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1641 exprimèrent. L'anecdote suivante, à laquelle l'or

dre des temps assignerait une autre place, mais 1645.

qui figurera ici plus opportunément, nous en fournit la preuve :

Après qu'il fut installé à Paris , un jeune homme vint un jour le trouver, lui avoua qu’un penchant insurmontable le portait à embrasser la carrière du théâtre, et le pria de lui donner les moyens d'obéir à sa vocation. Pour séduire Molière, il se mit à lui réciter avec beaucoup d'art plusieurs morceaux sérieux et comiques. Notre auteur, charmé d'abord de l'aisance pleine de grace du jeune aspirant, fut plus étonné encore du talent avec lequel il débitait. Il lui demanda comment il avait appris la déclamation. « J'ai

toujours eu inclination de paraître en public, »lui répondit celui-ci ; les régens sous qui j'ai » étudié ont cultivé les dispositions que j'ai apportées en naissant; j'ai tâché d'appliquer les règles » à l'exécution, et je me suis fortifié en allant sou».vent à la comédie. — Et avez-vous du bien ? lui » dit Molière. -- Mon père est un avocat assez à » l'aise. - Eh bien , je vous conseille de prendre » sa profession : la nôtre ne vous convient point; » c'est la dernière ressource de ceux qui ne sau» raient mieux faire, ou des libertins qui veulent » se soustraire au travail. D'ailleurs, c'est enfoncer » le poignard dans le cœur de vos parens, que de

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» monter sur le théâtre; vous en savez les raisons. 1641 » Je me suis toujours reproché d'avoir donné ce

1645. » déplaisir à ma famille ; et je vous avoue que si » c'était à recommencer, je ne choisirais jamais » cette profession. Vous croyez peut être, ajouta» t-il, qu'elle a ses agrémens : vous vous trompez. » Il est vrai que nous sommes en apparence re» cherchés des grands seigneurs; mais ils nous » assujettissent à leurs plaisirs, et c'est la plus » triste de toutes les situations, que dêtre l'es» clave de leur fantaisie. Le reste du monde nous » regarde comme des gens perdus et nous mé» prise. Ainsi, monsieur, quittez un dessein si » contraire à votre honneur et à votre repos. Si » vous étiez dans le besoin, je pourrais vous ren» dre mes services; mais, je ne vous le cèle point, » je vous serais plutôt un obstacle. Représentez» vous la peine que nous avons. Incommodés ou » non, il faut être prêts à marcher au premier or» dre, et à donner du plaisir, quand nous sommes » bien souvent accablés de chagrins; à souffrir la » rusticité de la plupart des gens avec qui nous » avons à vivre, et à captiver les bonnes graces » d'un public qui est en droit de nous gourman» der pour l'argent qu'il nous donne. Non, mon» sieur, croyez-moi, encore une fois, ne vous » abandonnez point au dessein que vous avez » pris, »

1641

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En vain Chapelle, qui survint pendant cette 16.45. scène, la raison un peu troublée par les fumets .

du vin , essaya-t-il de persuader à Molière et au jeune homme lui-même que ce serait un meurtre, avec autant de dispositions pour la déclamation, d'embrasser la profession d'avocat, qu'il devait se faire comédien ou prédicateur; Molière persista dans ses conseils avec une nouvelle force, et parvint à déterminer celui-ci à renoncer à l'art dramatique. L'historien auquel nous empruntons ce fait ne dit pas s'il lui laissa l'alternative de monter dans la chaire '.

Parmi les acteurs de l'Illustre Théâtre, on distinguait, outre Du Parc, dit Gros-René, dont le nom est devenu plus célèbre encore par la beauté de la femme que par le talent du mari(23)., Béjart aîné (24), Béjart cadet et Madeleine Béjart. Ceuxci tenaient le jour d'un Joseph Béjart auquel l'acte de baptême de la fille de Molière donne la qualité de procureur : (25). Quelle qu'ait été sa profession , il paraît toutefois que lui et Marie Hervé, sa femme, s'occupèrent peu de l'éduca

s. Grimarest, p. 233 et suiv. - Vie de Chapelle, par SaintMarc, p. lj, à la tête desæuvres de Chapelle et Bachaumont, 1755. -Mercier a mis cette anecdote en scène, dans son drame de Molière, acteV, sc.

. 4; mais au jeune homme il asubstitue une jeune fille. 2. Histoire du Theatre français, t. VIII, p. 409.-- Galerie historique du Théâtre français, par M. Lemazurier, t. I, p. 253 et 254.

3. Dissertation sur Molière , par M. Beffara, p. 15.

à 1645.

tión de leurs enfans, qui tous prirent le parti 1641 du théâtre. Malgré l'incurie de leurs parens, les deux Béjart se firent toujours remarquer par la noblesse et l'élévation de leurs sentimens. Molière les estimait et les aimait beaucoup. Madeleine Béjart, qui n'était pas également digne de son estime, mais pour laquelle il ressentit cependant durant quelque temps un sentiment plus tendre, figurera plus d'une fois dans cette histoire ; quant à leur jeune scur Armande-Gresinde - Claire-Élisabeth Béjart, depuis épouse de Molière, ce ne fut que dans cette même année qu'elle naquit (1645). Ne voulant point intervertir l'ordre des événemens, nous nous bornons en ce moment à donner cette date , qui ne nous inutile

pour réfuter plus tard une atroce calomnie. La régence d'Anne d'Autriche ne tarda

pas

à devenir orageuse. On vit bientôt, selon l'expression d'un des hommes les plus spirituels de notre époque, « ce mélange singulier du libertinage et » de la révolte; ces guerres à la fois sanglantes et » frivoles ; ces magistrats en épée; ces évêques en » uniforme; ces héroïnes de cour suivant tour à » tour le quartier-général et la procession ; ces » beaux esprits factieux', improvisant des épi» grammes au milieu des séditions , et des madri»gaux au milieu des champs de bataille ; cette phy

sera pas

à 1645.

1641 »sionomie de la société variée à l'infini; ce jeu forcé

» de tous les caractères; ce déplacement de toutes » les positions ; ce contraste de toutes les habi » tudes '. » On conçoit facilement que ce temps, où une libre carrière était ouverte à toutes les ambitions, fut favorable à l'observation des ridicules, des travers et des vices; car ils étaient tous en jeu dans ces jours de licence et d'intrigue; et, sous ce rapport, Molière, avec son esprit contemplateur, ne l’employa point inutilement. Mais cette crise devait frapper de langueur les frivoles divertissemens de la scène : aussi lui fallut-il quitter Paris pour aller, avec sa troupe, tenter une

fortune lointaine. 1646 Toutes les circonstances de la vie de Molière, 1653. depuis le commencement de 1646 jusqu'en 1653,

à

sont presque entièrement ignorées. On sait seulement qu'il consacra les quatre ou cinq premières années de cet intervalle à exploiter la curiosité des provinces ; qu'il se rendit d'abord à Bordeaux, où le fameux duc d'Épernon, alors gouverneur de la Guienne, l'accueillit avec une grande bienveillance :

, que, si l'on en croit une ancienne

1. Théâtre Français, ou Recueil des chefs-d'oeuvre composant le Répertoire, Panckoucke, 1824, première livraison , Notice sur le Tartuse, par M. Étienne.

2. Mémoires manuscrits de M. de Tralage, art. 77 du vol. in 40, Q. Q. 688.-Histoire du Théâtre français, tom. X. p. 74.

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