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1664. » par des à-propos qui font l'agrément de ces

» fêtes, mais qui sont perdus pour la postérité.... » Molière y mit en scène un fou de cour. Ces mi» sérables étaient encore fort à la mode. C'était » un reste de barbarie, qui a duré plus long-temps » en Allemagne qu'ailleurs. Le besoin des amu» semens, l'impuissance de s'en procurer d'agréa» bles et d'honnêtes dans les temps d'ignorance » et de mauvais goût, avaient fait imaginer ce triste » plaisir qui dégrade l'esprit humain. Le fou qui » était alors auprès de Louis XIV avait appar» tenu au prince de Condé : il s'appelait l’Angeli. » Le comte de Grammont disait que de tous les » fous qui avaient suivi monsieur le Prince, il n'y » avait que l'Angeli qui eût fait fortune. Ce bouf» fon ne manquait pas d'esprit. C'est lui qui dit

qu'il n'allait pas au sermon parce qu'il n'aimait » pas le brailler et qu'il n'entendait pas le rai» sonner. » Le rôle de Moron, le seul peut-être qui ait empêché cette pièce de porter atteinte à la réputation de notre auteur, n'a plus d'autre mérite à nos yeux que celui de la gaieté. Il nous est devenu impossible de constater le degré de vérité de ce caractère; s'il est encore des fous à la cour, ce n'est plus dų moins un emploi ni un titre.

Ces divertissemens vraiment royaux, connus sous le nom de Plaisirs de l'Ile enchantée, dont les mémoires du temps tracent les tableaux les plus bril

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lans, et auxquels Voltaire a cru devoir consacrer 1664.
plusieurs pages, durent une partie de leur charme
aux efforts réunis du célèbre Vigarani, de Lulli,
du président de Périgny , de Benserade et du duc
de Saint-Aignan. Mais Molière en fit les princi-
paux frais : car outre sa Princesse d'Élide , jouée
le 8 mai, second jour des fêtes, les Facheux fu-
rent donnés le 11, et le Mariage forcé le 13. Enfin
la veille de ce jour, voulant, comme on l'a déjà
dit, faire

passer
la vérité

par la cour pour qu'elle arrivât à la ville, il avait donné les trois premiers actes du Tartuffe devant cette brillante assemblée. Malheureusement pour l'auteur cette comédie fit dès lors pâlir quelques-uns de ses modèles , et le Roi, déterminé par leurs conseils, « connut, dit >> l'auteur du récit de ces fêtes', tant de confor» mité entre ceux qu'une véritable dévotion met » dans le chemin du ciel, et ceux qu'une vaine » ostentation des bonnes œuvres n'empêche pas » d'en commettre de mauvaises, que son extrême » délicatesse pour les choses de la religion ne » put souffrir cette ressemblance du vice avec » la vertu qui pouvaient être pris l'une pour » l'autre, et, quoique l'on ne doutât point des >> bonnes intentions de l'auteur, il la défendit

1. Les Plaisirs de l'Ile enchantée , Paris, 1665 (t. III, p. 233 et suiv. de notre édition des OEuvres de Molière).

1664. » pourtant en public et se priva soi-même de ce plaisir,

, pour n'en pas laisser abuser à d'autres » moins capables d'en faire un juste discerne» ment (24) ».

Si le Tartuffe occasiona dès sa première apparition de pénibles chagrins à l'auteur, la Princesse d'Élide en attira de non moins vifs au mari. Mademoiselle Molière, qui, jusque-là chargée seulement de rôles secondaires, n'avait pas encore trouvé l'occasion de faire éclater dans tout leur jour ses graces attrayantes et son talent aimable, remplissait celui de la princesse. Elle obtint par la manière dont elle s'en acquitta les suffrages de tout ce que Versailles renfermait alors de plus brillant, et les jeunes seigneurs s'empressèrent autour d'elle. Fière de tant d'hommages, la nouvelle idole s'en laissa enivrer. Elle s'éprit du comte de Guiche, fils uu duc de Grammont, l'homme le plus agréable de la cour, et rebuta pendant quelque temps le comte de Lauzun. Mais, soit froideur naturelle, comme le fait entendre un historien , soit qu'il fût occupé par quelque autre passion, le comte de Guiche ne répondit pas aux avances de mademoiselle Molière (25). Celle-ci, fatiguée de soupirer en vain, se résigna à écouter Lauzun , qui préludait par les comédiennes pour s'élever bientôt aux filles des rois. Ce commerce dura quelque temps; mais d'obligeans amis,

d'autres disent un amant trompé, l'abbé de Ri- 1664. chelieu, en instruisirent Molière (26). Il demanda une explication à sa femme, qui se tira de cette situation difficile avec tout le talent et tout l'art qu'elle mettait à remplir ses rôles. Elle avoua adroitement son inclination pour le comte de Guiche; inclination que son mari ignorait; protesta qu'il n'y avait jamais eu entre eux le moindre rapport criminel, se gardant bien de dire de qui cela avait dépendu; enfin elle soutint qu'elle s'était moquée de Lauzun, et accompagna toute cette explication de tant de larmes et de sermens que le pauvre Molière s'attendrit et se laissa persuader'.

Dans l'année 1664 , la troupe de Molière perdit deux de ses principaux acteurs, Du Parc et Brécourt. La mort lui enleva l’un , l'hôtel de Bourgogne s'empara de l'autre. Du Parc, connu au théâtre sous le nom de Gros-René, fut vivement regretté par ses camarades, qui fermèrent le théâtre le jour de sa mort (27). Quant à Brécourt, querelleur, spadassin, violent, et adonné avec excès au vin, au jeu et aux femmes, il leur laissa probablement moins de regrets. Mais sa perte dut être sentie par les habitués du théâtre du Palais-Royal; car il jouait avec un égal talent dans les deux genres. Il créa d'une manière si

1. La Fameuse comédienne , p. 17.

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1664. comique le rôle d'Alain de l'École des Femmes

que Louis XIV s'écria, en le lui voyant représenter : « Cet homme-là ferait rire des pierres' » (28).

Brossette nous apprend, dans son commentaire sur Boileau, qu'en 1664, cet auteur étant chez M. du Broussin avec le duc de Vitri et Molière, notre premier comique « devait y lire une » traduction de Lucrèce en vers français, qu'il » avait faite dans sa jeunesse. En attendant le » dîner, on pria Despréaux de réciter la satire » adressée à Molière. Mais, après ce récit, Molière v ne voulut point lire sa traduction, craignant

qu'elle ne fût pas assez belle pour soutenir les » louanges qu'il venait de recevoir. Il se contenta » de lire le premier acte du Misanthrope, auquel » il travaillait dans ce temps-là, disant qu'on ne » devait pas s'attendre à des vers aussi parfaits » que ceux de M. Despréaux, parce qu'il lui fau» drait un temps infini s'il voulait travailler ses » ouvrages comme lui. » Le morceau d'Éliante du Misanthrope, sur les illusions des amans, est tout ce qui reste de cette traduction, qui, si l'on en croit Grimarest, était en vers pour la partie descriptive, et en prose pour les discussions philosophiques. Le même biographe a bâti sur la perte de ce manuscrit un de ces contes dont il

1. Anecdotes dramatiques, t. II,

p. 8,

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