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1865. grands hommes de penser un seul instant que

l’un eût osé proposer une aussi licencieuse mascarade et que l'autre se fût oublié au point de l'autoriser. A l'exception des Pierrots et des Arlequins de la scène italienne, on n'avait pas vu au théâtre de personnages sous le masque, depuis les premières représentations des Précieuses ridicules, auxquelles Molière avait rempli le person. nage de Mascarille sous un masque dont les traits, comme on le pense bien, ne rappelaient ceux de qui que ce fût. Ce n'est pas dans une telle circonstance et avec de tels détails qu'il eût fait renaître cette coutume entièrement oubliée.

Plus tard Molière, justement effrayé du nombre de ses ennemis , voulant en éclaircir les rangs, et lever les derniers obstacles qu’on opposait encore au Tartuffe, sembla proposer la paix aux médecins : « La médecine, dit-il en 1669, dans la » préface de ce dernier chef-d'æuvre, est un art » profitable , et chacun la révère comme une des plus excellentes choses que nous ayons; et cependant, il y a eu des temps où elle s'est ren» due odieuse, et souvent on en a fait un art » d'empoisonner les hommes. » Mais, soit que le souvenir de ses précédentes attaques eût porté la Faculté à demeurer sourde à ces paroles de paix, soit qu'il se fùt ensuite effrayé de nouveau du dangereux empire des médecins et de leur igno

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rance, il attaqua dans une autre de ses comé- 1665. dies, le Malade imaginaire, et cette confiance aveugle qui a sa source dans notre frayeur de la mort, et cet amour déinesuré de la vie qui fait découvrir aux gens les mieux portans mille maladies mortelles, enfans de leur imagination. Dans l’Amour médecin, ses plaisanteries avaient été principalement dirigées contre les médecins; dans sa dernière pièce , un grand nombre l’étaient contre la médecine. Avant lui, Montaigne était descendu dans la lice pour soutenir la même cause, pour combattre les mêmes préjugés; et l'on peut dire que

les coups portés par le premier champion rendirent au second la carrière plus facile à parcourir; car nous retrouvons dans l'Amour médecin, dans le Malade imaginaire, plus d'un trait satirique de l'auteur des Essais.

Ses envieux ne lui ménagèrent pas les reproches

pour avoir osé attaquer une classe et un art aussi redoutable. Ils cherchèrent même à prouver qu’une telle conduite ne pouvait être que celle d'un hérétique. « Molière, a dit Perrault dans ses Éloges des Hommes illustres, ne devait pas

tour» ner en ridicule les bons médecins, que l'Écri» ture nous enjoint d'honorer. » Celui-là eût pu opposer à cette insidieuse accusation l'autorité du prophète reprenant le roi Asa d'avoir eu recours aux médecins, et l'autorité, plus profane

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fins

1665. sans doute, mais imposante encore, des Romains

défendant, pendant près de six cents ans, l'en-
trée de leur ville aux médecins, et les en chas-
sant plus tard, quand ils eurent fait la triste ex-
périence de leur savoir. Mais quels témoignages
auraient pu convaincre Perrault, qui jouait pres-
que dans cette pièce le rôle de M. Josse, puis-
qu'il avait un frère médecin, et les ennemis de
l'auteur du Tartuffe, qui, n'écoutant que leur
haine, demeuraient sourds à la vérité? Aujour-
d'hui, nous le savons, on trouve encore des
qui, sans compter de parens dans la Faculé,
sans nourrir de rancune contre l'auteur qui flé-
trit l'hypocrisie , regardent comme plus comique
que fondée la guerre qu'il déclara aux docteurs
de son temps. Mais nous ne craignons pas d'af-
firmer, ce que les faits que nous avons rapportés
plus haut ont d'ailleurs démontré, que cette
opinion ne repose que sur une erreur en histoire
médicale, sur une sorte d'anachronisme. Ces
censeurs de Molière jugent la Faculté d'autrefois
par celle de nos jours, ou du moins croient qu'il
n'existe entre elles que cette différence en amé-
lioration que deux siècles amènent naturellement
chez un peuple policé. Ce raisonnement, qui,
appliqué à d'autres sciences, pourrait se trouver
juste, ne saurait l'être pour la médecine. Cet
art, tout conjectural par lui-même, n’a acquis,

ou du moins n'a mérité quelque confiance que 1665. depuis le moment où une connaissance profonde de l'anatomie est venue mettre ceux qui l'exercent à même d'entrevoir la cause de nos maux, de soupçonner les moyens de les guérir; enfin, depuis que la raison , fortifiée par l'étude, a pris la place du charlatanisme. Mais quelle foi ajouter aux conseils imbécilles de gens qui se refusaient encore à croire à la circulation du sang, et voyaient dans une goutte d'or potable le remède de tous les maux?

Les efforts de Molière ne pouvaient être couronnés d'un bien grand succès; car un aveuglement qui se fonde sur l'égoïsme et la crainte du trépas doit nécessairement vivre aussi longtemps que les chefs-d'auvre par lesquels on essaie de le détruire. On est toutefois forcé de reconnaître que,

si notre premier comique ne dessilla pas les yeux des malades, il ne fut pas étranger aux améliorations que subit l'exercice de cette profession; ses sarcasmes, plus efficaces que beaucoup d'ordonnances, guérirent les médecins de quelques-uns de leurs ridicules pédantesques.

Un mois avant la représentation de l’Amour médecin, le 4 août , inademoiselle Molière donna le jour à un second enfant (32). Son mari avait lieu d'espérer que cette circonstance et l'indul

1665. gente bonté qu'il lui avait témoignée pour ses

premières fautes la retiendraient dans le devoir; et cependant il devait bientôt voir naître de nouveaux orages domestiques. Cherchant à

pressentir ses moindres désirs, ses plus légers caprices, il s'empressait de les satisfaire. Mais les soins d'un époux bien épris, les inquiétudes de son amour sont un pesant fardeau pour la femme qui ne répond pas à son ardeur; elle semble n'y voir qu'un piège tendu à sa reconnaissance. Étrangère aux plaisirs de son mari, insensible aux contrariétés et aux peines sans nombre que ses travaux et ses ennemis lui suscitaient, mademoiseile Molière ne se souciait des applaudissemens qu'il recevait que comme d'un motif de vanité personnelle. Sa prodigalité fastueuse et sa coquetterie, en attirant chez elle une foule d'étourdis, le forçaient à aller chercher la tranquillité et le calme dans la maison qu'il avait

louée à Auteuil; mais son amour inquiet, sa jaI lousie trop fondée, le ramenaient bientôt près d'elle.

De nouveaux déréglemens vinrent la rendre la fable de toutes les conversations, et Molière ne fut pas le dernier à être instruit de ses folies. Il renouvela donc les reproches, et la menaça de la faire enfermer. Elle eut d'abord l'air de s'affliger, parut se livrer au plus violent désespoir, s'éva

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