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étaient privés. On ne trouve point chez eux de ces scènes qui forment de grands tableaux, comme celle du cinquième acte du Misanthrope, où les marquis viennent lire à Célimène les le:tres qu'elle leur à écrites, et rendre Alceste, Acaste , Oronte et Cléanthe témoins de sa coquetterie : point de ces scènes terribles dans la tragédie, où trois personnages sont mis dans une situation violente

par

l'intervention d'un quatrième. Telle est , dans Héraclius, la scène ou Léontine redouble l'embarras de Phocas, placé entre son fils et son ennemi , et ne pouvant les distinguer.

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Le secret n'en est sa, ni de lui, ni de lai :
Tu n'en sauras non plus les véritables causes ;
Devine , si tu peux, et choisis , si ta l'oses !

Cette règle n'empêchait pas que les troupes de comédiens ne fussent plus nombreuses ; mais le nombre de tous les acteurs, nécessaires dans une pièce , ne devait pas excéder celui de quatorze. Avant l'ouverture de la pièce, on les nommait en plein théâtre, et l'on avertissait du rôle

que chacun d'eux avait à remplir. Il est fort heureux que les modernes n'aient pas adopté cette règle : ils auraient été privés de plusieurs chefs-d'oeuvre. Il est vrai que la méthode contraire met souvent de la confusion dans la marche de la pièce.

Horace parle d'une espèce d'acteurs secondaires , en usage de son tems, et dont le rôle consistait à imiter les acteurs du premier ordre, et à donner à ceux-ci le plus de lustre qu'ils pouvaient , en contrefaisant les nains. Au reste, on sait quelles étaient leurs fonctions.

Les anciens acteurs déclamaient sous le masque ( voy. MASQUE, DÉCLAMATION), et étaient obligés de pousser extrêmement leur voix, pour se faire entendre d'un peuple

innombrable

innombrable qui remplissait les amphithéâtres; ils étaient accompagnés d'un joueur de flûte qui préludait, leur donnait le ton, et jouait pendant qu'ils déclamaient.

Voyez, pour ce qui concerne l'art du comédien, les mots GESTE, DÉCLAMATION, COMÉDIEN ; et, pour ce qui regarde l'art dramatique, le mot PERSONNAGE.

ACTEUR de l'Opéra de Paris , chanteur qui fait un rôle dans la représentation d'un opéra.

Outre toutes les qualités, qui doivent lui être communes avec l’Acteur dramatique , il doit en avoir beaucoup de particulières, pour réussir dans son art. Ainsi, il ne suffit pas qu'il ait un bel organe pour la parole, s'il ne l'a tout aussi beau pour le chant; car il n'y a pas une telle liaison entre la voix parlante et la voix chantante, que la beauté de l'une suppose toujours celle de l'autre. Si l'on pardonne à un Acteur le défaut de quelques qualités , qu'il a pu se flatter d'acquérir , on ne peut lui pardonner d'oser se destiner au théâtre , destitué des qualités naturelles qui y sont nécessaires, telles entr'autres que la voix dans un chanteur. Mais, par ce mot voix, on entend moins la force du timbre que l'étendue , la justesse et la flexibilité. Le théâtre , dont l'objet est d'émouvoir le cæur par les chants, doit être interdit à ces voix dures et bruyantes, qui ne font qu'étourdir les oreilles. Quelque peu de voix que puisse avoir un Acteur , s'il l'a juste , touchante, facile et suffisamment étendue, il en a tout autant qu'il lui en faut; il saura toujours bien se faire entendre, s'il sait se faire écouter. Avec une voix convenable, l'Acteur doit l'avoir cultivée par l'art; et, quand sa voix n'en aurait pas besoin, il en aurait besoin lui-même, pour saisir et rendre avecrintelligence la partie musicale de ses rôles.

Rien n'est plus insupportable et plus dégpûtant que de voir kun héros , dans les transports des passions les plus vives, contraint et gêné dans son rôle , se trainer en écolier qui répète mal sa leçon; montrer, au lieu des combats de l'amour et de la vertu, ceux d'un mauvais chanteur luttant contre la mesure et l'orchestre , et plus incertain sur le ton, que sur le parti qu'il doit prendre. Il n'y a ni chaleur ni grâce sans facilité ; et l'Acteur, dont le rôle lui coûte , ne le rendra jamais bien. Il ne suffit pas à l'acteur d'opéra d'être un excellent chanteur, dit J.J. Rousseau, s'il n'est encore un excellent pantomime; car il ne doit

pas seulement faire sentir ce qu'il dit lui-même, mais aussi ce qu'il laisse dire à la symphonie. L'orchestre ne rend pas un sentiment qui ne doive sortir de son âme : ses pas, ses regards , son geste , tout doit s'accorder sans cesse avec la musique, sans pourtant qu'il paraisse y songer ; il doit intéresser toujours, même en gardant le silence; et, quoi-. qu'occupé d'un rôle difficile, s'il laisse un instant oublier le personnage pour s'occuper du chanteur, ce n'est qu'un musicien sur la scène ; il n'est plus acteur. Tel a excellé dans les antres parties, qui s'est fail siffler pour avoir négligé celle-ci.

