qui semblent avoir oublié, que leur seule faiblesse leur donne des droits à ce respect et à ces égards , qu'elles exigent souvent avec une hauteur ridicule. Il se plaint de la lâcheté des hommes de lettres, qui, pour flatter un sexe , dont le suffrage est si nécessaire à leur réputation, attribuent aux femmes les qualités des hommes, les présentent, dans les romans et dans les pièces de théâtre, comme autant d'héroïnes , et mettent des guerrières sur la scène.

Les sots', dit le même auteur, applaudissent avec fureur un rôle qui les ravale , non parce que la femme a du courage,

mais parce qu'ils montrent toute leur bassesse, toute leur poltronnerie, en témoignant leur joie de ce qu'elle en a pour eux. J'aime beaucoup mieux le trait arrivé dans une ville de province, où l'on ne représente des comédies que par hasard , lorsque quelque troupe de comédiens s'égare par-là. On y donna, pour première pièce , les Amazones modernes, parce que les acteurs la savaient : cinq à six jeunes bourgeois, pleins de vigueur et de courage, étaient au balcon: indignés de voir des femmes combattre, ils sautent des loges sur le théâtre, se mettent devant elles, et chassent à grands coups leurs ennemis. Ils se retournent ensuite glorieux, en leur disant: à présent, faites tranquillement vos affaires, mesdemoiselles, et ne craignez rien ; s'ils reviennent, ils auront affaire à nous, et ils regrimpèrent à leurs loges. Les actrices furent obligées de s'avancer , de faire une harangue aux jeunes gens, et de leur expliquer que telle était la scène. En ce cas-là, il fallait en donner une autre , répondirent-ils ; car celle que vous jouez-là nous est insupportable.

C'est un préjngé reçu et accrédité aujourd'hui dans la bonne compagnie , que les femmes sont aussi propres à toutes les sciences que les hommes, et qu'elles pourraient exercer avec succès les mêmes fonctions , si on leur donnait la même éducation : la physique, la géométrie , l’algèbre , la chymie , les langues savantes sont aujourd'hui leurs amusemens du matin ; les femmes sont le soutien des athénées, des lycées, des académies; et, dans toutes ces assemblées littéraires, ce sont elles qui donnent le ton'; les gens de lettres qui dînent chez elles, les savans qui ont besoin de leur crédit, affectent de s'extasier sur leur génie , sur leurs talens, sur leur étonnante pénétration ; et ces femmes si pénétrantes 'ne se doutent jamais qu'on les flatte par intérêt, et qu'intérieurement on se moque d'elles.

AMAZONES (les), tragédie de Madame du Boccage , 1749

Orithie, reine des Amazones, avait vaincu les Scythes, et Thésée lui-même qui les avait suivis à la guerre. On le prend, on l'emmène captif à la cour de la Reine. Il s'était laissé enflammer par les charmes de la princesse Antiope: la Reine devient éprise pour lui de l'amour le plus violent. C'était une loi,parmi les Amazones, d'immoler leurs captifs au dieu Mars: Ménalippe, leur Générale, voulait qu'on hâtât ce sacrifice ; mais la victime était trop chère , pour qu'on ne trouvât pas des raisons de le différer. Cependant, Orithie s'aperçoit qu'Antiope est sa rivale; elle en témoigne son chagrin à Thésée; et, sur l'aveu que celui-ci lui fait de son amour pour la princesse, elle ne cherche plus à s'op. poser à sa mort. Déjà l'on se dispose à obéir à la loi : un bûcher s’élève , et l'on conduit le captif au lieu du supplice: mais une armée d'Athéniens vient aussitôt l'en délivrer. Thésée se met à leur tête, défait l'armée des Amazones, et entre victorieux dans le palais de la Reine. Orithie ne peut survivre au double affront de voir ses feux

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