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1667. » un bref particulier du Pape pour jouer des

» pièces ridicules, et que M. le Légat ne soit » venu en France que pour leur donner son ap» probation':

Ceux qui avaient assez d'impudence pour attaquer de tels protecteurs pouvaient bien aussi ne pas rougir de révoquer en doute le talent du

protégé. Pour donner une idée de ces critiques, nous rapporterons ici quelques passages d'un libelle publié en 1665, ayant pour titre, Observations sur une comédie de Molière, intitulée LE FESTIN DE PIERRE. Nous en avons déjà fait mention à l'occasion de cette dernière pièce; mais son examen trouvera plus naturellement place en cet endroit; car les ennemis de Molière, en attaquant son Don Juan

ne faisaient que préluder à la guerre contre le Tartuffe.

J'espère, dit l'auteur, que Molière recevra » ces observations d'autant plus volontiers que » la passion et l'intérêt n'y ont point de part. Je n'ai pas

le dessein de lui nuire; je veux au con» traire le servir. On n'en veut point à sa personne, » mais à son athée. L'on ne porte point envie à » son gain ni à sa réputation; ce n'est pas un sen» timent particulier, c'est celui de tous les gens

1. Observations sur une comédie de Molière intitulée, le Festin de Pierre , par le sieur de Rochemont, 1665.

a

de bien; et il ne doit pas trouver mauvais que 1665. » l'on défende publiquement les intérêts de Dieu qu'il attaque ouvertement, et qu'un chrétien

témoigne de la douleur en voyant le théâtre ré» volté contre l'autel, la farce aux prises avec » l'Évangile, un comédien qui se joue des mys» tères et qui fait raillerie de tout ce qu'il y

de plus saint et de plus sacré dans la religion.

» Il est vrai qu'il y a quelque chose de galant » dans les ouvrages de Molière, et je serais bien » fâché de lui ravir l'estime qu'il s'est acquise; il » faut tomber d'accord que, s'il réussit inal à la » comédie, il a quelque talent pour la farce; et, quoiqu'il n'ait ni les rencontres de Gautier

Garguille , ni les impromptus de Turlupin, ni » la bravoure du capitan, ni la naïveté de Jodelet, » ni la panse de Gros-Guillaume, ni la science du » docteur, il ne laisse pas de plaire quelquefois » et de divertir en son genre. Il parle passable» ment français; il traduit assez bien l'italien et » ne copie pas mal les auteurs ; car il ne se pique » pas d'avoir le don de l'invention, ni le génie » de la poésie ; ce qui fait rire en sa bouche fait » souvent pitié sur le papier; et l'on peut dire que » ses comédies ressemblent à ces femmes qui font » peur en désbahillé et qui ne laissent pas de plaire quand elles sont ajustées, ou à ces petites » tailles qui, ayant quitté leurs patins, ne sont

»

1667. » plus qu'une partie d'elles-mêmes. Toutefois, on

» ne peut dénier que Molière n'ait bien de l'a» dresse ou du bonheur de débiter avec tant de » succès sa fausse monnaie, et de duper tout » Paris avec de mauvaises pièces. Voilà en peu de » mots ce que l'on peut dire de plus obligeant et » de plus avantageux pour Molière......

» Si cet auteur n'eût joué que les précieuses, » s'il n'en eût voulu qu'aux pourpoints et aux » grands canons, il ne mériterait pas une censure publique et ne se serait pas attiré l'indignation » de toutes les personnes de piété. Mais qui peut v supporter la hardiesse d'un farceur qui fait plai» santerie de la religion, qui tient une école de » libertinage, et qui rend la majesté de Dieu le » jouet d'un maître et d'un valet de théâtre? Ce se» rait trahir visiblement la cause du ciel dans une occasion où sa gloire est ouvertement attaquée, » où la foi est exposée aux insultes d'un bouffon qui fait commerce de ses mystères et en profane la sainteté, qui foudroie et renverse tous » les fondemens de la religion à la face du Louvre, dans la maison d'un prince chrétien, à la vue » de tant de sages magistrats et si zélés pour les » intérêts de Dieu, en dérision de tant de bons » pasteurs que l'on fait passer pour des Tartuffes ! » Et c'est sous le règne du plus grand et du plus » religieux monarque du monde! Cependant que

» ce généreux prince occupe tous ses soins à main- 1667. » tenir la religion, Molière travaille à la détruire; » le Roi abat la tempête de l'hérésie , et Mo» lière éleve des autels à l'impiété; et, autant que » la vertu du prince s'efforce d'établir dans le » cæur de ses sujets le culte du vrai Dieu, par » l'exemple de ses actions, autant l'humeur libertine de Molière tâche d'en ruiner la créance » dans leurs esprits, par la licence de ses ou• vrages.

» Certes, il faut avouer que Molière est lui» même un tartuffe achevé et un véritable hypo» crite. Si le véritable but de la comédie est de

corriger les homutes en les divertissant, le des» sein de Molière est de les perdre en les faisant

rire, de même que ces serpens dont les piqûres » mortelles répandent une fausse joie sur le visage » de ceux qui en sont atteints. Organe du Démon, » il corrompt les meurs, il tourne en ridicule le » paradis et l'enfer, il décrie la dévotion sous le » nom de l'hypocrisie , il prend Dieu à partie et » fait gloire dê son impiété à la face de tout un » peuple. Après avoir répandu dans les ames ces

poisons funestes qui étoussent la pudeur et la honte, après avoir pris soin de former des co

quettes et de donner aux filles des instructions » dangereuses; après des écoles fameuses d’impureté, il en a tenu d'autres pour le libertinage;

>>

»

1667. » et, voyant qu'il choquait toute la religion et que

» tous les gens de bien lui seraient contraires, il a » composé son Tartuffe et a voulu rendre les dé» vots des ridicules ou des hypocrites. Certes, » c'est bien à faire à Molière , de parler de la re»ligion , avec laquelle il a si peu de commerce et » qu'il n'a jamais connue, ni par pratique ni par » théorie.

» Son avarice ne contribue pas peu à échauffer » sa verve contre la religion. Il sait que

les choses défendues irritent le désir, et il sacrifie hautev ment à ses intérêts tous les devoirs de la piété; » c'est ce qui lui fait porter avec audace la main » au sanctuaire, et il n'est point honteux de lasser » tous les jours la patience d'une grande reine, qui est continuellement en peine de faire réformer ou supprimer des ouvrages......

» Auguste fit mourir un bouffon qui avait fait » raillerie de Jupiter, et défendit aux femmes » d'assister à ses comédies, plus modestes que » celles de Molière. Théodose condanına aux » bêtes des farceurs qui tournaient en dérision » les cérémonies; et néanmoins cela n'approche

point de l'emportement de Molière. Il devrait » enfin rentrer en lui-même et considérer qu'il » est très-dangereux de se jouer à Dieu, que l'im

piété ne demeure jamais impunie, et que, si » elle échappe quelquefois aux feux de la terre,

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