ACTEURS DÉPLACÉS (les) ou l'Amant Comédien, comedie en un acte, en prose, précédée d'un prologue, par Panard, aux Français, 1735.

Lncas, jardinier de monsieur et de madame Mondor, et Lisette , suivante de Lucile, concertent ensemble les moyens de servir Doraute, amant de Lucile, auprès de sa maitresse. Monsieur et madame Mondor se disputent le droit de donner un mari à Lucile. Lisette duire un marquis que l'on propose à sa maitresse, ima.

, ponr écon

gine de passer pour Lucile , et Lucile, à son tour, de prendre la place de Lisette. On agit de même avec un M. Lécu, autre'amant de la fille de Mondor. On s'attend bien que cette Lisette affecte tous les ridicules pour dégoûter ces personnages, et qu'elle réussit à déplaire : enfin, Dorante épouse Lucile, après avoir représenté devant monsieur et inadame Mondor l'enlèvement d'Hélène , petite tragédie en cinq scènes , pour l'exécution de laquelle il ne faut

que trois acteurs.

Ce qui fit tout le comique de cette pièce, fut le déplacement même des acteurs qui y jouèrent. Ils étaient tous de caractère, d'âge, de figure ou de sexe opposés à leurs rôles. Ceux de père et de mère étaient joués par deux enfans de huit ans ; celui d'amoureuse , par madame Dangeville ; l'amant , par Poisson ; le paysan , par Dangeville , etc. Dans la petite tragédie, intitulée Ménelas , et qui était amenée dans la pièce pour justifier le titre d'Amant-Comédien, le rôle de Ménélas fut déclamé par Poisson ; celui de Doris , confidente d'Hélène , par Fleuri; et celui de Léda , mère d'Hélène , par Montmédy. Le divertissement même de la comédie se sentit du déplacement: en effet, un pas de deux y fut dansé très-gravement sur l'air d'une sarabande , par un Arlequin et un Polichinelle, tandis qu'un Italien et un Espagnol dansèrent des rigaudons et des gigues.

ACTION. On entend par ce terme ce qui fait le fonds vu le sujet principal d'une tragédie. ( Voyez SUJËT. ) L'action doit être une , c'est-à-dire , n'offrir qu'un point capital , auquel tous les incidens du poëme dramatique se rapportent , de manière à le faire ressortir et à le rendre plus sensible. ( Voy. EPISODES, INCIDENS.)

Mais, s'il faut éviter une action chargée d'intrigues et d'événemens , il faut prendre garde aussi que l'extrême simplicité ne rende le sujet nu et stérile. L'action, dit Aristote , doit avoir une juste grandeur, c'est-à-dire , qu'elle ne doit être, ni si petite qu'elle échappe à la vue, ni si grande qu'elle fatigue la mémoire de l'auditeur, et égare son imagination. La raison en est dans la nature de l'esprit humain, qui veut voir et agir , ce qui est la même chose pour lui ; mais il veut voir et agir sans peine ; et, ce qui est encore à rem

marquer , tant qu'on le tient dans les bornes de ce qu'il peut faire sans effort, plus on lui demande d'action, plus on lui fait plaisir : il est actif jusqu'à un certain point; au-delà , très-paresseux. D'un autre côté, il aime à changer d'objet et d'action. Ainsi, il faut en même-tems exciter sa curiosité, ménager sa paresse , prévenir son inconstance. Ce qui est important, nouveau, singulier, rare en son espèce, d'un événement incertain, pique sa curiosité : ce qui est un et simple accommode sa paresse; ce qui est diversifié convient à son inconstance : d'où il est aisé de conclure qu'il faut que l'objet qu'on lui présente ait toutes ces qualités ensemble, pour lui plaire parfaitement.

Il faut que l'action soit noble et intéressante.

Le secret est d'abord de plaire et de toucher.
Inventez des ressorts , qui puissent m'attacher.

BOILEA U.

Elle doit être vraisemblable.

Jamais au spectateur n'offrez rien d'incroyable.
Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable,

La fable doit être disposée de manière qu'elle attache

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