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1665. était pas l'auteur'. Malherbe consultait sa ser

vante, même sur ses vers’; et Voltaire se soumettait aussi à la juridiction de sa bonne Barbara, ou, comme il l'appelait, Babu , « dans le moment

même, & dit lady Morgan, où il exerçait un em» pire absolu sur les opinions de la moitié de

l’Europe littéraire... Baba et La Fôrêt appar» tiennent autant à la postérité que les génies il» lustres qu'elles avaient l'honneur de servir 5

J.-J. Rousseau a dit : « Si Molière a consulté » sa servante, c'est sans doute sur le Médecin malgré lui , sur les saillies de Nicole, et la querelle

de Sosie et de Cléanthis ; mais, à moins que » la servante de Molière ne fût une personne fort » extraordinaire, je parierais bien que ce grand » homme ne la consultait pas sur le Misanthrope,

ni sur le Tartuffe , ni sur la belle scène d'Alc» mène et d'Amphitryon. » Il n'y avait rien que de très-judicieux dans cette distinction; mais Cailhava, beaucoup plus absolu, s'écrie : « Je de» mande si la bonne La Forêt n'aurait » tout le piquant des conseils dont Célimène

paie ceux d’Arsinoé? » Nous répondrons, avec Rousseau, à Cailhava : « Non, elle ne l'aurait pas * senti; à moins toutefois que la servante La

pas senti

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1. Brossette, note sur le passage de Boileau déjà cité. 2. Boileau, morceau déja cité. 3. La Frnace , par lady Morgan, t. I, p. 257 ct 258.

» Forêt ne fut pas seulement bonne, mais qu'elle 1665. fut en même temps une personne fort extraor» dinaire pour le rang où elle se trouvait, » La coquetterie comme l'exerce Célimène, et la pruderie comme la conçoit Arsinoé, ne peuvent être appréciées par une femme du peuple; tandis que la colère et la rancune de Martine, l'insouciance et l'humeur battante de Sganarelle sont des scènes dont elle peut être juge, parce qu'elle en est sans cesse témoin et souvent actrice. Cette reconnaissance que Molière trou

Molière trouva dans une simple servante, nous la cherchons en vain dans la conduite d'un poète célèbre qui, après s'être dit son ami, ne sembla payer que par l'ingratitude les services qu'il en avait reçus. Reprenons à sa source cette histoire, que le nom du coupable rend plus pénible à retracer.

Racine, comme nous l'avons montré, fut dès son adolescence l'objet des soins de notre comique, qui guida ses premiers pas dans la carrière littéraire , l'accueillit dans sa société intime, produisit son talent à la cour et le combla de ses libéralités. On a lieu de s'attendre à voir Racine, pénétré de gratitude pour tant de bienfaits , les proclamer hautement de tous côtés. Hélas ! il n'en est rien ; et c'est avec un vif sentiment de regret que l'on ne rencontre que deux fois ce nom qui eût dû lui être si cher dans sa correspondance

1665. assez volumineuse ; une fois encore pour dire :

« Montfleuri a fait une requête contre Molière, » et l'a présentée au Roi. Il accuse Molière » d'avoir épousé sa propre fille : MAIS MONTFLEURI » N'EST POINT ÉCOUTÉ A LA COUR ' (38). » Quoi! celui qu'il appelait son ami, que l'on peut appeler son bienfaiteur, est lâchement et injustement accusé d'un crime horrible, et Racine rapporte cette incrimination sans le moindre sentiment d'indignation contre son auteur! Ce n'est pas, selon lui, l'incorruptible honneur du calomnié qui doit ôter sa force et son danger à cette infâme calomnie, c'est le peu de crédit de l'accusateur à la cour! Racine serait-il donc demeuré persuadé, si cette requête eût été présentée par tout autre

que

Montfleuri.
Quelque temps après, sa conduite fut aussi

que ses soupçons avaient été offensans. Mademoiselle Du Parc était alors l'actrice la plus parfaite dans les deux genres, et un des plus fermes soutiens de la troupe de Molière (39). Racine , qui avait le projet de ne plus donner ses pièces qu'aux acteurs de l'hôtel de Bourgogne, supérieurs à tous les autres dans la tragédie, sans considération pour les intérêts de son ami, auto

peu délicate

1. Lettres de J. Racine et Mémoires sur sa vie ; Lausanne, 1747, t. I, p. 89.

risa la troupe rivale à représenter son Alexandre, 665. que Molière avait fait monter avec beaucoup de soin et qui venait de réussir sur son théâtre, et enrôla mademoiselle Du Parc pour l'hôtel de Bourgogne, où elle débuta par le rôle d’Andromaque'. Molière apprécia ce procédé comme il devait le faire; et, dès ce moment, il cessa de voir Racine. Honteux du rôle qu'il avait joué, celuici essaya de redevenir juste envers l'auteur, s'il s'était montré ingrat envers l'homme. Le lendemain de la première représentation du Misanthrope, représentation qui fut assez froide, un spectateur, croyant lui plaire, accourut lui dire : « La pièce est tombée; rien n'est si faible. Vous » pouvez m'en croire ; j'y étais. — Vous y étiez, lui répondit Racine, et je n'y étais pas'; cepen» dant je n'en croirai rien, parce qu'il est impos» sible que Molière ait fait une mauvaise pièce. Re» tournez-y, et examinez-la mieux ' (40). » Mais il demeura trop peu de temps dans cette bonne disposition; car, persuadé qu'une mauvaise pa

1. Mémoires sur la vie de J. Racine (par L. Racine), Lausanne, 1747, p. 55.Histoire du Théâtre français, t. X, p. 370.– Recréations littéraires, par Cizeron-Rival, p. 20. OEuvres de Molière, édition donnée par M. Aimé-Martin , t. IV, p. 331.Histoire de la vie et des ouvrages de La Fontaine, par M. Walckenaer, 3e. édit., p. 149 et 150. -Petitot, p. 43.

2. Mémoires sur la vie J. Racine (par L. Racine ), Lausanne, 1747, p. 55.

1665. rodie d'Andromaque (la folle Querelle, de Su

bligny) était l'ouvrage de Molière, il se joignit aux détracteurs de l'Avare. Il reprochait un jour à Boileau d'avoir ri seul à une des

premières représentations de ce chef-d'æuvre. «Je » vous estime trop, lui répondit le satirique, pour » croire que vous n'y ayez pas ri vous-même, du » moins intérieurement'. » Molière , qui , n'ayant aucun reproche à se faire, avait le droit d'en adresser beaucoup à Racine, sut se venger à sa manière des procédés de son ennemi. Assistant à la première représentation des Plaideurs, qui furent joués dans la même année que l'Avare, il s'écria : « Cette comédie est excellente; et ceux qui s'en » moquent mériteraient qu'on se moquât d'eux'. Racine n'avait fait que louer un homme qu'il avait injustement offensé ; Molière loua son rival.

Quelques écrivains, pour disculper Racine, ont prétendu qu'il ne s'était déterminé à prendre ce parti qu'après avoir vu les comédiens de Molière jouer de la manière la plus désespérante sa tragédie d'Alexandre '. Cette excuse,

1. Bolæana, p. 105. Récréations littéraires, par

Cizeron-Rival, p. 21.

2. Mémoires sur la vie de J. Racine (par L. Racine), Lausanne, 1747, p. 76.

3. Histoire de la Poésie française (par l'abbé Mervesin ), p. 236. - Bolæana , p. 104. – Fureteriana , p. 104 et 105.

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